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MEMOIRES
DE L'ABBÉ
DE CHOISY
TOME SECOND
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MÉMOIRES
DE l'abbé
DE CHOISY
POUR SERVIR A L'HISTOIRE
DE
LOUIS XIV
PUBLIÉS AVEC PRÉFACE, NOTES ET TABLES
PAR
M. DE LESCURE
lOVI
WST
PARIS
LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES
Rue de Lille, 7
M DCCC LXXXVIII
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MÉMOIRES
POUR SERVIR A L'HISTOIRE
DE
LOUIS XIV
Mémoires de Choisy, II.
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LIVRE VII
|E vais reprendre à présent le fil de ma
narration, que l'ambassade de Siam
m*a fait interrompre.
(1686.) Le maréchal d'Estrées, vice-
amiral de France, qui commandoit la flotte devant
Cadix, manda au roi que les Espagnols s'étoient en-
fin mis à la raison, et qu'ils avoient promis de ren-
dre incessamment aux marchands françois les cinq
cent mille écus qu'ils avoient exigés d'eux dans
le Mexique, sous prétexte qu'ils avoient porté des
marchandises de contrebande. Cette affaire duroit
depuis un an, et la jeune reine d'Espagne, crai-
gnant qu'elle ne causât la guerre, avoit offert plu-
sieurs fois au conseil de Madrid de vendre ses
pierreries pour trouver l'argent qui manquoit. Il
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4 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST
s'étoit même déjà fait quelque acte d'hostilité;
Ferrant, chef d'escadre, avoit attaqué et pris, après
un assez rude combat, deux galions d'Espagne à
la vue de dix vaisseaux de guerre hollandois, qui
étoient demeurés simples spectateurs .du com-
bat, et cette sagesse hollandoise avoit extrême-
ment déplu au prince d'Orange, qui ne cherchoit
que l'occasion de brouiller les affaires dans l'Eu-
rope. Les galions s'étoient fort bien défendus
pendant quelques heures, et plus de trois cents
hommes y avoient été tués ou blessés, lorsque, dans
le fort du combat , il parut dans une petite cha- -
loupe un prêtre espagnol à genoux, le crucifix à
la main, demandant quartier; ce spectacle fit tom-
ber les armes des mains du pitoyable François, on
reçut les galions à miséricorde, et, quinze jours
après, l'accommodement étant fait, on les renvoya
à Cadix.
Le roi paroissoit se porter fort bien et montoit
tous les jours à cheval; il alloit souvent voir sa
gendarmerie, qui campoit dans la plaine d'Achè-
res; c'étoit le duc de Noailles qui commandoit le
camp. Les courtisans envieux et mutins vouloient
se moquer de lui, faisoient des chansons, et ne
le croyoient pas capable d'un emploi plus difficile;
il a fait voir dans la suite qu'ils avoient tort : il a pris
des villes et gagné des batailles tout comme un
autre, et, s'il n'avoitpas l'esprit aussi vif que M. de
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LIVRE VII >
Luxembourg, il avoit en récompense un fonds de
probité à toute épreuve , une application infinie,
un attachement tendre et sincère à la personne du
roi, et ces qualités solides en valoient bien de
plus brillantes.
Au commencement du mois de juillet, le roi
alla faire un petit voyage à Maintenon; il voulut
être presque seul, et ne mena que les officiers abso-
lument nécessaires. Les princesses, les dames, tout
en fut exclu, hors la seule M^^ de Maintenon,
accompagnée de M™e de Monchevreuil.
M«ie de Montespan sentoit aussi vivement que
jamais tous les dégoûts qu'on lui donnoit. Cela
servit pourtant à lui faire souffrir le marquis d* An-
tin, son fils légitime. On ne Tavoit point vu dans
son enfance ; soit politique, soit aversion, elle Ta-
voit tenu éloigné de la cour. Ce n^étoit que depuis
que de lui-même il s'étoit fourré partout. Il étoit
beau, Tesprit vif, et gascon sur le tout : on n'est
pas honteux avec ces qualités-là. Monseigneur
i'aimoit assez. M. le duc du Maine et M"^® de
Bourbon avoient pour lui les égards que le sang
ieurprescrivoit; il plut même au misanthrope Mon-
tausier, qui lui donna en mariage M^^ d'Uzès, sa
petite-fille'. Les mauvais plaisans disoient que
1 . Julie-Françoise de Crussol d'Uzès fut mariée au mar-
quis d'Antin (duc en 171 1), le 21 août 1686.
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6 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY
c*étoit la faire poissonnière la veille de Pâques. Il
lui donna vingt mille écus comptant et la lieute-
nance de roi d'Alsace qui en vaut huit mille de
rente. Le duc et la duchesse d'Uzès lui assurèrent
cinquante mille écus après leur mort. Le marquis
d'Antin avait douze mille livres de rente, que sa
mère lui avoit abandonnées quand elle s'étoit sé-
parée de biens d'avec M. de Moniespan ; elle lui
assura encore, en le mariant, deux mille écus de
pension, fit meubler aux nouveaux mariés leurs
appartemens de Versailles, et leur fit pour plus de
quarante mille francs de présens en pierreries et en
bijoux. D'Antin avoit été menin de Monseigneur;
et personne, en y voyant le fils peu après son
apparition à la cour, n'avoit douté de la décadence
de la mère.
Le roi, dans son voyage, visita les travaux im-
menses qu'on faisoit pour conduire la rivière
d'Eure à Versailles, et, quoiqu'il fût bien aise de les
voir en bon état, il fut fort fâché d'apprendre que
les maladies populaires s'étoient mises dans les
troupes (les terres remuées rendent l'air mauvais),
et qu'il ,y étoit mort beaucoup d'officiers et de
soldats. Il donna ses ordres pour travailler à la
maison et au jardin de Maintenon; il fut si con-
tent de son voyage qu'il résolut d'y retourner
souvent, mais il n'en eut pas le temps : les grandes
affaires qui lui survinrent l'occupèrent enlière-
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LIVRE VII 7
ment; il apprit qu'on avoit signé à Augsbourgune
ligue qui paroissoit faite uniquement contre lui.
L'Empereur, le roi d'Espagne et le roi de Suède y
avoient signé pour les Etats qu'ils ont dans l'em-
pire et y avoient fait entrer l'électeur de Bavière,
tous les princes de la maison de Saxe et les cercles
de Bavière, de Franconie et du haut Rhin ; ils di-
soient, dans le traité, qu'il n'étoit fait que pour la
conservation de l'Allemagne et l'exécution tant
des traités de Westphalie et de Nimègue que de la
trêve conclue en 1684 entre l'Empire et la France;
mais ils y avoient inséré des clauses par lesquelles
l'Empereur pouvoit, quand il le voudroit, les obli-
ger de déclarer la guerre au roi. Ils s'engagèrent à
entretenir une armée de soixante mille hommes,
dont l'Empereur devoit fournir seize mille hommes,
le roi d'Espagne six mille, l'électeur de Bavière huit
mille, le cercle de Bavière deux mille, celui de
Franconie quatre mille, celui du haut Rhin quatre
mille, la Suède et la maison de Saxe à proportion.
Le prince de Valdeck étoit nommé général de cette
armée, le marquis de Brandebourg général de
cavalerie, et le comte Tugen général major d'in-
fanterie.
Le roi, en apprenant la ligue d'Augsbourg,
apprit aussi que le prince d'Orange l'avoit négo-
ciée; mais, ce qui le surprit davantage, on lui
manda de Rome que ce prince y avoit des agens
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8 IfÉlfOIltES DE l'abbé de CHOISY
secrets qui ne soDgeoient qu'à décrier la conduite
de Sa Majesté ; ils a?oient déjà gagné quelques-uns
des ministres du pape; ils protestoient que ce
prince, en faisant des ligues contre la France, n'a-
Yoit en ?ue que le repos de l'Europe, et qu'il
n'ayoit aucun éloignement pour les catholiques;
que les princes d'Orange les ayoient toujours trai-
tés a?ec beaucoup de douceur, et qu'on yojoit
assez par l'histoire que ses pères ayoient renoncé
à notre religion presque malgré eux, et seulement
pour s'opposer à la tyrannie des Espagnols et à
l'inquisition qu'ils vouloient établir dans des pro-
vinces naturellement portées à la liberté. Ainsi,
après avoir fait des ligues contre les princes pro-
testans et avoir travaillé sous main à réunir les
princes catholiques contre le roi, le prince d'O-
range espéroit encore mettre dans ses intérêts ce-
lui de tous les hommes du monde qui devoit lui
être le plus contraire.
Ces nouvelles obligèrent le roi de songer aux
moyens de se défendre si on l'attaquoit. Les fron-
tières en Flandre étoient en fort bon état; Menin
et Maubeuge, places toutes nouvelles, tenoient en
bride les garnisons ennemies et mettoient à cou-
vert les pays nouvellement conquis. Les frontières
d'Allemagne n'étoient pas moins assurées. Stras-
bourg, par les vastes fortifications qu'on y avoit
faites, étoit devenu inattaquable (il eût fallu cent
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LIVRE VII 9
mille hommes pour en faire la circonvallation) ; le
fort Louis, Brisach et Huningue bordoient le
Rhin, Mont-Royal et Sarrelouis assuroient un
grand pays.
Le roi avoit fait bâtir ces deux places avec
une dépense prodigieuse. Choisy, maréchal de
camp et le plus habile des ingénieurs, avoit fait
Sarrelouis comme pour lui : le roi lui en avoit
donné le gouvernement, et, se fiant à sa capacité,
il lui avoit donné la permission de tailler en plein
drap et d*y faire tous les ouvrages qu'il voudroit.
Ce Choisy est mon cousin issu de germain ; nos
grands-pères étoient frères ; sa branche étoit
cadette et gueuse. Il se fît d'abord mousquetaire,
et, se trouvant propre aux mathématiques, il se
donna tout entier aux fortifications et prit son parti
de se faire tuer ou de faire fortune ; il avoit essuyé
dix mille coups de mousquet et n*étoit encore que
lieutenant de roi de Limbourg, lorsque le prince
d'Orange assiégea Maëstricht'. Il fit en cette oc-
casion un coup bien hardi. Il quitta Limbourg sans
ordre de la cour et s'alla jeter dans Maëstricht, où
il entra à la nage par le fossé. Calvo, qui com-
mandoit dans la place, fut ravi de le voir, et se re-
posa sur lui de la défense. « Ce que je sais bien,
Messieurs, dit Calvo aux officiers de la garnison,
!• En 1670.
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lO MEMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
c'est que je ne me rendrai jamais. » Mais ce qui
fut fort heureux pour Ch'oisy, c'est que le roi lui
avoit envoyé un courrier à Limbourg avec ordre
de se jeter dans Maêstricht, et, quand le roi sut
qu'il y étoit entré, Sa Majesté témoigna beaucoup
de joie, et dit tout haut : « Je suis sûr qu'ils se
défendront bien. » En effet, après quarante-trois
jours de tranchée ouverte, le prince d'Orange leva
le siège, et Choisy apporta la nouvelle à la cour ;
il eut des gratifications et des pensions, il fut en-
suite fait maréchal de camp, gouverneur du châ-
teau de Cambrai et puis de Thionville et enfin de
Sarrelouis. J'aurai une belle occasion de parler
de lui, lorsque, après la blessure du comte de Tal-
lard, il eut ordre du roi d'aller commander l'armée
qui assiégeoit Rhinfeld, où il eut un honneur que
Vauban lui-même n'a jamais eu : il commanda une
armée.
Mais, pour revenir aux mesures que le roi pre-
noit pour se défendre, en cas qu'on l'attaquât, il
jugea à propos de faire faire de nouvelles fortifi-
cations à Huningue, de l'autre côté du Rhin, et
les ministres eurent ordre d'avertir les princes d'Al-
lemagne qu'il étoit prêt à dédommager le marquis
de Bade, sur le fonds duquel on alloit élever ces
nouvelles fortifications; ils dirent encore que Sa
Majesté n' avoit voulu rien innover pendant le
siège de Bude; mais que, Tissue en ayant été heu-
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LIVRE VII II
reuse pour TEmpereur, et que d'ailleurs, apprenant
les ligues qui se formoient contre lui dans TEm-
pire, il étoit bien aise de mettre ses places hors
d'état d*être insultées par ceux qui voudroient
faire la guerre ou interrompre le commerce de ses
sujets.
Il apprit en ce temps-là que le roi de Dane-
mark avoit fait une entreprise sur Hambourg, et
qu'il y avoit échoué. L'électeur de Brandebourg
et les princes de la maison de Brunswick avoient
fait marcher des troupes de ce côté-là, et Tavoient
contraint de retirer les siennes; il étoit même assez
embarrassé dans sa retraite, et pou voit craindre
d'être attaqué à son tour, lorsque le roi fit dire à
ces princes qu'ils avoient bien fait de secourir la
ville de Hambourg ; mais que, puisque le roi de
Danemark n'y pensoit plus, il leur conseilloit de
le laisser en repos, et de se souvenir que ce prince
étoit son allié.
Une si grande application aux affaires nuisit
peut-être à sa santé ; il eut la fièvre double tierce
assez violente, des accès de dix-huit heures. Les
médecins voulurent d'abord le traiter suivant l'an-
cienne méthode : on le saigna, on le purgea, le
mal en devint plus grand; il fallut avoir recours au
quinquina, qui fit le miracle ordinaire, et le guérit
parfaitement.
Les soins de l'État et ceux de sa santé ne l'em-
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12 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY
pêchoient pas de se faire rapporter, dans son con-
seil d'en haut, les affaires des particuliers quand
elles étoient importantes; le procès du marquis
d*Ambre contre Mll« d'Arpajou fut fort discuté ;
M. de Châteauneuf, rapporteur, conclut pour le
marquis. Monsieur fut du même avis, ainsi que
MM. de Beauvilliers, de Croissy et l'abbé Le
Pelletier; monsieur ^ le [chancelier, le contrôleur
général, MM. de Louvois, de Ribaire, Bernard
de Rezé, Bignon et Villacerf * furent pour la de-
moiselle, qui gagna son procès, le roi s'étant joint
au plus grand nombre.
Il commença en ce temps-là à aller souvent à
Marly; il nommoit ceux qui dévoient le suivre, et
Bontemps les logeoit deux à deux dans chaque
pavillon. On y trou voit tout ce qui étoit néces-
saire à la toilette des femmes et même des hom-
mes, et, quand les femmes étoient nommées, les
maris y alloient sans demander. M*»® de Mainte-
non y faisoit là grande figure : le roi passoit toutes
les soirées chez elle. M>»e de Montespan se ron-
geoit les doigts et ne pouvoit se résoudre à quitter
la partie; elle lâchoit de temps en temps au roi
quelques mots piquans et lui dit un jour qu'elle
avoit une grâce à lui demander, qui étoit de lui
laisser le soin d'entretenir les gens du second car-
1. On lit Villayer au manuscrit.
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LIVRE VII l3
rosse et de divertir l'antichambre . Ces manières
désagréables auroient pu la faire songer à la re-
traite ; mais son heure n'étoit pas encore venue» et
la Providence, pour la punir du passé, lui devoit
faire avaler encore bien des couleuvres. La prin-
cesse de Conti fut quelque temps sans être de ces
parties de divertissement; elle avoit fait des raille-
ries piquantes d'une personne que le roi honoroit
de son amitié et ne Tavoit pas épargné lui-même.
Il avoit senti l'ingratitude de ce procédé, et le plus
grand des rois, le meilleur des pères, avoit eu du
chagrin de la part de ses propres enfans. Sa bonté
les reçut bientôt à miséricorde : il oublia tout et
les traita à l'ordinaire.
Monsieur avoit reçu depuis peu une partie de
ce qui devoit revenir à Madame pour la succession
de monsieur l'Électeur palatin; madame l'Électrice
sa mère étoit morte il y avoit cinq ou six mois. Elle
étoit fille du landgrave de Hesse et de cette fa-
meuse landgravine, si bonne amie des François.
L*£mpereur lui devoit plus de cinquante mille écus,
et ses sujets lui en dévoient plus de deux cent
mille ; il y avoit dans ses greniers et dans ses caves
au moins pour cinq cent mille livres de grain et de
vin, et beaucoup de beaux meubles, entre autres
plus de quarante tentures de tapisseries, outre les
prétentions que Madame avoit sur des terres qui
ne dépendoient pas de l'électorat. Monsieur acheta
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14 MÉMOIRES DE L ABBE DE CHOISY
des pendans d'oreilles de quarante mille ëcus et se
fît un grand plaisir de meubler sa galerie du Palais-
Royal.
Au commencement du mois d'octobre, le roi
partit de Versailles pour Fontainebleau; il avoit
avec lui dans son carrosse Monsieur, M"»® la du-
chesse de Bourbon, la princesse de Conti et
M™« de Maintenon. Sa faveur se déclara de plus
en plus à Fontainebleau ; elle eut un fort bel ap«
partement de plain-pied à celui du roi, qui com-
mença à aller chez elle tous les soirs comme il avoit
accoutumé d'aller chez M^ne de Montespan; il y
faisoit venir souvent M*»« de Bourbon, dont la
gaieté extraordinaire l'amusoit et le divertissoit.
Elle étoit très jolie, avec beaucoup d'esprit, plai-
sante, railleuse, n'épargnant personne, se réjouis-
sant d'une bagatelle, coiffant son genou comme
une poupée quand elle n'avoit rien de mieux à
faire, voulant plaire à tout le monde et trouvant
le moyen d'y réussir, caractère singulier et qui
plaît d'abord, mais qui n'est pas trop bon à l'user.
Mwïe de Montespan arriva à Fontainebleau après
les autres; le roi, qui la craignoit assurément plus
qu'il ne l'aimoit, retourna les soirs chez elle et lui
donna extérieurement des marques de considéra-
tion. Il fit aussi un grand plaisir à Madame en dé-
clarant le mariage de Mll^deThéobon, sa favorite,
avec le comte de Beuvron; il leur donnoit depuis
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LIVRE VII l5
deux ans vingt mille francs de pension, douze au
mari et huit à la femme. M. de Seignelay, intime
ami de Beuvron, fut dans une grande colère qu'il
lui eût fait un secret de son mariage.
Il y avoit tous les jours à Fontainebleau des
comédies, mais le roi commença à n'y plus aller;
on croyoit d'abord que c'étoit les affaires, on re-
connut que c'étoit scrupule, et chacun admira
qu'un prince à son âge eût la force de renoncer
aux plaisirs. Il lui vint un autre scrupule, pour le
moins aussi bien fondé, sur la nomination des
évêchés; il y apporta plus de précaution que ja-
mais et ne laissa pas d'être trompé. Ce ne fut pas
lorsqu'il nomma l'abbé de Quincé à Tévêché de
Poitiers. Cet abbé, ami de M. de La Rochefou-
cauld, rendit son brevet au bout de huit jours et
s'excusa sur sa mauvaise santé, action héroïque et
que Dieu aura récompensée dans le Ciel. Il est vrai
qu'il ne se portoit pas trop bien, il mourut au bout
de quatre ou cinq mois; mais un autre eût tou-
jours gardé l'évêché en attendant le retour d'une
santé délicate que la mitre pouvoit fortifier.
Le roi apprit que le pape avoit fait cardinal
l'abbé Le Camus, évêque de Grenoble, et qu'au
lieu d'attendre, selon la coutume, à recevoir la
barrette des mains du roi, il l'avoit prise impatiem-
ment de l'abbé Servien, camérier de Sa Majesté,
qui passoit par Grenoble pour aller à Paris porter
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l6 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST
aussi la barrette au nonce Ranuzzi, et que dès ce
même jour, en mangeant ses carottes, il s'en étoit
paré. Aussi, quand il écrivit pour demander la per-
mission de venir à Versailles la recevoir des mains
du roi, Sa Majesté lui fit répondre que son voyage
étoit inutile, puisque la chose étoit déjà faite.
Le nonce Ranuzzi en usa plus galamment que Le
Camus ; il ôta sa barrette dès qu'il vit le roi et ne
la remit qu'après qu'il l'eut reçue en cérémonie
des mains de Sa Majesté. Aussi fut-il traité d'une
manière fort distinguée. Le roi le fit manger avec
lui à la même table sur la même ligne, quatre ou
cinq places entre deux.
J'ai envie, puisque je m*en souviens, de mettre
ici un peu au long comme la chose se passa.
Le cardinal étoit assis sur un pliant et fut servi
par Desormes, contrôleur général de la maison du
roi, des mêmes services que Sa Majesté, sans ou-
blier les hors-d'œuvre ; le roi, la première fois
qu'il but, dit au cardinal : « Il est juste. Monsieur,
que je commence à boire à la santé de Sa Sain-
teté. » Il s'étoit levé auparavant et avoit ôté son
chapeau ; mais avant que de boire il se rassit et se
couvrit; le cardinal demeura debout et découvert,
et un moment après il demanda au roi permission
de boire à la santé du plus grand roi de la terre et
à la prospérité de la chrétienté; il but debout
et découvert; le roi demeura toujours assis et cou-
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LIVRE VII IJ
vert et mit seulement la main au chapeau au com-
mencement du compliment et après que le cardinal
eut bu.
Le roi, à Tâge de cinq ans, avoit fait cet hon-
neur-là au cardinal Grimaldi, et en 1664 au cardi-
nal Chigi, légat et neveu d'Alexandre VII. Il ne
Tavoit pas voulu faire à Roberti, qui fut nommé
cardinal pendant qu'il étoit nonce en France. Le
feu roi Tavoit fait au cardinal Bichi et ne Tavoit pas
fait au cardinal Spada.
On parloit déjà de retourner à Versailles, lors-
que la duchesse de Bourbon eut la petite vérole;
un si vilain mal et si dangereux fit précipiter le
retour. Monseigneur et Madame la Dauphine re-
vinrent d'abord, et le roi, quelques jours après,
ne parloit plus de son mal. Il se promenoit tous
les jours dans ses jardins de Versailles; ilparoissoit
gai et tranquille, lorsqu'on apprit avec grande sur-
prise qu'on venoit de lui faire la grande opération.
Il y avoit six semaines que l'affaire étoit résolue,
mais personne ne le savoitqueM"™«deMaintenon,
M. de Louvois, le P. de La Chaise, le premier
médecin Fagon, le médecin de la feue reine, et
Félix, premier chirurgien, qui devoit faire l'opé-
ration.
Fagon commençoit à avoir beaucoup de crédit.
Le public l'avoit toujours cru plus habile que Da-
quin, et le roi ne faisoit que de s'en apercevoir.
Mémoirtt dt Choisy, II. 3
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l8 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
M™6 de Maintenon le protégeoit depuis qu'il
avoit accompagné le duc du Maine à Barèges. Sa
Majesté n'avoit jamais le moindre mal de tête
qu'elle ne le fît appeler, toutefois après le premier
médecin, dont l'autorité établie depuis longtemps
ne pouvoit être ébranlée qu'à la longue : il ne fut
chassé que cinq ou six ans après. La... m'a conté
que le roi, étant à Marlj, eut un fort grand accès
de fièvre. Les médecins, sur le minuit, voyant que
la fièvre diminuoit, lui firent prendre un bouillon;
Daquin dit : « Voilà la fièvre qui est sur son dé-
clin, je m'en vais me coucher. » Fagon fit semblant
de le suivre et s'arrêta dans l'antichambre, en di-
sant entre ses dents : « Quand donc veillerons-
nous? Nous avons un si bon maître, et qui nous
paye si bien !» Il se mit dans un fauteuil, appuyé
sur son bâton; il y étoit aussi bien que dans sa
chambre, parce qu'il ne se déshabilloit jamais et
ne dormoit qu'à son séant à cause de son asthme.
Une heure après, le roi appela le premier valet de
chambre et se plaignit à lui que sa fièvre duroit
encore; il lui dit : « Sire, M. Daquin s'est allé
coucher, mais M. Fagon est là dedans; le ferai-je
entrer? — Que me dira-t-il? lui dit le roi, qui
craignoit que le premier médecin ne le sût. — Sire,
reprit Niert (et ce que je dis ici, je le sais de lui),
il vous dira peut-être quelque chose, il vous con-
solera. » Fagon entra, tâta le pouls, fit prendre de
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LIVRE VII 19
la tisane, fit changer de côté, et enfin il se trouva
seul auprès du roi pour la première fois de sa vie.
Daquin eut son congé trois mois après sur une ba-
gatelle dont on lui fit une querelle d'Allemand. Il
avoit demandé Tarchevêché de Tours pour son fils :
si demander plus qu'il ne devoit eût été un crime,
il y avoit longtemps qu'il eût été criminel.
Le roi avoit dit quelque chose à M. de La Ro-
chefoucauld de l'opération qu'on lui devoit faire.
Félix donna deux coups de bistouri et huit coups
de ciseau : il avoit fait faire un instrument d'une
manière nouvelle, qu'il avoit essayé sur des corps
morts, et il prétend que cela épargna quelques
coups de ciseau. Le roi ne souffla pas pendant
l'opération; et, dès qu'elle fut faite, il l'envoya
dire à Monseigneur qui étoit à la chasse, à Ma-
dame la Dauphine dès qu'elle fut éveillée, à Mon-
sieur et à Madame qui étoient à Paris, et à M. le
Prince qui étoit à Fontainebleau, auprès de M^^ de
Bourbon. Monseigneur quitta la chasse aussitôt
et revint à Versailles à toute bride, et en pleurant.
Il se jeta d'abord aux pieds du lit du roi, et n'eut
pas la force de lui parler; mais le roi lui dit :
« Tout va bien, mon fils, et, s'il plaît à Dieu, je
n'en aurai que le mal. » M*»e de Maintenon étoit
au chevet du lit de Sa Majesté. M»ne de Mon-
tespan vint à la porte de la chambre, et voulut
entrer avec cet air impérieux qu'une longue do-
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20 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
mination lui avoit fait prendre ; mais Thuissier avoit
ses ordres : elle n'entra pas, et eut le chagrin cui-
sant de voir la place prise par une personne plus
digne de l'occuper; elle s'en retourna à son ap-
partement, et laissa échapper dans les antichambres
plusieurs démonstrations d'une douleur immodérée,
que les courtisans malicieux disoient venir de colère
et de dépit.
On ne peut exprimer l'effet que produisit dans
l'esprit des Parisiens une nouvelle si surprenante;
chacun sentit dans ce moment combien la vie d'un
bon roi est précieuse; chacun crut être dans le
même danger où il étoit; la crainte, l'horreur, la
pitié, étoient peintes sur tous les visages; les moin-
dres du peuple quittoient leur travail pour dire
ou pour redire : « On vient de faire au roi la
grande opération»; ce mot, auquel onVétoit pas
accoutumé, effrayoit encore davantage. J'ai ouï
de mes oreilles un porteur de chaise dire en pleu-
rant : « On lui a donné vingt coups de bistouri,
et ce pauvre homme n'a pas sonné mot. — Qu'on
lui a fait de mal! » disoit un autre; on ne parloit
d'autres choses dans toutes les rues, et tout Paris
le sut dans un quart d'heure. Les églises se rem-
plirent dans un moment, sans qu'il fût besoin que
les curés s'en mêlassent : on demandoit à Dieu la
guérison d'un prince qui , après avoir mis le nom
françois au-dessus de tous les autres noms, étoit
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LIVRE VII 21
SUT le point de combler de bonheur une nation
qu'il avoit déjà comblée de gloire; on demandoit
à Dieu de prolonger une vie dont les commence-
mens étoient si grands, et dont la fin, suivant toutes
les apparences, devoit être si désavantageuse à son
peuple. Cet empressement si naturel et volontaire
dura tant qu'on crut le roi en quelque danger. On
ne pouvoit se lasser de donner des louanges à
Félix , qui , depuis deux mois, s'étoit exercé à ces
sortes d'opérations, et l'avoit faite plusieurs fois
dans les hôpitaux de Paris.
Son exemple, si peu ordinaire aux gens qui sont
en place, avoit produit un effet admirable; les
jeunes gens chirurgiens avoient redoublé leurs ap-
plications en voyant leur chef travailler de la main
comme un autre , et ne pas dédaigner la guérison
des pauvres, aussi bien que celle des plus grands
seigneurs. Après l'opération il recommanda surtout
au roi de demeurer en paix, au moins jusqu'à sup-
puration; mais il n'en fit rien, les devoirs de la
royauté le pressoient. Il fit appeler ses ministres,
et voulut tenir le conseil; il ne le fit pourtant pas
le matin, il souffroit trop; il fallut au moins don-
ner quelques heures à la nature. Les ministres s'en
allèrent; mais ils revinrent l'après-dîner , et les
conseils allèrent depuis leur train ordinaire. Il
donna le lendemain audience aux ambassadeurs et
aux ministres des princes étrangers, et leur parla
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22 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
avec une présence d'esprit et une gaieté qui les
força d'écrire à leur maître ce qu'ils venoient de
voir et d'admirer. On voyoit pourtant la douleur
peinte sur son visage; son front étoit presque tou-
jours en sueur de pure foiblesse, et cependant il
donnoit ses ordres et se faisoit rendre compte de
tout. Il mangeoit en public dans son lit et se lais-
soit voir deux fois par jour aux moindres de ses
courtisans; il ne témoigna aucune impatience à
tous les coups de ciseau qu'on lui donna, il disoit
seulement : « Est-ce fait, Messieurs? achevez, et
ne me traitez pas en roi; je veux guérir comme si
j'étois un paysan. » .Quand on le pansoit, il n'y
entroit que les premiers valets de chambre, le duc
d'Aumont, premier gentilhomme de la chambre
en année, M. de La Rochefoucauld, M. de Lou-
vois dès le commencement, et, sur les fins, M. de
Seignelay. Une si grande fermeté contribua beau-
coup à la guérison; la tranquillité de l'esprit
apaisa le bouillonnement du sang; la fièvre, qui
accompagne la suppuration, ne Téchauffa pas, et
les médecins le croyoient hors d'affaire au bout
de quinze jours, lorsqu'il parut un sac, et il fallut
faire une nouvelle opération. Elle ne fut pas si
longue que la première, mais elle fut plus doulou-
reuse, parce qu'on ne vouloit plus y revenir; on
alla bien avant [dans la chair vive, et le héros se
comporta à son ordinaire.
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LIVRE VII 2i
Quelques jours après, M. le Duc revint de Fon-
tainebleau ; il fit au roi les complimens de M. le
Prince, et lui dit que M. le prince de Conti étoit
bien fâché de n'oser lui-même témoigner à Sa Ma-
jesté sa joie; le roi lui dit qu'il pouvoit revenir s'il
vouloit. Il vint le lendemain de Chantilly, où il étoit
dans une espèce d'exil, et salua le roi, qui lui dit:
a Mon cousin, quand on est éloigné on croit mon
mal plus grand qu'il n'est, mais, dès que l'on me
voit, on juge aisément que je ne souffre pas beau-
coup. » Le prince s'humilia , parla peu, ne voulut
voir personne chez lui, et retourna aussitôt dans
sa retraite, ne croyant pas que le roi lui eût rendu
tout à fait ses bonnes grâces; mais, peu de jours
après, il fut obligé d'aller à Fontainebleau assister
M. le Prince mourant. Ce grand prince, aussi
bon courtisan qu'habile général, étoit parti de
Chantilly, quoique malade, à la première nou-
velle de la maladie de sa belle-fille la duchesse de
Bourbon; il l'avoit trouvée dans la petite vérole,
et, méprisant le mauvais air, il ne l'avoit point
quittée pendant tout son mal ; il avoit même, mal-
gré sa foiblesse , empêché le roi d'entrer dans la
chambre de la malade, et lui avoit dit sur le pas
de la porte des choses si fortes «t si touchantes
que le roi s'étoit retiré et étoit parti pour Ver-
sailles. La princesse avoit été à la dernière extré-
mité, jusque-là. que Mm« de Montespan la croyoit
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24 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
morte et s'en étoit allée à Paris. Sa jeunesse
Tavoit sauvée; mais M. le Prince, qui, à son âge,
infirme comme il étoit, n'étoit plus en état de
soutenir une pareille fatigue, y succomba; il se vit
mourir pendant cinq ou six jours, et donna ordre
à toutes ses affaires domestiques avec une présence
d'esprit admirable. Il avoit mis sa conscience en
repos depuis quelques années, et, pour tout dire
en un mot, il mourut en héros chrétien ; mais, avant
que de mourir, il écrivit au roi une lettre fort
belle ', où, protestant de sa fidélité et de son atta-
chement sincère à la personne de Sa Majesté,
dans les premières années de sa vie et dans les
dernières , il avoue que les années du milieu n'ont
pas été de même, et qu'il a eu besoin de toute la
clémence du meilleur des rois. Il finit par remer-
cier le roi du retour de M. le prince de Conti,
et proteste qu'il meurt content après avoir eu cette
consolation.
M. le Duc apporta la lettre au roi, qui dès la
veille avoit mandé à M. le Prince que, pour
l'amour de lui, il pardonnoit sincèrement au
prince de Conti. Le roi régla aussitôt que M. le
Duc s'appelleroit à l'avenir M. le Prince; mais
I. Cette lettre a été insérée par Désormeaux dans son
Histoire du grand Condé, t. IV, p. 498.
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LIVRE VII 25
qu'il n'auroit pas les privilèges de premier prince
du sang, parce que c'est M. le duc de Chartres qui
les a présentement. Feu M. le Prince avoit eu ces
privilèges assez longtemps, avant que Monsieur
eût des enfants, et ils ne se perdent point quand
une fois on les a eus. M. le duc de Bourbon con*
serva son nom et s'appela simplement M. le
Duc. On rendit au corps de M. le Prince les
mêmes honneurs qu'on avoit rendus en 1646 à
monsieur son père. M. le prince de Conti, au
nom du roi, lui donna l'eau bénite; il étoit ac-
compagné du duc de Chaulnes et escorté par les
gardes du corps. On fit ensuite un service ma-
gnifique dans Notre-Dame, où les compagnies
supérieures assistèrent; mais ce fut aux dépens
de M. le Prince, le roi ne faisant la dépense des
services que pour les généraux morts à la tête de
ses armées. M. le Prince avqit nommé M. de
La Trémouille et de Ventadour pour l'accom-
pagner au deuil ; et, M. de Ventadour étant ma-
lade, il avoit nommé en sa place M. le duc
de Duras. On l'envoya chercher à Paris ; mais
il ne s'y trouva point, et sa femme dit franche-
ment qu'il ne s'y trouveroit pas. Ce mépris mit
M. le Prince dans une furieuse colère; il ne
devoit pas s'en étonner. Un bon courtisan, qui
veut faire son chemin, ne doit point paroître atta-
ché à messieurs les princes. Ma mère me disoit
4
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26 MÉMOIRES DE L*ABBÉ DE CHOISY
toujours : « Mon fils, il n'y a rien de tel que le
gros de l'arbre. »
Je crois qu'il seroit à propos, en finissant cette
année 1686, d'exposer en peu de paroles l'état
présent de l'Europe. L'Empereur a poussé les
Turcs pendant toute la campagne. M. de Lor-
raine et monsieur l'électeur de Bavière et ses
généraux ont pris Bude d'assaut ; et, selon les
apparences, il sera bientôt véritablement roi de
Hongrie. Le Grand Seigneur a déposé le mufti, qui
avoit signé le fetfa, ordonnance pour commencer
la guerre ; il a aussi fait noyer neuf cents de ses
lévriers au sortir du sermon où le prédicateur lui
avoit reproché en face qu'au lieu d'aller défendre
Bude, il s'amusoit à aller tous les jours à la chasse.
Le roi de Pologne n'a pas réussi dans son grand
dessein ; il a traversé la Moldavie et la Valachie,
et a marché jusqu'à quarante lieues d' Andrinople ;
mais il n'a pu aller jusqu'à Bialogrod : les princes
de Moldavie et de Valachie lui ont manqué de
parole, et se sont joints aux Turcs et aux Tartares.
Les Moscovites n'ont fait aucun acte d'hostilité,
sous prétexte que la ligue n'avoit pas été ratifiée
par la Diète de Pologne ; les Cosaques, sujets des
Moscovites, n'ont osé se déclarer. Voyant d'ail-
leurs la saison fort avancée, la sécheresse extraor-
dinaire qui avoit fait tarir toutes les fontaines,
les fourrages brûlés partout par les Tartares, une
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LIVRE VII 27
armée ennemie deux fois plus forte que la sienne,
il a repris la route de son pays, et a remis son en-
treprise à une autre année. Le pape avoit donné
huit cent mille francs, qui ont été perdus.
Les Vénitiens ont été plus heureux dans la
Morée, où ils ont pris plusieurs places, entre
autres Napoli-de-Romanie. Le prince de Turenne,
fils aîné du duc de Bouillon, s'y est fort bien dis-
tingué, autant par capacité que par bravoure;
sa disgrâce lui a beaucoup servi, en lui donnant le
moyen de se corriger de ses défauts, et de faire
valoir ses bonnes qualités.
Il semble que le roi d'Angleterre prenne le
dessus ; il a cassé le Parlement d!Écosse, parce
qu'il n'a pas voulu accorder aux catholiques la
liberté de conscience : il n'a pas laissé de faire
ouvrir une chapelle publique dans le château
d'Edimbourg ; mais, ce qui est plus important, il a
établi à Londres une Chambre ecclésiastique, com-
posée de l'archevêque de Cantorbéry, du chance-
lier, du comte de Sunderland, président du Con-
seil privé, des évêques de Durhametde Rochester,
et de Herbert, chef de justice du banc du roi;
il leur donne, par ses lettres patentes, une entière
autorité sur tous les ecclésiastiques du royaume, de
quelque dignité qu'ils soient, qui auront fait quelques
fautes, avec pouvoir de les interdire, de les priver
de leurs bénéfices, et même de les excommunier.
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28 MÉMOIRES DE L*ABBÉ DE CHOISY
lis ont commencé par suspendre de ses fonc-
tions Tévêque de Londres, dont le roi n'étoît pas
content; ils ont fait le procès à un ministre
nommé Johnson, pour avoir tenu des discours sédi-
tieux; il a été dégradé, dépouillé de ses habits
ecclésiastiques, fustigé et mis au pilori : le peuple
murmure; mais il souffre. Le roi d'Anglererre a sur
pied trente mille hommes qu'il paye tous les mois.
M. de Louvois mourut en ce temps-là ' d'une
manière assez brusque. Sa famille fut persuadée
qu'on l'avoit empoisonné, je n'en crois rien;
ces manières ne sont point du roi, qui com-
mençoit depuis plusieurs années à songer à son
salut : il est vrai qu'il étoit fort mal content de
son ministre, sa patience avoit été poussée à bout
en vingt occasions. M. de Ponchartrain, dans le
désespoir de trouver de l'argent, avoit proposé
d'ôter à M. de Louvois les postes étrangères qui
lui valoient deux millions de rente. L'arrêt étoit
donné et signé, on devoit le vérifier à la Cour des
aides le lendemain, lorsqu'à minuit, le roi étant
près de se mettre au lit, M. de Louvois vint tout
effaré dire à Sa Majesté qu'il étoit perdu s'il lui
ôtoit les postes dans la conjoncture présente; que
cela lui ôteroit tout son crédit. On ne sait pas
qui l'avoit averti. Le roi, qui alloit faire le siège
I. i6 juillet 1691.
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LIVRE VII 29
de Mons, ne vouloit pas, ou n*osa fâcher le minis-
tre de la guerre, qui faisoit tout mouvoir; il écrivit
un billet à M. de Pontchartrain qui portoit un
ordre précis de supprimer Tarrêt; mais il sentit
vivement Tinsolence du ministre qui se servoit de
l'occasion. Cela n'étoit rien au prix de deux traités,
apostilles de la main de M. de Louvois, que Mme de
Maintenon remit entre les mains du roi ; par Tun
il faisoit le projet de maltraiter M. de Savoie par
tant de manières qu'il seroit enfin obligé de se
déclarer contre la France, ce qui rendoit la paix
plus difficile, et, par l'autre, il vouloit forcer les
Suisses à faire la même chose, en manquant à toutes
les capitulations faites avec eux. M^e de Main-
tenon avoit eu ces deux traités par d'Augicourt,
gentilhomme de M. de Louvois^ qui trahissoit son
maître. On sera bien aise de voir ici la première
cause de leur haine, qui ne s'est point démentie
jusqu'à la mort.
Le roi, après la mort de M"^« de Fontanges, qui
a été la dernière de ses maîtresses, résolut tout de
bon de songer à son salut. La reine mourut; il ne
vouloit point se remarier par tendresse pour son
peuple; il se voyoit trois petits-fils, et jugeoit
prudemment que des princes d'un second lit pour-
roient, dans la suite des temps, causer des guerres
civiles ; d'autre côté, il ne pouvoit se passer de
femme. Mn»« de Maintenon, qui avoit eu soin de
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3o MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
Téducation de M. le duc du Maine, lui plaisoit
fort ; son esprit doux et insinuant lui promettoit
une conversation agréable et capable de le dé-
lasser des soins de la royauté ; sa personne étoit
encore aimable, ses yeux étoient vifs et perçans, et
son âge la mettoit hors d'état d^avoir des enfans.
Il s'étoit accoutumé à elle , car dans le commen-
cement il ne pou voit pas la souffrir; il ne consentit
à la mettre auprès de M. le duc du Maine qu'à la
prière et aux importunités de M^^^ de Montespan
qui connoissoit son esprit et toute sa capacité.
Elle y avoit été six ans, sans que le roi l'eût vue
quatre fois; et, quand on amenoit l'enfant au roi,
elle avoit la prudence de se retirer. La persévérance
vient à bout de tout, et à tant de répugnance suc-
céda une passion violente : il résolut de l'épouser
secrètement, bien déterminé à ne jamais déclarer
ce mariage. Il en fit un jour la confidence à M. de
Louvois, comme d'une chose qui n'étoit pas en-
core résolue, et lui en demanda son avis. Louvois
n'en avoit jamais eu la moindre idée. <c Ah I Sire»
s'écria-t-il. Votre Majesté songe-t-elle bien à ce
qu'elle me dit ? Le plus grand roi du monde, cou-
vert de gloire, épouser la veuve Scarron ! Voulez-
vous vous déshonorer? » Il se jeta aussitôt aux
pieds du roi, fondant en larmes. « Pardonnez-moi,
Sire, lui dit-il, la liberté que je prends : ôtez-moi
toutes mes charges ; mettez-moi dans une prison.
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LIVRE VII 3l
je ne verrai point une pareille indignité. » Le roi
lui disoit : « Levez-vous; êtes-vous fou ? » Il se
leva, et sortit du cabinet sans savoir si ses remon-
trances avoient opéré; mais le lendemain il crut
voir, à Tair embarrassé et cérémonieux de M™« de
Maintenon, que le roi avoit eu la foiblesse de lui
conter tout; et depuis ce moment il s'aperçut
qu'elle étoit devenue sa plus mortelle ennemie. Il
est certain que le mariage secret se fit quelque
temps après; M. de Louvois n'y fut point appelé.
M. de Harlay, archevêque de Paris, et le P. de
La Chaise, en furent les ministres ; Bontemps et le
chevalier de Forbin servirent de témoins. Il mW-
riva, trois ans après, une petite bagatelle qui ne
laissa pas d'être un indice. J'avois présenté un
livre au roi; je priai Bontemps, qui étoit de mes
bons amis, d'en présenter un de ma part à M^i^ de
Maintenon; elle étoit alors malade et ne voyoit
personne ; il s'acquitta de la commission ; quinze
jours après, en me contant ce qu'il avoit dit à
la dame, il se servit de ces termes : a Je suis assuré
que Votre M... » Il s'arrêta tout court en sentant
l'indiscrétion, fît un bond, changea de discours. Je
ne fis pas semblant d'avoir ouï dire les mots sacra-
mentaux, et ne lui en ai jamais parlé.
Mais, pour revenir à M. de Louvois, quinze
jours avant que de mourir, il sentit la foudre prête
à tomber et le dit à un de ses amis, qui me l'a
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32 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
dit. « Je ne sais, lui dit-il, s'il se contentera de
m'ôter mes charges, ou s* il me mettra dans une
prison, tout m'est assez indifférent, quand je ne
serai plus le maître. » Son ami, qui est M. le Pre-
mier, tâcha de le rassurer, en le faisant souvenir
que depuis dix ans il lui avoit dit vingt fois la
même chose. « Tout est changé, dit M. de Lou-
vois, nous avons eu cent fois des disputes fort ai-
gres, je sortois de son cabinet et le laissois fort en
colère, et le lendemain quand il falloit travailler
il reprenoit son air gracieux. Or, depuis quinze
jours il a toujours le front ridé, il a pris son parti
contre moi, il n'est plus question que des expé-
diens. » La mort finit tout , et le roi , avec une
bonne foi sans exemple, n'a point caché la joie qu'il
en eut. Il soupoit à Marly avec des dames; le
comte de Marsan étoit derrière Madame et par-
loit des grandes choses que le roi avoit faites au
siège de Mons. « Il est vrai, dit le roi, que cette
année-là me fut heureuse ; je fus défait de trois
hommes que je ne pouvois plus souffrir : M. de
Louvois,Seignelay et La Feuillade. » Madame, qui
est vive, lui dit : « £h I mais, Monsieur, que ne
vous en défaisîez-vous? » Sa Majesté baissa les
yeux et regarda son assiette, et M. de Marsan dit
que souvent les rois souffroient des gens qui ren-
doient service à l'État : on parla d'autre chose.
J'ai vu depuis des ministres bien mortifiés de ce
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LIVRE VII 33
discours, ne sachant au vrai s'ils étoient dignes
d'amour ou de haine.
M. de Louvois montra un jour la présence d'es-
prit d'un bon courtisan. Le roi avoit fait avec lui
la liste de ceux qu'il vouloit honorer du bâton de
maréchal de France; il alla ensuite chez Mme de
Montespan, qui, en fouillant dans ses poches, y prit
cette liste, et, n'y voyant pas M. de Vivonne, son
frère, se mit dans une colère digne d'elle. Le roi,
qui ne pouvoit pas lui résister en face, lui dit qu'il
falloitque M. de Louvois eût oublié de l'y mettre.
« Envoyez-le quérir tout à l'heure », lui dit-elle
d'un ton impérieux, et le gronda comme il faut. On
envoya chercher M, de Louvois, et, le roi lui ayant
dit fort doucement que sans doute il avoit oublié
Vivonne, ce ministre se chargea du paquet et avoua
sa faute. On mit Vivonne sur la liste ; la dame fut
apaisée, et se contenta de reprocher à Louvois sa
négligence dans une affaire qui la touchoit de
si près.
M"^« de Maintenon n'a pas été si pressante; ce
qui me fait souvenir d'un trait de M. d'Aubigny.
H jouoit à la bassette, et mettoit sur les cartes des
monceaux d'or sans compter. Le maréchal de Vi-
vonne entra dans le lieu où l'on jouoit, et, voyant
remuer tant d'argent, il vit qu'il sortoit de la
poche de M. d'Aubigny. « Je me doutois bien,
dit-il, qu'il n'y avoit que lui qui pouvoit jouer si
Mémoires de Choisy. II. 5
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34 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
gros jeu. » D'Aubigny l'entendit, et répondit
brusquement : « C'est que j*ai eu mon bâton en
argent. »
Le maréchal de Tessé a été fait maréchal de
France à peu près de la même manière que M. de
Vivonne. Le roi travailloit chez M"»® de Mainte-
non avec M. de Chamillard, et faisoit la liste des
maréchaux de France qu'il devoit déclarer le len-
demain. M°»« la duchesse de Bourgogne regardoit
par-dessus Tépaule, et vit que Tessé n'en étoit
point : elle sautoit et dansoit, rioit à son ordinaire ;
elle se mit tout d'un coup à pleurer; le roi en vou-
lut savoir la raison. <c Ah ! Monsieur, lui dit-elle>
vous déshonorez celui à qui je dois l'honneur d'être
à vous, celui qui m'a fait tout ce que je suis. »
Le roi parut fâché que son secret fût découvert^
et de colère déchira la liste. Les maréchaux ne fu-
rent faits qu'un an après : au lieu de quatre, il y
en eut dix, afin de donner place à Tessé.
Le roi est sujet à changer d'avis et de goût^
Dans le temps qu'*il aimoit passionnément M^^* de
La Vallière, il se moquoit avec elle des minaude-
ries que lui faisoit M»"* de Montespan. « Elle vou-
droit bien que je l'aimasse », disoit-il en riant. CeU
étoit vrai; elle l'assiégeoit dans les formes, et fit
enfin si bien qu«, quand il revenoit de la chasse, .
il vcnoit se débotter, s'habiller, se poudrer chez
M'l« de La Vallière; il lui disoit à peine bonjour, et
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LIVRE VII
35
passoit dans Tappartement de M™* de Montespan,
ou il demeuroit toute la soirée.
M^'e de Fontanges, belle comme un ange et
sotte comme un panier, l'ensorcela de même, et le
traita encore avec plus d'autorité que les autres.
Elle'...
I. Le surplus manque. {Édit, Fttitot et Michaud.)
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LIVRE VIII
Mémoire sur différentes choses que m'a contées
l'archevêque d'Aix, dans différens séjours que j'ai
faits avec lui.
ANiEL DE CosNAC, évêquc de Va-
lence ', et depuis archevêque d'Aix,
étoit cadet d'une bonne maison de
Limousin; né sans biens, peu d'édu-
cation de la part de sa famille, et de bonne heure
sorti de la maison paternelle, pour chercher ailleurs,
par industrie, ce que sa famille ne pouvoit lui four-
I. Daniel de Cosnac a laissé d'intéressants et curieux
MémoireSt qui ont été publiés par un de ses descendants
pour la Société de l'Histoire de France, a vol. in-8, 18 Sa.
L'éditeur a publié à la suite de ces Mémoires tout ce livre
huitième des Mémoires de l*abbé de Choisy, résumé de ses
conversations avec Daniel de Cosnac. (I.)
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LIVRE VIII 37
nir. Peut-être le nomma-t-on monsieur Tabbé parce
que Tuniforme des habits noirs et du petit collet
occasionne moins de dépense. Ce titre lui donna
un extrême désir de le devenir, et l'on ne sauroit
assez dire avec combien d'esprit et d'adresse il se
fit une entrée familière chez M. le prince de Conti,
dans un âge où les jeunes gens assez mal faits sont
à peine soufferts chez les princes du rang de M. le
prince de Conti, qui, pour lors, étoit destiné à
l'état ecclésiastique. Chacun sait comme quoi ce
prince s'abandonna à la passion éperdue qu'il eut
pour Mnae de Longueville, sa sœur, qui le mit
dans le parti du prince de Condé; de sorte que
l'abbé de Cosnac trouva si bien les expédiens d'ac-
quérir la familiarité, et depuis la confiance du
prince de Conti, que, devenu nécessaire au main-
tien de l'union du prince de Condé, du prii^ce de
Conti et de M^e de Longueville, il s'attacha si
fort à leurs intérêts que M. le prince de Conti le
prit auprès de lui comme un jeune abbé de condi-
tion qu'il aimoit, et qui s'attachoit à sa personne
et à sa fortune. Cet abbé, sous une figure assez
basse, avoit tout l'esprit, toute la hauteur et toute
l'industrie d'un Gascon qui veut faire valoir les
qualités qu'il n'a pas, aux dépens de celles qu'il a.
Il étoit trop mal fait pour se faire une intrigue
d'amour, dans une cour où cette passion régnoit
fort. Il se jeta donc tout à fait du côté des af-
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38 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
faires; et, dans un âge où la conduite des négo-
ciations importantes est pour Tordinaire incompa-
tible avec la grande jeunesse, il se rendit si nécessaire
que ce fut lui qui fit à vingt-deux ans la paix de
Bordeaux. Il en dressa les articles, dont j'ai vu la
minute écrite de sa main, et signée des princes et
du duc de Caudale, qui signa pour le roi. Cette
paix, désirée de la cour et nécessaire à l'État, lui
fit un grand honneur non seulement dans le parti
des princes, mais elle le fit connoître particulière-
ment du cardinal Mazarin, avec lequel il eut diffé-
rentes conversations, et auprès duquel il fit plu-
sieurs voyages pour la conclusion de l'importante
affaire qu'il finit.
Le prince de Conti avoit une sorte d'esprit in-
décis, voulant et ne voulant pas, changeant d'avis
à chaque moment, alternativement dévot et volup-
tueux, d'une santé médiocre, d'une taille très con-
trefaite, dont le vrai penchant eût été du côté de
Dieu, si sa légèreté ne l'eût point souvent, et dans
un même jour, fait passer d'une extrémité à l'autre.
L'amour et l'union ne logent pas toujours ni long-
temps dans les mêmes cœurs. Le prince de Conti
crut avoir des raisons effectives d'être jaloux de
M"»« de Longueville. M. de La Rochefoucauld
avoit trop d'esprit pour être attaché à elle infruc-
tueusement, autant qu'il le paroissoit. Un voyage
qu'elle fit auprès du prince de Condé fut peut-
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LIVRE VIII 39
être regardé du prince de Conti comme un pré-
texte de le quitter, qui lui déplut : ainsi, sans se
détacher tout à fait de la passion qu'il avoit pour
sa sœur, il chercha dans le commerce qu'il a eu
avec M*ne de Montlon', et dans quelques autres
galanteries de Montpellier, de quoi se consoler un
peu de Tabsence de M^^ de Longueville.
Guilleragues et l'abbé de Roquette étoient au-
près de lui. Le premier étoit honnête homme, à
•cela près que, né Gascon, il vouloit toujours que
l'on fît cas de sa naissance, dont il importunoit
impitoyablement tous ceux qu'il trouToit moyen
•d'en informer. L'abbé de Roquette, depuis évêque
•d'Âutun, avoit tous les caractères que l'auteur du
Tartuffe a si parfaitement représentés sur le modèle
■d'un homme faux. Un soir que le prince de Conti
•s'étoit masqué malgré l'abbé de Cosnac, qui lui
avoit représenté que sa santé ne lui permettoit pas
de veiller, et qui, voyant que cette première rai-
son n'avoit rien gagné, s'étoit enhardi à lui dire
-que, de la taille dont il étoit, il étoit impossible
■qu'il se masquât sans être connu ; un jour, dis-je,
que ce prince s'étoit masqué, l'abbé de Roquette
«ntra dans sa chambre comme il étoit près d'en
I , Daniel de Cosnac ne cite pas cette dame. Il ne nomme
<iue M"»* de Calvimont et M"® Rochette, plus tard M"*« de
Calvières. (I.)
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40 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY
sortir avec ceux qu'il avoit mis de la partie; et
Tabbé de Roquette, s'adressant au prince de Conti^
comme s*il eût cru parler à M. de Vardes : a Mon-
sieur, lui dit-il, montrez-moi Son Altesse », et
puis se retirant du côté de Tabbé de Cosnac :
a Monsieur, continua-t-il, dites-moi lequel de ces-
masques est Monseigneur. » Enfin ce faux courti-
san fit tant de pantalonnades, et affecta tant de
fausses souplesses de fade courtisan, pour faire voir
au prince de Conti qu'il étoit bien masqué, que
Tabbé de Cosnac impatient lui dit assez haut pouF
que M. le prince de Conti l'entendît : « AUez^
Monsieur de Roquette, vous devriez mourir de
honte; et quand Son Altesse fait une mascarade
pour se divertir, elle sait bien que la taille de M. de
Vardes et la sienne sont différentes. » Ce discours,
dit d'un ton ferme, surprit le prince de Conti, qui
se démasqua; et, soit qu'il fit quelque impression
sur son esprit, ou qu'il trouvât qu'il est effective-
ment ridicule qu^un homme très bossu puisse être
pris en masque pour un homme de belle taille, il
sortit, et demi-heure après revint se coucher. Le
discours de l'abbé de Cosnac pensa diviser sa mai-
son, et ce fut la source de la haine que M. d'Au-
tun et lui ont depuis conservée l'un pour l'autre, et
qui fit faire à Guilleragues, ami de l'abbé de Cos-
nac, les Mémoires sur lesquels Molière a fait depuis,
la comédie du Faux Dévot.
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LIVRE VIII 41
La cour du prince de Conti n'étoit pas une cour
assez vaste pour contenir les idées de Tabbé de
Cosnac; et, quoiqu'il fût premier gentilhomme de
la chambre et en quelque manière son favori, cet
abbé entretenoit un commerce avec le cardinal de
Mazarin, dont il fit le fondement du mariage qui
fut conclu quelques années après entre le prince
de Conti et la nièce du cardinal. Il espéroit, pour
fruit de ce mariage, l'importante abbaye de Cluny,
dont le prince de Conti, qui ne pouvoit plus la
tenir en se mariant, lui offrit la démission ; mais le
cardinal fit si bien qu'il empêcha l'abbé d'avoir
ce grand bénéfice, bien qu'il lui eût la principale
obligation du mariage de sa nièce avec un prince
du sang.
Cette nouvelle augmentation d'éclat, jointe à
l'autorité presque souveraine que le cardinal avoit
en tout pendant la minorité du roi, et qu*il con-
serva despotique jusqu'à sa mort, mit en tête à
M. le prince de Conti que son rang et la faveur
de l'oncle de sa femme lui dévoient déférer le
commandement de l'armée de Catalogne ; et, quoi-
qu'il n'eût jamais servi (les enfans des rois, comme
ceux des dieux, naissent instruits de tout), ce com-
mandement lui fut donné.
La fureur des François sur la réputation de se
battre en duel avoit passé, depuis le règne de
François I^r, au point que, par une frénésie dont la
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42 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
rage n'a pu s'éteindre que sous le règne de Louis
le Grand, personne n'osoit porter une épée sans
avoir donné quelques preuves de la savoir garder.
Il ne sufiisoit pas qu'un homme fût brave à la
guerre, l'on vouloit qu'il eût fait quelque combat
particulier et éclatant. Le prince de Conti, né
vaillant, comme le sont tous les Bourbons, se mit
en tête que son rang et son âge, qu'il avoit jus-
qu'alors passé dans Tétat ecclésiastique, ne le dé-
voient pas dispenser de l'obligation où il crojoit
être de s'acquérir de l'estime et de travailler à sa
réputation. L'état militaire, dans lequel il entroit,
le soUicitoit de se mesurer avec quelqu'un digne
de lui, avant que de paroître à la tête des armées;
et, par une fantaisie qui n'a peut-être jamais eu
d'exemple, ce prince, qui n'avoit aucun ennemi,
qui n'avoit offensé personne et que personne n'a-
voit offensé, se mit en tête de faire un combat; et^
agité du désir de se battre en duel, sans savoir
contre qui, partit en litière de Montpellier, pour
se rendre à la cour, incertain de son adversaire,
inquiet d'en trouver un digne de lui, et tellement
résolu de s'acquérir de l'estime par un duel qu'ait
soir, couchant à Bagnols, où il séjourna pour
quelque indisposition, il ne put s'empêcher de
faire confidence à l'abbé de Cosnac de cette
étrange vision, dont il étoit tourmenté, et lui
avoua qu'il avoit jeté les yeux sur le duc d'York,
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LIVRE VIII 45
<iepuis roi d'Angleterre, auquel en arrivant à la
-cour il vouloit faire une querelle, uniquement
parce qu'il étoit prince comme lui et qu'il avoit la
réputation d'être brave. Cette chimère s'augmenta
-peut-être par l'ennui du voyage de la litière. L'es-
prit d'un homme, naturellement bercé de ses hu-
meurs, l'est encore par le triste branlement de
cette voiture ; et tout cela fit, comme vous allez
le voir, le commencement de la fortune de Vil-
lars.
Villars venoit de perdre le duc de Nemours,
auprès duquel il étoit en qualité de gentilhomme.
Il l'avoit servi dans le fameux duel qu'il fit contre
le duc de Beaufort, qui le tua : Villars s'étoit
acquis beaucoup d'estime dans ce combat; et,
comme en perdant son maître il perdoit le princi-
pal espoir de sa fortune, il se retira avec sa femme
auprès de l'archevêque de Vienne, son frère. Il
•étoit à Vienne quand le prince de Contî y passa
et eut l'honneur de lui faire la révérence. La bonne
mine de Villars, la présence d'un vaillant homme,
<]ui venoit récemment de faire un combat éclatant,
l'idée de se servir du même homme dans la que-
relle qu'il avoit déterminé de faire au duc d'York,
tout cela séduisit le prince de Conti. Les princes
veulent plus ardemment que les autres hommes ce
qu'ils désirent, parce qu'ils sont moins contrariés.
Dès le soir, quand il fut couché, il ordonna à
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44 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
Tabbé de Cosnac de rester auprès de lui, et dès
qu'ils furent seuls : « Monsieur l'abbé, lui dit le
prince de Conti, j*ai trouvé l'homnie qu'il me faut
pour me servir dans le dessein dont je vous ai
parlé. Je veux attacher Villars à mon service; di-
tes-lui qu'il me suive, et que je lui donnerai les
moyens de se consoler de la perte qu'il a faite du
duc de Nemours. » L'abbé de Cosnac obéit, et
Villars se rendit à Paris quelques jours après
le prince de Conti. Ce prince étoit tellement
pressé de l'idée de Villars, qu'il regardoit comme
celui qui le -serviroit dans l'issue du grand desseia
qu'il avoit projeté, que, dès Montargis, il proposa à
l'abbé de Cosnac d'accommoder Villars de la charge
de premier gentilhomme de sa chambre. L'abbé
de Cosnac fit si bien qu'il refusa de quitter sa
charge. Le duc d'York, qui servoit sur la fron-
tière, et qui ne revint pas sitôt à la cour, n'a ja-
mais eu connoissance de ce dessein bizarre, qui
s'effaça peu à peu.
Dans ce temps-là l'évêché de Valence vaqua.
L'abbé de Cosnac avoit fait quelques sermons en
présence de la reine, et y avoit réussi; il étoit de
son jeu et de celui du cardinal; il pria le prince de
Conti de demander cet évêché.
L'abbé de Roquette n'osoit paroître son ennemi,
mais il avoii soulevé contre lui la cabale de M, de
Vardes, de M. de Villars et des principaux dômes-
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LIVRE Vin 4$
tiques de la maison, de sorte qu'à la première
proposition que l'abbé de Cosnac fit à M. le
prince de Conti de demander cet évêché pour lui,
le prince de Conti lui parut fort peu empressé.
«Quoi! Monseigneur, lui dit Tabbé de Cosnac, à
moi, de vos secrets le dépositaire, vous répondez
froidement? Ah! Monseigneur, continua-t-il, pre*
nez garde que Ton ne découvre que vous m'avez
incertainement répondu dans une occasion où il
s'agit de l'établissement du principal domestique de
votre maison. » Et, sans lui donner le loisir de ré-
pliquer, il sortit et passa dans l'appartement de
M»« la princesse de Conti, qui n'étoit pas éveillée.
« Qu'on l'éveille, dit l'abbé, il s'agit de son hon-
neur, et je veux lui parler. » Il fit tant de bruit que
ses femmes ouvrirent. Cette princesse aimable s'é-
veilla. <f Levez-vous, dit l'abbé, il s'agit de sauver
l'honneur de M. le prince de Conti, le vôtre et celui
de sa maison. L'évêché de Valence est vacant, je
viens de prier Son Altesse de le demander pour
moi. Mais levez-vous, Madame, les momens sont
chers. Monsieur votre oncle ne vous refusera pas
s'il sait que vous savez vous faire éveiller, vous
lever en robe de chambre et ne pas hésiter à servir
noblement vos créatures. — Mais, Monsieur, lui
dit Mrae la princesse de Conti, donnez-moi le loi-
sir de parler à monsieur mon mari. — Je m'en
garderai bien, lui dit l'abbé; il s'agit de vous lever
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46 MÉMOIRES DE l'^ABBE DE CHOISY
et de passer chez monsieur le cardinal. » Il la
pressa tant que, sans lui vouloir donner le temps
de parler à M. le prince deConii, cette princesse
prit uniquement sa robe de chambre et s'en alla
demander Tévêché de Valence au cardinal.
Le Mazarin n'étoit pas un homme qui donnât
aisément; cependant cette princesse obtint de
son oncle qu'il nommeroit l'abbé à un évéché qui
Yaquoit, de moindre valeur que Valence. Cette
princesse toute gracieuse revint à son apparte-
ment; l'abbé Vy attendoit. « Nous avons à peu
près votre affaire, lui dit-elle, mais ce n'est .pas de
Valence dont il est question. » Et tout de suite
elle lui conta ce que le cardinal lui avoit promis.
« Comment, Madame, lui répliqua-t-il, vous re-
venez contente et n'avez rien obtenu? Ce n'est
plus mon affaire, c'est la vôtre ; je vous déclare
que c'est l'évêché de Valence dont il est question,
et, dès que Votre Altesse sera habillée, elle re-
tournera achever ce qu'elle a commencé. » En effet,
quelques jours après, l'abbé de Cosnac prêcha de-
vant la reine; toute la cour y étoit; et, comme il
descendoit de la chaire, le cardinal s'avança et lui
dit : « Monsieur, vous nommer évêque de Valence
au sortir d'un aussi beau sermon que celui que
vous venez de faire, cela s'appelle recevoir le
bâton de maréchal de France sur la brèche ; re-
merciez le roi de cet important bénéfice. » Il n'eut
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LIVRE VIII 4y
pas sitôt fait ses remerciemens qu'il alla chez
M. de Paris, a Le roi, lui dit-il, Monseigneur,
m'a fait évêque, mais il s'agit de me faire prêtre.
— Quand il vous plaira, répondit M. de Paris. —
Ce n'est pas là tout, lui répliqua M. de Valence,
c'est que je vous supplie de me faire diacre. —
Volontiers, lui dit M. de Paris. — Vous n'en serez
pas quitte pour ces deux grâces, Monseigneur,
interrompit M. de Valence, car, outre la prêtrise
et le diaconat, je vous demande encore le sous-
diaconat. — Au nom de Dieu, reprit brusquement
M. de Paris, dépêchez-vous de m'assurer que
vous êtes tonsuré, de peur que vous ne remontiez
dans cette disette des sacremens jusqu'à la néces-
sité du baptême. »
Cette grâce de l'évêché de Valence répandue
dans la maison de M. le prince de Conti excita
bien des envieux. Vardes et Villars ne perdoient
aucune occasion de lui nuire; mais, à vrai dire,
l'évêque de Valence avoit plus d'esprit qu'eux
tous. Un soir que M. le prince de Conti étoit au
cours etn'avoit avec lui dans son carrosse que l'é-
vêque de Valence, le comte de Lude et Vardes
passèrent au galop venant de courre un cerf. M. le
prince de Conti fit appeler ce dernier, auquel il
dit de venir le soir chez l'abbé de La Rivière qui .
lui donnoit à souper. Vardes s'en excusa sur la fa-
tigue de La. chasse qu'il afoit faite et demanda à
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48 MÉMOIRES DE L*ABBÉ DE CHOISY
M. le prince de Conti la permission de se retirer,
rassurant qu'il alloit descendre chez un baigneur
pour ne voir personne. Quand l*heure du souper
fut arrivée, le prince de Conti passa chez Tabbé
de La Rivière; et, après lui avoir dit qu'il se trou-
voit mal et que M™« la princesse de Conti s'étoit
fait saigner ce jour-là, il se retira, sans souper, à
l'hôtel de Conti. La première chose que ce prince,
suivi de Tévêque de Valence, trouva en entrant
dans la chambre de la princesse deCpnii, laquelle
étoit effectivement au lit, entourée de ses femmes,
ce fut Vardes, paré comme un homme qui veut
plaire, vêtu magnifiquement, et la tète, qu'il
avoit belle, bouclée et poudrée avec plus de soin
qu'il ne convient, quand dpux heures auparavant
l'on étoit fatigué d'avoir couru le cerf. Le prince
de Conti le regarda et ne dit mot, congédia sa
cour et se retira. Quelques jours après, ce prince
alla passer une semaine à Chilly pour prendre l'air
dans cette belle maison du marquis d'Effiat. L'évê-
que de Valence étoit bien résolu de noyer M. de
Vardes s'il en Irouvoit l'occasion, et M. de Var-
des s'étoit souvent déclaré qu'il ne perdroit pas
celle de lui marquer qu'il n'étoit point de ses
amis. Mnae |a princesse de Conti étoit restée à Pa-
.ris. M. le prince de Conti n'étoit pas capable d'a-
voir longtemps quelque chose sur le cœur sans
que ceux qui avoient l'honneur de l'approcher
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LIVRE VIII 49
Ven aperçussent; et l'évêque de Valence l'avoit
si parfaitement étudié qu'il le connoissoit à mer-
veille. Un jour que ce prince se promenoit le long du
canal de Chilly, après avoir longtemps rêvé, voyant
qu'il étoit seul avec Tévêque de Valence : « Mon-
sieur de Valence, lui dit M. le prince de Conti, par-
lez-moi comme vous faisiez du temps que vous
étiez Tabbé de Cosnac ; que vous semble de Var-
des? — Que c'est l'homme de France le mieux fait
et le plus aimable, reprit M. de Valence; mais à
quel propos Votre Altesse me fait-elle cette ques-
tion? — pour rien, reprit le prince de Conti; mais
je ne vous cacherai pas que l'affectation de se pa-
rer comme il fit dernièrement chez la princesse de
Conti, après m'avoir assuré qu'il alloit se retirer,
m'a frappé. Je connois l'innocence et la vertu de
ma femme ; mais croyez-vous que Vardes fût assez
insolent pour oser jeter les yeux tendrement sur
^lle? » C'étoit une belle occasion à l'évêque de
Valence de nuire à M. de Vardes ; mais il ne crut
pas que la matière fût encore assez préparée. Il
parla cette fois de Vardes comme d'un homme
trop sage pour s'élever à une telle pensée; il
l'excusa même sur les soupçons dont le prince de
Conti venoit de lui faire confidence et demeura
ferme à l'assurer qu'il n'avoit jamais rien connu
dans M. de Vardes qui lui laissât la moindre idée
qu'il eût jamais regardé que très respectueusement
Mémoires de Choisy. II. 7
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5o MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
Mnae la princesse de Conti. Trois jours après cette
première conversation, le prince de Conti, se pro-
menant dans son carrosse tête à tête avec M. de
Valence, fît l*éloge de la princesse, sa femme. «A
cela près, dit-il, qu'avec toute la vertu et toute la
modestie désirables, elle a, comme toutes les au-
tres femmes, la vanité de plaire. Et que sais-je,
ajouta-t-il, si elle éviteroit celle d*être aimée? —
Monseigneur, répliqua Tévêque^de Valence, cher-
cher une femme qui ne souffre pas d'être aimée,
c'est désirer un cygne noir. » Sur cela M. le prince
de Conti lui reparla de Vardes; et pour lors, après
lui avoir laissé mitonner le poison dont il vojoit que
ce prince étoit attaqué : « Je n'ai rien vu, reprit Té-
vêque de Valence, qui me puisse faire croire que
M. de Vardes se fût oublié au point d'élever ses
regards jusqu'à M^e la princesse de Conti; mais
Votre Altesse me fait souvenir d'un rien que j'ai
remarqué il y a quelques jours. Elle jouoit à la
prime, et fîloit, sur un flux qu'elle désiroit, un as
qui ne pouvoit être, à la disposition du jeu, qu'un
as de cœur ou un as de carreau; c'étoit celui de
cœur qui étoit nécessaire. Vardes, qui voyoit son
jeu, lui dit assez haut : « J'espère que ce sera un
cœur » ; et puis en s'approchant plus près de soft
oreille, comme pour mieux voir la carte, il conti-
nua d'un ton plus que demi>bas : « J'en connois-
un, Madame, qui ne vous manquera jamais, » Ce
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LIVRE VIII 5l
discours de Tévêque de Valence fut un coup de
poignard qui fît son effet. Le prince de Conti se
trouva mal le soir; et, depuis ce moment, sans en
rien témoigner à M^^ la princesse de Conti, Var-
des s'aperçut si bien qu'il étoit mal avec le prince
de Conti que, sans jamais en avoir su la raison, il
ne songea plus à faire sa fortune par lui et se re-
tira tout à fait de rattachement qu'il avoit eu pour
la princesse de Conti.
Le duc de Caudale étoit ami de M. de Vardes
et ne pouvoit souffrir Tévêque de Valence. Villars
le haïssoit; Tabbé de Roquette, et toute la cabale
opposée à sa faveur essayoit de le perdre. L'évé^
que de Valence s'en aperçut; il étoit du jeu de la
reine, et avoit conservé assez.de familiarité avec le
cardinal, du jeu duquel il étoit aussi. M. le prince
de Conti avoit pour intendant de sa maison un
nommé de Pile qui passoit pour honnête homme,
et dont ce prince, pour quelque mécontentement,
voulut se défaire. L'évêque de Valence entreprit
de le soutenir, et en parla au prince de Conti.
a Monseigneur, lui dit M. de Valence, si Votre
Altesse se défait de cet honnête homme-là, les
honnêtes gens ne doivent plus espérer de salut
chez vous. » Ce discours déplut au prince de
Conti. L'évêque de Valence répondit peut-être
avec plus de fermeté qu'il ne convient de parler à
son maître. Enfin M. de Valence lui mit, comme
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52 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
Ton dit, le marché à la main, et lui offrit de se re-
tirer. Le prince de Conti, blessé de ce discours, 1<
prit au mot, et, quelques jours après, la division
augmenta au point que Tévêque de Valence exigea
absolument de M. de Pile qu'ils prendroient congé
pour sortir de la maison le même jour; de sorte
que de Pile ayant rendu ses comptes, et Tévêque
de Valence ayant la dernière fois fait ses fonctions
de premier gentilhomme de la chambre, dès qu'il
eut donné la chemise à M. le prince de Conti, au
lever duquel il y avoit beaucoup de gens, cet
évéque prit la parole, demanda pardon à Son Al-
tesse d'avoir peut-être eu le malheur de ne l'avoir
pas toujours aussi bien servi qu'il l'avoit désiré, le
remercia des grâces qu'il avoit reçues, et pour finir
son discours par une espèce de turlupinade : « Mon-
seigneur, lui dit-il en prenant M. de Pile par une
main et en tenant sa croix d'évêque de l'autre, cet
homme a bien conduit vos finances, il a le malheur
comme moi de sortir de votre maison ; aussi lais-
sons-nous votre maison sans croix ni piU, » Cette
Hberté de langue ne plut pas à M. le prince de
Conti, qui ne laissa pas de sourire^ et donna dans
ce moment l'emploi de premier gentilhomme à
Villars, qui n'a jamais su peut-être que la fantaisie
d'un duel imaginaire, dont it n'a de sa vie entendu
parler, avoit fait le fondement de sa fortune.
Le roi commençoit à devenir grand, et Mon-
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LIVRE VIII 53
sieur étoit la plus jolie créature de France. On
parloit de faire sa maison. Le cardinal vouloit
faire argent de tout; il savoit que Pévêque de Va-
lence en avoit; il lui fit proposer de Taccommoder
de la charge de premier aumônier de Monsieur :
cette charge ne lui convenoit qu'en ce que c'étoit
une certitude de n'aller guère à son diocèse, et de
demeurer à la cour. La reine lui fît cette propo*
sition comme chose qu'elle souhaitoit; et, l'ayant
fait appeler dans son cabinet au sortir de son jeu,
elle lui dit obligeamment qu'elle eût été ravie
de l'attacher auprès de Monsieur. « Votre Ma»*
jeslé me fait trop d'honneur, Madame, lui
dit-il; mais la cour des princes, qui ne sont pas
rois, est trop orageuse. J'en viens d'essuyer les
bourrasques chez M. le prince de Conti ; et, si Votre
Majesté me laisse le maître de décider, je voudrois
être au roi, ou demeurer comme je suis. » La reine
ne prit pas cette réponse comme un refus; elle le
congédia, en l'exhortant d'y songer. Son parti de
ne point entrer dans la maison de Monsieur étoit
pris, quand il survint entre le roi et Monsieur, son
frère, un petit démêlé d'enfans qui se disputent
quelque chose. Le roi voulut prendre un poêlon
de bouillie, Monsieur en tenoit le manche; et,
avant que les gouverneurs eussent fait finir ce
tiraillement, Monsieur fit mine d'en vouloir frapper
le roi. La reine, avertie, vint faire fouetter Mon-
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54 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
sieur; et Téclat que cela fit détermina Tévêque de
Valence à aller trouver le cardinal. « Monsei-
gneur, lui dit-il, j*ai songé à ce que Votre Émi-
nence m*a fait Thonneur de me faire proposer; je
craignois que Monsieur ne fût qu'un joli prince;
mais je vois qu'il y a en lui de quoi faire un
homme, et de tout mon cœur j'entrerai à son ser-
vice. » Ce marché fut conclu, et, dès qu'on fit la
maison de Monsieur, l'évêque de Valence fut
nommé son premier aumônier.
Quoique la guerre fût vive pendant l'été, la
magnificence, le jeu, l'amour et les intrigues re-
naissoient l'hiver. Le duc de Caudale avoit fait
une campagne assez malheureuse en Catalogne
et revenoit à la cour. L'évêque de Valence étoit
dans son diocèse, prêt à revenir pareillement. Le
duc de Caudale et lui étoient mal ensemble dès le
temps que de Vardes se détacha de M. le prince
de Conti. Le chemin du duc de Caudale étoit de
passer indispensablement à Valence ; il envoya un
gentilhomme à l'avance faire un compliment à
Tévêque, et lui demander à souper, a Volontiers,
répondit l'évêque , je vous supplie même de lui
dire que j'espère qu'il viendra coucher céans, à la
charge que nous ne parlerons pas du passé. » Le
duc de Caudale fut reçu de monsieur l'évêque de
Valence comme si c'eût été le roi qui l'eût ho-
noré d'une visite. Les vrais Gascons deviennent
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LIVRE VIII 55
çlus grands à proportion qu'ils trouvent des gens
plus Gascons qu'eux. Le duc de Caudale étoit
suivi de quantité d'officiers de l'armée, et de beau-
coup de gentilshommes de ses gouvernemens de
Guienne et d'Auvergne, qui le conduisoient jusqu'à
Lyon. Il fut charmé de la réception et de la bonne
chère qu'on lui fit. Le soir, avant que de se retirer
tout à fait, ils s'éclaircirent de plusieurs choses, et
se couchèrent après assez tard. Cependant, comme
le duc de Candale déjeunoit le lendemain matin
f>our partir, la vanité de se voir suivi de tant de
noblesse fit qu'un moment avant que de monter à
«cheval, il dit d'un ton assez haut, en embrassant
M. de Valence : «Au moins, Monsieur, permettez-
moi, devant tous ces messieurs, de marquer publi-
^juement que notre réconciliation est sincère. Je
vous fais devant eux mille excuses des mauvais
offices que je vous ai rendus auprès de M. le
prince de Conti, j'en suis repentant et je vous prie
-de me pardonner. — Monsieur, reprit l'évêque
^e Valence d'un ton encore plus haut, ne vous
repentez point, je vous en prie, car je vous pro-
mets publiquement, devant tous ces messieurs, que,
51 vous m'avez rendu de mauvais offices auprès de
M. le prince de Conti, je vous les ai bien amplement
rendus auprès de monsieur le cardinal. »
Quelques années après l'on commença de parler
àe la paix. Elle étoit nécessaire à l'État ; la reine
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56 MÉMOIRES DE L*ABBÉ DE CHOISY
la vouloit; elle fut conclue^ et Ton fit le voyagé
de Saint-Jean-de-Luz, où le mariage du roi s'a-
cheva. Le cardinal, que Tévêque de Valence ré-
jouissoit,ravoit mis de son jeu pendant le voyage.
Un jour que monsieur Tévêque d'Orléans, Tabbé
Le Camus, depuis cardinal, Tabbé de Bonzi, pa-
reillement depuis cardinal, quelques autres aumô-
niers du roi et Tévêque de Valence, se prome-
noient avec liberté le long de la mer, quelqu'un
d'eux, mécontent du cardinal, en dit mille maux :
Tévêque de Valence ne l'épargna pas, et l'abbé
de Bonzi en parut très mécontent; chacun s'en
plaignit. Ces messieurs s'échaufToient à en dire du
mal, quand tout d'un coup l'évêque de Valence
cessa, prit son chapeau, ses gants, et son man-
teau, que la liberté de la promenade lui avoit fait
quitter, et leur dit : « Mes,sieurs, je vous donne
le bonsoir, je me retire, et vais conter à monsieur
le cardinal tout ce que j'en ai dit, et tout ce que
vous en avez dit : car j'aime encore mieux, pour
vous et pour moi, qu'il en soit informé par mes-
soins que par ceux de l'abbé de Bonzi, qui ne
manqueroit pas de lui en rendre compte. »
Le roi fut marié en 1660, et Monsieur le fut
l'année d'après. Jamais la France n'a vu une
princesse plus aimable que Henriette d'Angle-
terre, que Monsieur épousa. Elle avoit les yeux
noirs, vifs et pleins du feu contagieux que les
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LIVRE VIII 57
hommes ne sauroient fixement observer sans en
ressentir l'effet ; ses yeux paroissoient eux-mêmes
atteints du désir de plaire à ceux qui les regar-
doient. Jamais princesse ne fut si touchante, ni
n'eut autant qu'elle l'air de vouloir bien que l'on
fût charmé du plaisir de la voir. Toute sa personne
étoit ornée de charmes, l'on s'intéressoit à elle, et
on l'aimoit sans penser que l'on pût faire autre-
ment. Quand quelqu'un la regardoit, et qu'elle
s'en apercevoit, il n'étoit plus possible de ne pas
croire que ce fût à celui qui la voyoit qu'elle vou-
loit uniquement plaire. Elle avoit tout l'esprit
qu'il faut pour être charmante, et tout celui qu'il
faut pour les affaires importantes, si les conjonc-
tures de le faire valoir se fussent présentées, et
qu'il eût été question pour lors à la cour d'autre
chose que de plaire. Le roi étoit aimable, jeune,
galant, magnifique; le goût de Monsieur n'étoit
pas tout à fait tourné du côté des femmes, parmi
lesquelles rien ne paroissoit plus digne d'être aimé
que Madame. Peut-être eût-elle voulu l'être du
roi, dont les regards, les soins, l'attention, le goût
et la tendresse se tournèrent entièrement du côté
de Mïl« de La Vallière. L'inclination avoit formé
cette union, et deux personnes nées pour s'aimer
véritablement ne se sont jamais aimées de meil-
leure foi ni plus tendrement.
Le chevalier de Lorraine, fait comme on peint
8
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58 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
les anges, se donna à Monsieur, et devint bientôt
favori, maître, disposant des grâces, et plus absolu
chez Monsieur qu'il n'est permis de l'être quand
on ne veut pas passer pour le maître ou la maî-
tresse de la maison. Madame parla avec horreur
et douleur de ce désordre, dont elle se plaignit
d'abord à M^^ de Saint-Chaumont, intime amie
de l'évêque de Valence, qui, de son côté, ne pou-
voit souffrir le chevalier de Lorraine. Ce conseil
résolut que Madame entretiendroit le roi de ses
malheurs. Je ne sais si le roi parla durement à
Monsieur, mais Monsieur bouda quelques jours,
et, sous des prétextes imaginaires de jalousie, dont
Madame ne lui donnoit aucun sujet effectif, il
feignit de vouloir aller passer quelques semaines à
Villers-Cotterets et y conduisit Madame. Il y étoit
quand la mort du prince de Conti arriva. Ce prince
laissoit par sa mort le gouvernement de Languedoc.
Monsieur voulut le demander, et crut que l'évêque
de Valence étoit plus capable qu'aucun homme de
sa maison de presser le roi sur la demande qu'il
lui ordonna de faire, de sa part, de ce gouverne-
ment pour lui ; de sorte qu'il le chargea d'une
lettre qu'il écrivoit au roi son frère, et il le fit
partir de Villers-Cotterets pour se rendre à Saint-
Germain, où la cour étoit alors. L'évêque de Va-
lence demanda au roi une audience de la part de
Monsieur, qui lui fut accordée sur-le-champ, a De
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LIVRE Vin $9
quoi est-il question, Monsieur? lui dit le roi. Mon
frère boude-t-il encore sans savoir pourquoi, ou ne
s'est-il éloigné de moi que pour être moins gêné?
— J*ai ordre, Sire, répondit monsieur Tévêque de
Valence, de remettre à Votre Majesté une lettre
dont Monsieur m*a chargé, et de prendre en même
temps la liberté de lui représenter qu'ayant l'hon-
neur d'être son frère unique, il a lieu d'espérer
que vous ne lui refuserez pas le gouvernement de
Languedoc. — Le gouvernement de Languedoc !
s'écria le roi. Je croyois que tous les gouverne-
mens particuliers des provinces étoient au-dessous
de mon frère. » En prenant la lettre, le roi acheva
de la lire; après quoi, regardant l'évêque de Va-
lence : « Est-ce là tout, Monsieur? lui dit le roi.
— Oserai-je, Sire, répliqua M. de Valence, pren-
dre la liberté de représenter respectueusement à
Votre Majesté la juste douleur que Monsieur
recevra, si Votre Majesté le refuse? et, puisque
Votre Majesté m'a fait l'honneur de me demander
déjà si Monsieur boude encore, il semble par là
que Votre Majesté croit qu'il en a quelque sujet,
bien ou mal fondé. Il n'y a personne. Sire, qui
puisse ni doive entrer dans le sacré détail de ce
qui se passe entre vous deux; mais enfin. Monsieur
est votre frère, il vous demande avec empresse-
ment le gouvernement de Languedoc, et Votre
Majesté s'est aperçue qu'il n'est pas content. —
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6o MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY
Monsieur, lui dit le roi, je vous ferai donner la
réponse que je vais faire à mon frère dans demi-
heure; dites-lui que les princes du sang ne sont
jamais bien en France ailleurs qu'à la cour; et qu*à
l'égard du gouvernement de Languedoc, je le prie
de se souvenir que nous sommes convenus, lui et
moi, qu'il n'auroit jamais de gouvernement. » En
achevant ce mot, le roi ouvrit lui-même la porte
de son cabinet et congédia M. de Valence, auquel
il fit remettre, demi-heure après, la réponse qu'il
fit à Monsieur, qui, de son côté, après avoir encore
boudé quelques jours, revint à la cour, où le roi
le combla d'amitiés, de présens et de manières
charmantes.
Cependant Madame ne pouvoit pardonner à
Mlle de La Vallière d'avoir su si parfaitement se
faire aimer du roi. Je ne sais si elle eût plutôt par-
donné à une autre maîtresse. Elle essaya de lui
donner Mm« de Monaco. Les hommes ne croient
pas toujours que c'est une infidélité que de pro-
fiter des conjonctures que Tamour-propre, le plaisir
ou la vanité peuvent offrir. Le roi avoit agacé
M»ne de Monaco, et M*»® de- Monaco ne s'étoit
pas éloignée de ce jargon auquel elle eût bien
voulu prêter l'oreille. M. de Lauzun l'aimoit de-
puis longtemps, et, quand on aime véritablement,
l'on regarde de bien près. C'est un grand malheur
aux gens élevés de ne pouvoir se passer de la con-
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LIVRE VIII bl
fidence de leurs domestiques. M^^ de Monaco
crut qu'en avouant à une de ses femmes, qui cou-
choit dans son antichambre, que le roi la devoit
venir trouver à deux heures après minuit, cette
femme, sans laquelle le roi ne pouvoit entrer com-
modément chez elle, la serviroit fidèlement. Cette
femme de chambre lui promit le secret, qu'elle lui tint
en effet, à cela près qu'elle avertit M. de Lauzun
du rendez-vous, et que Ton étoit convenu qu'à
deux heures le roi trouveroit, en passant le long
du corridor de l'appartement de M"»® de Monaco,
la clef qu'elle auroit soin de laisser à la porte de
cette antichambre, où couchoit cette fille. M. de
Lauzun paya magnifiquement cet avis, et exigea
seulement de cette fille que dès une heure après
minuit la clef seroit à la porte; de sorte que M. de
Lauzun, passant lui-même par ce corridor dès que
tout le monde lui parut couché, ferma à double
tour, prit la clef et se retira. Le bruit que fit le
mouvement des ressorts d'une serrure alarma cette
fille et M"îe de Monaco, qui raisonnoient sur cet
événement, quand le roi vint à deux heures, comme
il l'avoit promis. Mais quel moyen y avoit-il d'en-
trer? Un éclaircissement à l'heure qu'il étoit, et au
travers d'une porte, étoit impossible. Le roi s'en
retourna, et n'a su que longtemps après, quand
M. de Lauzun fut arrêté, par où et comment cette
porte s'étoit fermée, ayant trouvé, dans une espèce
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62 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
de mémoire que M. de Lauzun tenoit dans une
de ses cassettes, qu'il avoit donné trois mille pis-
tôles à cette fille de M^e de Monaco, qui lui ren-
doit compte des actions de sa maîtresse. Je ne
sais si le roi prit des rendez-vous plus certains ou
plus commodes avec M™e de Monaco, mais ce
commerce n*eut que peu ou point de suite.
La faveur du chevalier de Lorraine continuoît,
et Madame prenoit sur elle la peine que sa pré-
sence lui faisoit toutes les fois qu'elle le rencon-
troit. Cette princesse pleuroit souvent, et de Tenvie
qu'elle avoit eue certainement de plaire au roi , il
lui restoit au moins que Sa Majesté la consoloit,
et qu'elle trouvoit dans ses conseils le charme que
la confiance peut donner. Le chevalier de Rohan
avoit aussi bonne mine qu'homme du royaume;
c'étoit un homme d'un esprit dérangé, plein d'ima-
ginations vagues, brave et magnifique; il y au-
roit eu du bon dans sa sorte d'esprit si quelque
règle avoit pu former en lui quelque chose qui res-
semblât aux usages et à ce que les autres pensent.
Sa vanité lui fit croire que Madame lui sauroit
gré d'une insulte qu'il avoit faite au chevalier
de Lorraine ; et, sans avoir peut-être d'autre pré-
tention sur le cœur de cette princesse que celle
que lui donneroit l'inimitié du chevalier de Lor-
raine, il le querella, et se vanta de l'avoir frappé;
le chevalier de Lorraine assura le contraire. Le roi
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LIVRE vm 63
ordonna au duc de Noailles de les raccommoder.
Le chevalier de Rohan désavoua ce qu'il avoit
avancé et en signa même le désaveu ; et, le même
jour, il écrivit à dix de ses amis que, pour éviter
la rigueur des ordonnances, il avoit cru pouvoir
nier un fait, lequel étoit pourtant tel qu'il Tavoit
publié. Ces billets, dont le chevalier de Lorraine
et Monsieur eurent connoissance, firent encore un
nouvel éclat. Quoi qu'il en soit, ce démêlé, dont
les procédés n*ont jamais été bien nets, n'a pas
fait grand honneur ni à la vie du chevalier de
Lorraine, ni à la mémoire du chevalier de Rohan,
qui eut le col coupé, quelques années après, pour
d'autres choses qui n'ont nul rapport à celte affaire.
Dans ce temps-là il s'imprima un livre en Hol-
lande, dont M. de Louvois eut le premier exem-
plaire. Ce livre étoit une histoire merveilleuse-
ment bien écrite; elle portoit pour titre : Les
Amours du Palais'KoyaL
Madame s'y trouvoit cruellement traitée; et la
prétendue passion qu'on l'accusoit d'avoir eue
inutilement pour le roi y étoit tout au long.
M. de Louvois remit ce petit livre au roi, qui
crut que Madame en devoit être informée, afin
de prendre quelques mesures avec Monsieur, au
cas qu'il en eût connoissance. Il est inconcevable
combien Madame fut pénétrée de cet imprimé; et,
sans rien décider avec le roi sur ce qu'il y avoit à
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64 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
faire pour prévenir Monsieur, elle s'enferma dès
que le roi fut retourné chez lui, et envoya cher-
cher Tévèque de Valence, a Je suis perdue, lui dit-
elle, mon pauvre Valence. Lisez (en lui donnant
ce petit livre), lisez toutes ces fausses horreurs que
Monsieur ne croira que trop, et puis, ajouta-t-elle,
quand même je serois justifiée avec Monsieur, le
serois-je avec le public, auquel Ton ne peut cacher
la lecture de tout ce que contient cette fable? »
L'évêque de Valence la consola tant qu'il put, et
la rassura sur la fausseté des circonstances. Le
lendemain. Madame, outrée, qui ne s'étoit ouverte
de cette aventure qu'à M. de Valence, l'envoya
chercher; on lui rapporta qu'il étoit allé à Paris;
elle lui écrivit un mot pour l'obliger de venir lui
parler. Le page qu'elle envoya à Paris l'assura que
l'évêque de Valence n'avoit pas couché» chez lui,
et que ses gens disoient qu'il étoit allé faire un
tour de huit jours à la campagne, chez un de ses
amis. « Mon Dieu, disoit cette princesse à M^e de
Saint-Chaumont, que votre ami prend mal son temps l
Je lui ai confié la chose du monde la plus impor-
tante; je n'en puis parler qu'à lui, et il est assez
indiscret pour s'absenter. » M™« de Saint-Chau-
mont, qui ne savoit effectivement ce qu'il étoit de-
venu, envoya de tous côtés pour en savoir des
nouvelles. Tout ce qu'elle fit pendant dix jours
fut inutile. Enfin, le onzième, M. de Valence
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LIVRE VIII 65
parut devant Madame à l'heure du matin que l'on
pouYoit entrer dans sa chambre. Dès que Madame
fut habillée, elle passa dans son cabinet, et le fit
appeler, a Pourquoi m'avez-vous quittée, Monsieur,
lui dit-elle, dans le temps de ma vie que j'ai plus
besoin de consolation, et que mon cœur est le
plus affligé? — Tenez, Madame, lui dit M. de
Valence en lui tirant de ses poches et de dessous sa
soutane près de trois cents exemplaires en feuilles ;
tenez. Madame, il n'en sera plus parlé, brûlez-les
vous-même. » Et tout de suite l'évêque de Valence
lui conta qu'au sortir de la première conversation
dans laquelle elle eut la bonté de lui conter ses
malheurs, il avoit pris le parti de passer en poste
en Hollande ; qu'il avoit soustrait jusqu'au dernier
exemplaire de cette histoire qui lui faisoit de la
peine, et que, moyennant deux mille pistoles qu'il
avoit données au libraire, il ne seroit jamais parlé
de ce livre, dont il l'assura que deux exemplaires
seulement ne pouvoient se rattraper : un envoyé à
M. de Louvois, et l'autre au roi d'Angleterre.
^La joie que ressentit Madame de la singularité de
ce service ne peut s'exprimer, et fit depuis le fon-
dement de toute la confiance que Madame prit en
lui sur tous les secrets de son cœur.
L'évêque de Valence m'a montré, quinze ans
après la mort de Madame, un seul exemplaire
de cette histoire, qu'il avoit gardé pour sa curio-
Mémoires de Choisy, II. 9
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66 MEMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST
site ; il ne ressemble en rien à celw qui a couru
depuis sous le même titre, lequel ne contient pas
un seul mot de vérité, et jamais l'on n'a rien su
de cette histoire, Madame ajant brûlé l'exemplaire
que le roi lui remit; le roi d'Angleterre, son frère,
lui ajant pareillement rerois celui qu'il avoit reçu,
qu'elle brûla, et l'évêque de Valence ajant vrai*
semblablement tenu le serment qu'il me fit qu'a-
vant que de mourir il brûleroit ce seul exemplaire
qui lui restoit, dont j'ai lu, dans ce temps-là, plus
de la moitié.
Le roi eut connoissance par Madame de cette
noble vivacité de l'évêque de Valence, dont il le
loua en particulier, sans que jamais il lui en ait
rien témoigné.
La paix, qui duroit depuis le mariage de Sa Ma-
jesté, n'étoit guère compatible avec le courage
d'un jeune roi qui se sentoit heureux, et dont les
grands talens avoient, pour ainsi dire, été cachés
pendant le gouvernement de Mazarin, qui étoit
mort quelques années auparavant. La renonciation
de la reine à la succession d'Espagne ne s'étendoit
pas si nettement sur les Pajs-Bas qu'il n'y eût une
infinité de prétextes légitimes ou vraisemblables
pour recommencer la guerre, qui fut précédée d'un
manifeste qui parut, dans lequel le roi mettoit en
avant une infinité de raisons pour autoriser la rup-
ture de la paix.
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LIVRE VIII 67
Le roi porta ses armes en Flandre, comman-
dant lui-même son armée avec une netteté, un
ordre, une vivacité, une intelligence de la guerre,
et un bonheur qui ne s'étoit jamais vu pareil. Cha-
cun sait comme ce grand prince s'exposoit, prenoit
la peine et entroit lui-même dans les moindres dé-
tails du commandement de son armée.
L'évêque de Valence, qui ne trouvoit plus dans
Monsieur ce qui Tavoit déterminé à se donner à
lui quand il entra dans sa maison, et qui ne se
trouvoit de rien parce que Monsieur n'étoit guère
consulté, n'avoit pas laissé de conserver auprès de
lui une extrême liberté de parler; quoiqu'il fût
ennemi du chevalier de Lorraine et parfaitement
attaché aux intérêts de Madame, Monsieur le con-
sîdéroit et le consultoit. Il mit en tête à Monsieur
que le temps de travailler à sa réputation étoit
venu et qu'il ne lui devoit pas suffire de s'exposer
à la guerre et de s'acquérir la gloire d'être vail-
lant; qu'il devoit avoir part aux conseils et de-
mander au roi l'honneur et la liberté d'y entrer.
Monsieur le fît, et fut refusé. Les donneurs d'avis
parmi les princes sont en quelque manière garans
du succès de ce qu'ils proposent. Monsieur se plai-
gnit aigrement à M. de Valence de ce qu'il l'avoit
embarqué à se faire refuser. <t Comment! Mon-
sieur, répliqua monsieur l'évêque de Valence, vous
vous affligez d'un refus que vous fait votre frère.
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68 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
et VOUS VOUS laissez abattre par une bagatelle dont
il me semble qu'à votre place je me ferois un mé-
rite important! Crojez-moi, Monsieur, continua
M. de Valence, dès que le roi ne pourra vous re-
fuser son estime, il faut qu'il vous en donne des
marques effectives; son amitié vous est imman-
quable. Travaillez à vous faire une réputation dont
il soit jaloux, et je vous réponds du reste. » En
effet, Monsieur résolut que dès le lendemain de
grand matin il iroit visiter les gardes, qu'il iroit à
la tranchée avant que le roi en pût avoir connois-
sance, qu'il répandroit de l'argent aux troupes,
qu'il feroit avancer le travail du siège, auquel on
étoit alors, et qu'enfin, quand le roi lui demande-
roit au retour des nouvelles de ce qu'il avoit fait,
Monsieur lui répondroit avec fermeté que, puis-
qu'il n* étoit pas encore assez heureux pour pouvoir
le servir de son conseil, il vouloit tâcher aupara-
vant de se rendre digne de le servir de sa personne.
Monsieur suivit exactement ce projet et dès le
lendemain se montra vaillamment aux postes les
plus avancés. L'évéque de Valence lui servit non
pas d'aumônier, mais de trésorier, jetant de l'ar-
gent à tous les blessés et aux travailleurs pour faire
avancer les ouvrages.
Le roi fut averti de bonne heure que Monsieur
étoit à la tranchée et envoy\ un de ses aides de
camp savoir de ses nouvelles. Tous ceux qui revé-
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LIVRE VIII 69
noient d'où Monsieur étoit parloient de sa valeur
avec éloge. Le roi fit au matin ses promenades et
donna ses ordres de général; après quoi, entrant
chez lui, il demanda Monsieur, qui n'étoit pas re-
venu, et lui envoya dire qu'il Tattendoit pour
diner. A cela Monsieur répondit respectueusement
qu'il le supplioit de ne pas l'attendre, qu'il avoit
fait commencer un travail qu'il seroit bien aise de
voir achever, et qu'il avoit fait apporter un mor-
ceau pour manger à la tranchée. En effet, sur les
quatre heures du soir. Monsieur revint et rendit
compte au roi de l'état de la tranchée, de ce qui
s'y étoit passé depuis le matin, et finit par dire
que, puisqu'il n'étoit pas assez heureux pour pou-
voir le servir dans ses conseils, il étoit résolu de se
rendre digne de le servir de sa personne et de son
bras. Le roi, sans paroltre ému, lui répliqua avec
un ton assez ironique : a Diable, mon frère, je
vous conseille de vous faire sac à terre. Oh bien!
allez vous reposer, car vous en avez grand be-
soin. »
L'évêque de Valence, qui entendit ce discours,
n'en fut guère moins frappé que Monsieur, qui
continua depuis son premier train de vie, c'est-à-
dire de suivre et de voir le roi, sans se mêler de
rien.
Le roi prit Douai et Tournai, Lille, et plusieurs
autres places. L'hiver il porta ses armes en Franche-
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yO MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST
Comté : rien ne résistoit à sa valeur, aux bonnes
mesures qu'il prenoit, ni au chemin qu'il se frayoit
à la gloire que Sa Majesté s'est depuis si légitime-
ment acquise. Tant de prospérités dans ses armes
ne pouvoient longtemps se maintenir sans réveiller
les puissances voisines. L'Angleterre, la Hollande,
TEspagne, offensées, proposèrent la paix, qui fut
faite, et la plupart des conquêtes que le roi fit pen-
dant cette belle campagne, qui porta le nom de la
campagne de Lille ' , lui restèrent.
Le duc de Monmouth passa d'Angleterre à la
cour dans ce temps-là. C'étoit un prince mieux
fait et plus beau qu'il n'étoit aimable. L'intérêt que
Madame parut prendre à ce prince, qu'elle hono-
roit du nom de son neveu, et auquel elle eut soin
d'ordonner les plus magnifiques habits de France,
la manière dont il dansoit les contredanses qu'il
apprit à Madame, la familiarité que doniie la com-
modité de parler quelquefois une même langue que
les autres n'entendent pas, l'assiduité de ce prince
à se trouver aux heures auxquelles Madame étoit
visible, les manières de cette princesse, toujours
charmantes : tout cela fit croire qu'il y avoit entre
eux une sorte de jargon dont il n'est que trop aisé
de soupçonner ceux qui sont naturellement galans.
Le chevalier de Lorraine, dont la faveur auprès de
i« C'est la campagne de 1667.
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LIVRE VIII 71
Monsieur subsistoit avec plus d'éclat que jamais,
«ut le malheur d'être regardé comme celui qui en-
tretenoit les petites divisions qui renaissoient sou-
vent entre Madame et Monsieur. Les grands sont
assujettis à être vus de plus près que ceux qui
mènent une vie privée. Je ne sais si le roi fut averti
de ce commencement de chagrin par Monsieur,
^ui prétextoit son inquiétude des manières de Ma-
-dame avec le duc de Monmouth, ou si le roi en fut
informé par Madame, qui prétextoit la sienne du
crédit que le chevalier de Lorraine avoit sur l'es-
prit de Monsieur; le roi fit ce qu'il put pour em-
pêcher l'éclat que ces divisions préparoientdanssa
anaison ; mais les rois, quelque puissans qu'ils soient,
ne peuvent jamais étouffer le principe des affections
ni des haines. Il exila pour quelque temps le che-
valier de Lorraine, qui se retira en Italie ; et le
•duc de Monmouth, après un séjour de quelques
mois à la cour, repassa en Angleterre.
J'ai oublié de remarquer que, quand le roi revint
àe Flandre, il avoit séjourné à Villers-Cotterets.
Monsieur l'avoit précédé de quelques jours pour
mettre sa maison en état de le recevoir; et, comme
<e prince ordonnoit et travailloit lui-même à ran-
ger des chaises dans ses appartemens, l'évêque de
Valence ne put s'empêcher de dire « qu'en atten-
dant que Monsieur fût en état de ranger une ar-
mée en bataille, il s'apprenoit à ranger des fau-
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72 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY
teuils ». Ce discours fut redit à Monsieur, et
quelques jours après, quand la cour fut revenue à
Saint-Germain, le roi, se ressouvenant du jour que
Monsieur s'étoit tant tourmenté à la tranchée, lui
demanda qui lui avoit donné ce beau conseil, et
Monsieur eut la foiblesse de lui dire que c'étoit
Tévêque de Valence, « Mon frère, lui dit le roi,
son conseil n'étoit pas trop obligeant pour moi,
mais il ne vous conseilloit pas trop mal pour vous. »■
Monsieur souffroit impatiemment Texil du cheva-
lier de Lorraine, auquel il envojoit magnifiquement
tout ce qui pouvoit contribuer à diminuer la peine
de l'absence ; il s'en prenoit à Madame et à tout
ce qui Tapprochoit. M. de Valence devint l'objet
de son aversion ; il crut qu'il avoit eu part à l'exil
de son favori. L'attachement qu'il voyoit que cet
évêque avoit pour les intérêts de Madame l'offen-
soit; et l'évêque de Valence, qui s'en aperçut,,
supplia Madame de lui permettre de se retirer.
Madame s'y opposa tant qu'elle put ; les dégoûts
que Monsieur lui donnoit renaissoient toutes les
fois que l'occasion s'en présentoit. « Au nom de
Dieu, Madame, lui disoit l'évêque de Valence,
laissez-moi sortir honnêtement par la grande porte,,
et évitez- moi que Monsieur ne me fasse sortir par
les fenêtres. » Cette princesse se rendit à une infi-
nité de raisons que M. de Valence lui dit, de sorte
qu'ayant assez secrètement traité de sa charge avec
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LIVRE Vlli ^3
Tabbé de Tressan, aumônier ordinaire, il pria
Monsieur de lui permettre de se retirer et fut pris
au mot, Monsieur ayant durement ajouté que, s'il
n'avoit pas pris ce parti, il étoit résolu de Vy
obliger.
Quelques jours après qu*il eut donné la démis-
sion de sa charge, et qu'il en eut touché l'argent,
Monsieur lui envoya dire par Varangeville qu'il
s*étoit souvenu qu'il lui devoit quatorze mille livres
du jeu, et qu'il les lui enverroit incessamment.
« Monsieur, répliqua l'évêque de Valence, me fait
trop d'honneur; dites-lui que je les lui donne de
tout mon cœur; mais, puisqu'il veut payer ses
dettes, que je le supplie de se souvenir de dix
mille écus que j'ai été assez heureux pour lui
prêter, car, pour ce qui est des quatorze mille livres
du jeu, c'est une bagatelle dont je suis récompensé
par l'honneur que j'ai eu de jouer avec lui. »
Varangeville ne diminua rien de la signification
gasconne de ces paroles, et Monsieur ordonna à
Boisfranc de lui porter le lendemain dix mille écus^
avec l'intérêt du jour que le prêt avoit été fait.
Boisfranc se rendit sur les dix heures du len-
demain matin chez l'évêque de Valence. Le hasard
fit qu'alors qu'il y arriva, plusieurs gens qui avoient
affaire à cet évêque s'y trouvèrent. L'arrivée de
Boisfranc leur fit croire qu'il étoit mieux de les
laisser seuls. « Point du tout, Messieurs, dit M. de
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74 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST
Valence, nous n'avons rien de particulier à dire,
M. de Boisfranc et moi. » Boisfranc s'approcha de
son oreille et lui dit tout bas qu'il lui apportoit dix
mille écus que Monsieur lui devoit. « A moi, ré-
pliqua M. de Valence tout haut; à moi, dix mille
écus? Monsieur se moque-t-it de moi? Il est trop
régulier. » Boisfranc, qui ne pouvoit plus tenir le
cas secret, lui répondit : <t Oui, Monsieur, j'ai
ordre de vous rendre dix mille écus que Monsieur
vous doit, et que je vous apporte. — En vérité,
reprit M. de Valence, je ne comptois plus que
cela me dût être payé. Je suis un pauvre prêtre, qui
puis me passer de peu ; mais un grand prince comme
Monsieur, obligé à une inBnité de dépenses, s'a*
vise-t-il de payer ses dettes? J'avob même oublié
celle-là. — J'ai même ordre, reprit Boisfranc, de
vous payer les intérêts. — Oh ! Monsieur de.Bois-
franc, vous vous méprenez. Quand j'ai été assez
heureux de prêter dix mille écus à Monsieur, je les
lui ai prêtés en gentilhomme, et non comme celui
que vous placez souvent. Ainsi, profitez ou faites
profiter Monsieur, ou tel autre qu'il vous plaira,
de ces intérêts, mais Monsieur sait que jamais je
n'en ai prétendu d'autre dans sa maison que celui
que j'ai rencontré dans l'honneur d'être son do-
mestique. »
Boisfranc fit apporter les dix mille écus, que
M. de Valence consentit de prendre sans vouloir
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LIVRE VIII yS
recevoir d'intérêts ni souffrir que Ton comptât cet
argent. Cette scène ne fut pas plus tôt passée que
Boisfranc lui présenta un billet de quatorze mille
livres. « Qu'est-ce que c'est que ce billet ? lui dit
M. de Valence. — C'est un billet, reprit Bois-
franc, que Monsieur veut vous donner pour qua-
torze mille livres qu'il vous doit du jeu, qui, en
attendant que celui qui doit la même somme à
Monsieur vous les paye, vous servira de sûreté. »
M. de Valence prit ce billet, et, tirant de sa poche
<les ciseaux, sépara le nom de Monsieur du reste
4u billet. « Les syllabes respectables, dit-il, qui
composent le nom de Monsieur sont sacrées, je
vous^'prie de les vouloir reprendre; mais, pour le
reste du billet, il me permettra de le mettre en
pièces. » £t, remettant entre les mains de Boisfranc
le mot Philippe, il déchira ce billet en mille pièces.
Boisfranc rendit compte à Monsieur de tout ce qui
s'étoit passé, peut-être y ajouta-t-il quelque chose.
Je ne sais si d'autres gens ne soufflèrent point à
Monsieur que les discours et les manœuvres, de
M. de Valence l'offensoient. Enfin, Monsieur se
mit en tête qu'il falloit qu'il sortît de Paris, et
•que, pour abréger une infinité de contes qui lui
jrevenoient, il étoit de sa dignité qu'il s'absentât;
de sorte que Monsieur lui fit dire, non comme un
ordre, mais comme une sorte d'insinuation qui
ressemble à un commandement quand il vient de
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76 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST
ceux qui sont infiniment au-dessus de nous, qu'il
devroit songer à aller à son diocèse. A cela M. de
Valence répondit que, puisqu'il avoit eu le mal-
heur de déplaire à Monsieur, il s'abstiendroit de
se présenter devant lui, qu'il ne mettroit pas les
pieds au Palais-Royal, ni dans aucun lieu où sa
vue pût blesser Monsieur; mais que, n'ayant plus
l'honneur d'être son domestique, il ne croyoil pas
qu'il voulût lui commander d'autorité une chose
dans laquelle il ne lui manquoit point de respect
quand il ne la faisoit pas. Le même homme (dont
j'ai oublié le nom) qui rendit compte à Monsieur
de la résolution dans laquelle cet évêque étoit de
ne pas obéir, fut chargé de lui dire en particulier que
les fils et les frères de rois trouvoient des moyens
de se faire obéir, et que Monsieur prendroit les
voies les plus offensantes que son humeur et son
dépit lui pourroient fournir pour le faire repentir
du peu de respect qui paroissoit dans son obsti-
nation. A cela M. de Valence répondit encore
très respectueusement que, n'étant ni sujet de
Monsieur ni son domestique, il le supplioit de
trouver bon qu'il s'exemptât d'une loi dure à la-
quelle ses affaires et son caractère d'évêque ne
pouvoient se soumettre; et comme celui qui lui
parloit de la part de Monsieur le pressa, et lui fit
entendre que Monsieur prendroit des voies vio^
lentes : « Dites à Monsieur, lui dit-il, que je suis
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LIVRE VIII yy
prêtre et évêque, et qu'en rendant à Monsieur
tout ce que le respect le plus profond peut exiger
de moi, ne parlant jamais de lui et ne. me trou-
vant jamais où il sera, il est trop juste pour me
faire assassiner; et qu'à l'égard des autres violences,
je porte à mon col, par la croix que j'ai, une sauve-
garde pour laquelle il aura toujours lui-même de
la considération. » Madame, à qui M>n« de Saint-
Chaumont rendoit compte de tout ce procédé,
n'étoit pas trop fâchée de la mortification de Mon-
sieur, qui, de son côté, ne vouloit pas rendre pu-
blic le peu de succès qu'avoit eu le dessein de
faire sortir de Paris M. de Valence. Enfin, le même
homme que Monsieur ayoit chargé de le menacer
le revint trouver de sa part, et, après une répéti-
tion à peu près des mêmes choses, il lui dit qu'il
lui conseilloit comme son ami de se retirer dans
son diocèse , et que , s'il ne le faisoit pas de
bonne grâce et pour plaire, à Monsieur, Mon-
sieur étoit résolu de demander au roi une lettre
de cachet pour l'exiler, a Je n'ai point d'emplâtre
à ce malheur, répondit l'évêque de Valence : j'o-
béirai quand cela sera, parce que je ne pourrai
faire mieux ; mais, puisque Monsieur me pousse à
bout, je vous supplie de lui dire, de ma part, qu'il
obtiendra plutôt une lettre de cachet qu'un gou-
vernement. »
L'imprudence de ce discours, relatif à ce qui s'é-
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yS MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST
toit passé du temps que Monsieur demanda le gou-
Yernementde Languedoc, fit que Monsieur le redit
au roi, qui sut très mauvais gré à M. de Valence
de cette étrange imprudence, dans laquelle le se-
cret du roi, c'est-à-dire ce qu'il avoit uniquement
dit à M. de Valence, se trouvoit révélé; de sorte
que M. de Valence fut exilé, et partit pour son
diocèse, laissant Madame, qui avoit une entière
confiance en lui, très fâchée de se voir privée de
l'entretien d'un homme dans lequel elle avoit tou-
jours trouvé des ressources de fidélité, de consola-
tion, de service et d'attachement à ses intérêts.
La paix qui s'étoit faite après la glorieuse cam-
pagne de Lille n'avoit été pour ainsi dire qu'un
essai de ce que la grandeur du roi lui promettoit.
La Hollande n'avoit pas eu une conduite dont la
France pût être contente ; elle avoit obligé le roi de
faire la paix, et avoit personnellement offensé Sa Ma-
jesté dans ses relations, dans ses lardons et dans ses
gazettes. M. de Furstemberg, qui gouvernoit l'élec-
teur et l'électorat de Cologne, répondoit que cet
électorat et l'évêché de Liège demeurecoient dans la
situation que le roi pouvoit désirer pour en tirer les
secours nécessaires à la guerre qu'il délibéroif de
porter en Hollande. Les forces d'Espagne étoient
dans un anéantissement qui ne pouvoit tout au plus
faire qu'une diversion très médiocre. Ce qui s'étoit
passé à la campagne de Lille faisoit craindre aux
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LIVRE VIII 7^
Pays-Bas de revoir une guerre qui eût achevé de
ruiner la Flandre; il s'agissoit de faire en sorte que
l'Angleterre demeurât neutre, ou se déclarât pour
la France. Charles II, roi d'Angleterre, n'étoit pas
si absolument maître de son Parlement que, quelque
inclination qu'il eût pour la France et quelque ami-
tié qu'il eût pour le roi, il fût en pouvoir de pro-
mettre ni de faire ce qu'il eût voulu pour favoriser
ses desseins. Il étoit pourtant absolument néces-
saire de s'assurer de celui sans lequel les projets
sur la Hollande n^eussent pu réussir. Le roi crut
que Madame pourroit lui garder le secret de cette
importante affaire, et qu'elle le serviroit dans ce
dessein auprès du roi son frère, qui l'aimoit tendre-
ment. M. de Louvois étoit trop nécessaire pour
que l'on pût se passer de lui, de ses vues, de ses
avis et de ses lumières; mais, avec toutes les quali-
tés souhaitables dans un grand ministre actif et vi-
gilant, plein d'expédiens, et tel que tout le monde
Ta vu depuis, il avoit, dès ce temps-là, le malheur
de porter dans toutes ses actions un air de dureté
et de décision dont Madame n'avoit pu s'accom-
moder. Cependant quel moyen y avoit-il de lui
cacher une chose dans laquelle il étoit absolument
nécessaire? Le roi trouva tant d'éloignement dans
l'esprit de Madame pour M. de Louvois qu'il lui
promit qu'il n'entreroit dans la conduite de cette
affaire que lorsqu'il seroit absolument impossible
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8o MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
de se passer de lui ; et parce que le roi et Madame
ne pourroient pas tout seuls dresser les projets,
faire les mémoires, les instructions nécessaires, et
régler la mécanique et le détail de tout ce qu'il
faut pour un aussi grand dessein que celui dont il
étoit question. Madame proposa de se servir.de
M. de Turenne, afin d'en exclure M. de Louvois.
Le roi le voulut bien ; mais la vérité est que le roi
fit confidence de tout à M. de Louvois, avec lequel
Sa Majesté régloit toutes choses ; et ensuite sur ses
mémoires, dont le roi écrivoit la meilleure partie
de sa main. Madame se trouvoit informée de tout
ce qu'elle devoit faire auprès du roi son frère.
On ne peut point dire la joie que Madame avoit
de se trouver ainsi le premier mobile de la plus
grande affaire de l'Europe, et l'on ne peut assez
louer la reténue et la modestie de M. de Louvois,
qui ne parut jamais instruit de tout ce qui se pas-
soit. La première convention entre le roi, Madame
et M. de Turenne, ce fut que Monsieur ne sauroit
rien de ce projet, et que, lorsqu'on ne pourroit plus
cacher le voyage de Madame, on le prétexteroit,
quelques semaines avant son départ, de la prière
que le roi d'Angleterre feroit à Madame de ne
lui pas refuser la joie de l'embrasser, quand la cour
seroit près d'arriver à.Dunkerque ou à Calais.
Il y avoit déjà quelques années que M. de Va-
lence vivoit dans son exil, et pajoit chèrement
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LIVRE VMI 8l
l'imprudence qu'il avoit eue d'avoir parlé mal à
propos. Madame avoit eu soin de l'informer, avant
son départ, que le roi lui avoit dit qu'il ne se seroit
point mêlé des petites choses qui s'étoient passées
à sa sortie de la maison de Monsieur, s'il s'étoit
abstenu de raconter ce que Sa Majesté lui avoit
dit à l'occasion du gouvernement de Languedoc :
de sorte qu'elle entretenoit un commerce de lettres
avec lui, qui étoit la suite d'une véritable confiance.
Elle eût été fort soulagée de pouvoir lui parler du
dessein d'Angleterre ; et, comme il y avoit dans ce
temps-là quelque espoir d'y rétablir la religion ca-
tholique, cette princesse se mit en tête qu'il n'étoit
pas impossible que M. de Valence la suivît en ce
pays-lày ou qu'il s'y trouvât incognito, dans le temps
qu'elle y seroit, pour s^ aider secrètement de lui.
£lle n'osoit parler de ce dessein au roi, mais elle
dit à M°>^ de Saint-Chaumont que, pour la plus
importante affaire de sa vie, elle eût bien voulu lui
parler et causer seulement une heure avec lui.
M°^« de Saint*Chaumont l'en informa, et Madame
lui manda précisément qu'elle vouloit lui parler.
M. de Valence s'en excusa sur l'impossibilité de
désobéir au roi, qui l'avoit exilé dans son diocèse,
d'où il ne pourroit s'absenter sans que Ton s'en
aperçût. Enfin, après bien des lettres, des répliques
et des courriers envoyés et repartis, on convint
que M. de Valence prendroit la liberté d'écrire au
Mémoires de Choisy. II. 1 1
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82 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
roi pour le supplier de lui permettre de faire ua
voyage en Limousin pour les affaires de sa famille;
et que, dans Tintervalle qu'il faut pour aller de Va-
lence en Limousin, il prendroit le temps de se rendre
secrètement à Paris. Cette permission d'aller en
Limousin fut accordée, et M. de Valence se pré-
paroit sourdement à ce voyage, quand la reine
d'Angleterre, mère de Madame, qui s'étoit retirée
depuis longtemps à Colombe, mourut.
On ne peut pas assez dire la répugnance que
M. de Valence avoit pour ce voyage, ni combien
il représenta à Madame et à M°^« de Saint-Chau-
mont, par ses lettres, les risques infinis qu'il cour-
roit en allant à Paris. Il reculoit tant qu'il pouvoit
de partir, quand un courrier de la part de Madame
lui apporta une lettre que j'ai vue; elle commen-
çoii par ces mots : « Vous ne m'aimez donc plus, mon
pauvre évêque, puisque vous me refusez une consola-
tion dont je ne puis me passera » Et dans le reste de
cette lettre Madame mandoit que l'on feroit à Saint-
Denis le trentain de la reine sa mère, c'est-à-dire
un service solennel un tel jour qu'elle lui marquoit;
que cette cérémonie, à laquelle elle assisteroit, se-
roit très longue; que pendant le service elle fein-
droit de se trouver mal à l'église; qu'elle ordon-
neroit qu'on la portât chez un officier de sa bouche,
lequel avoit une maison à Saint-Denis, dans laquelle,
de concert avec cet officier, M. de Valence seroit
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LIVRE VIII 83
caché dès le jour d'auparavant. Cette princesse
finissoit sa lettre par les termes du monde les plus
pressans pour obliger M. de Valence à ne la pas
refuser, et ajouta que c'étoit pour prendre ses con-
seils et les suivre dans la plus grande et la plus
importante affaire de sa vie. Quel moyen y avoit-
il de ne pas vouloir ce que la plus gracieuse et la
plus respectable princesse du monde ordonnoit?
M. de Valence manda qu'il suivroit le projet de
Madame : il passa le Rhône à Valence, prit le
chemin du Puj, et dit publiquement qu'il avoit eu
permission du roi d'aller en Limousin. Il étoit
suivi de La Marck, son neveu, qui depuis a été tué
aide de camp de M. de Turenne, de Fonton, son
maître d'hôtel, qui depuis le fut de Madame la
Dauphine, de son valet de chambre et de son co-
cher, qui servit de palefrenier; de sorte qu'ils n'é-
toient que cinq. Cette cavalcade n'eut pas sitôt ga-
gné les montagnes d'Auvergne que M. de Valence,
ayant mis sa croix dans sa poche et pris une perru-
que noire, tant soit peu plus longue que celle d'un
abbé bien régulier, prit tout d'un coup sur la droite,
à grandes journées, et sur les mêmes chevaux se
rendit à Gien, par des pays tout à fait détournés,
avec dessein d'y laisser son cocher et ses chevaux;
et, marchant la nuit en poste, de se rendre à Paris
sans être vu de personne. Ce projet étoit possible,
et le jour marqué pour le service de la reine d'An-
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84 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
gleterre à Saint-Denis étoit celui sur lequel il fal<"
ioit faire cadrer les circonstances de ce voyage.
L'évêque de Valence s'étoit trouvé mal dès le Puj :
les grandes journées qu'il étoit obligé de faire,
l'inquiétude inséparable d'une telle entreprise, les
mauvais pays, les mauvaises nuits, tout cela fit qu'il
eut un gros accès de fièvre, deux jours avant que
d'arriver à Gien. Il lui continua le lendemain, et, lors-
qu'il arriva à Gien, il en eut un si terrible qu'il y
fallut séjourner et faire des remèdes qui ne firent
qu'augmenter son mal. La Marck savoit quelque
chose du sujet de son voyage. Gien est un trop
grand passage pour y pouvoir rester longtemps
dans une hôtellerie sans y être découvert. La Marck
proposa à son oncle de gagner Paris à quelque prix
que ce fût. « Vous y serez, lui dit-il, plus caché
et plus près des remèdes; il n'y a ici ni bon méde-
cin, ni secours, ni commodités nécessaires. Il faut
faire un effort, et, malgré la fièvre, vous approcher
des médecins et de vos affaires. » Cette étrange
maladie si mal à propos venue, la crainte d'être
découvert, la nécessité de ne se fier à sa personne,
l'embarras de se cacher : tout cela et mille autres
inquiétudes augmentoient le mal de l'évêque, qui
consentit que son neveu prît à l'instant la poste
pour retenir, dans quelque faubourg de Paris, une
chambre à l'écart, où l'on auroit soin de lui; de
sorte que le lendemain l'évêque de Valence fit de
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LIVRE vm 85
nécessité vertu, et la mort entre les dents arriva
de Gien à Paris. Il fut conduit par les soins de La
Marck, qui revint au-devant de son oncle, chez
un tireur d'or, au cinquième étage d'une maison,
dans une petite rue qui aboutit dans la rue Saint-
Denis. La Marck donna avis de son arrivée et de
son état à Mn»« de Saint-Chaumont, qui en avertit
Madame. Il y avott deux jours qu'il étoit entre
les mains d'un apothicaire de réputation du quartier
de Saint-Denis, qui fit venir un médecin de ses amis
pour le voir, sans que l'on dît à l'un ni à l'autre
que le malade fût évêque. Les remèdes qu'ils or-
donnèrent apportèrent si peu de soulagement que
l'on appela le curé de la paroisse, qui le confessa;
cependant, comme sur les quatre heures du même
jour il parut quelque adoucissement à l'extrémité
de son mal, l'on remit au lendemain à lui donner
Le saint viatique.
Dans l'instant de ce premier soulagement ,
M. de Valence se fit jeter sur un petit lit de re-
pos, sur lequel son valet de chambre couchoit
ordinairement; et, tandis que l'on raccommodoit
un peu son Ht, il se fit apporter le portefeuille
dans lequel étoient quelques papiers qu'il fit brûler
devant lui, et remit les autres dans ce même por-
tefeuille, qu'il plaça entre les deux matelas de ce
lit de repos , ayant recommandé à La Marck qu'en
cas de mort il eût soin de les remettre à M^^ de
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86 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
Saint-Chaumont. La nuit suivante il fut si mal que
le curé qui Tavoit confessé la passa auprès de lui,
mais il se porta mieux le lendemain ; de sorte que
le curé s'en étant retourné pour se reposer, et La
Marck et Fonton en étant allés faire autant, M. de
Valence resté seul avec son valet de chambre, il
ne fut pas peu surpris de voir entrer M. desGrais'
avec cinq ou six archers. Des Grais étoit honnête
homme, humain, qui ne faisoit que le mal dont ses
ordres et son emploi ne pouvoient pas l'exempter.
« Monsieur, lui dit-il, je vous arrête de la part du
roi. Vous êtes un coquin de faux monnojreur, que
nous cherchons depuis longtemps. Levez-vous, et
ne vous faites point faire de violence, car, si vous
en faites, je vous ferai garrotter. — Moi ! répliqua
M. de Valence, moi faux monnoyeur? Vous vous
méprenez : prenez bien garde à ce que vous
allez faire ! — N*êtes-vous pas arrivé un tel jour
céans? reprit M. des Grais. N'avez-vous pas cou-
ché la veille dans un tel endroit? N*étiez-vous pas
vêtu d'une telle sorte, et n*aviez-vous pas tant de
gens avec vous? — Oui, Monsieur, répondit mon-
sieur Tévêque de Valence, mais je ne suis point
faux monnoyeur; et une marque de cela, c'est que
j'ai dans ma cassette six mille pistoles. Je vais vous
en remettre la clef, et, s'il y en a de fausses, je me
I . célèbre exempt de police de ce temps-là.
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LIVRE VIII 87
soumets à tout ce qui vous plaira. » Pendant ce
temps-là les archers s'étoient saisis de son valet de
■chambre. La peine extrême peut faire dans Tesprit
d'un malade ce que Témétique fait dans son corps;
Tévêque de Valence fit un effort pour se lever, et
remua le chevet de son lit, sous lequel il avoit mis
6a croix d'évêque. « Voici, dit-il à M. des Grais,
ce qui va décider qui je suis ; mais faites-moi le
plaisir de faire retirer ces messieurs, et je vous
avouerai tout. » En effet, M. de Valence lui dit
qui il étoit; qu'étant exilé, il avoit cru ne pas faire
un crime de venir à Paris, pour des affaires qui
•ne regardoient ni le roi ni la justice ; qu'il avoit eu
le malheur de tomber dans l'extrémité du mal qui
l'accabloit; qu'il falloit que Ton se fût mépris, si
4:*étoit un faux monnojeur qu'il cherchoit; et
qu'il le prioit de lui sauver l'honneur et la vie :
4'honneur en ne faisant point éclater ce qu'il lui
confioit à titre de confession, et la vie en lui lais-
sant prendre ses remèdes en liberté. J'ai déjà dit
que M. des Grais étoit honnête homme, et le
•caractère de la vérité se fait toujours sentir.
Ce que M. de Valence disoit étoit trop vrai pour
qu'il en pût douter; mais son ordre portoit d'ar-
rêter un homme fait d'une telle et telle manière,
venu à une telle heure, un tel jour, et faux mon-
noyeur. Enfin , comme des Grais essayoit d'ajuster
ioutes ces circonstances avec ses ordres, l'apothi-
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88 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
Caire arriva, qui portoit un lavement. M. de
Valence ne le vit pas plus tôt qu'avec une présence
d'esprit surprenante : « Monsieur, dit-il en s'a-
dressant à M. des Grais, je vous ai dit qui j'étois;
le remède qui m'est ordonné me sauvera peut-être
la vie, ne me permettez-vous pas de le prendre? »
M. des Grais le lui permit, et fit relâcher son
valet, que ses archers tenoient : de sorte qu'à
l'aide de son valet et de son apothicaire, il se fit
porter sur le petit lit de repos, et y reçut son lave*
ment, ayant prié M. des Grais de tourner la tête,,
parce que, disoit-il, il n'est pas séant qu'un prêtre
reçoive un remède devant tout le monde. M. des
Grais se tenoit à la porte, le dos tourné, pour lui
laisser la liberté de recevoir son remède, qu'il ne
garda qu'un moment; et, dès qu'il vit que M. des
Grais se rapprocha de son lit : <x Je ne vous échap-
perai pas, Monsieur, lui cria-t-il; au nom de
Dieu, tournez le dos, que je rende ce remède^
que je ne puis plus garder. » Il le rendit en effet^
moitié sur le lit et moitié dans un bassin, que son
valet lui présenta diligemment; et, comme il se
plaignoit, et qu'il vit que M. des Grais avoit ef-
fectivement le dos tourné pour éviter l'ordure de
ce spectacle, il se tourmenta tant sur le lit qu'il
attrapa son portefeuille, dont il jeta les papiers-
avec le reste de son lavement dans le bassin, qu'il
ordonna tout bas à son valet d'aller vider dans le
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LIVRE VIII 89
privé de la maison. M. de Valence m'a dit que
)ttsque*là il avoit cru qu'il ne reviendroit pas de
sa maladie; mais que, dès qu'il sut ses papiers en
sûreté, il sentit que sa santé reviendroit. En effet,,
son valet passa ce bassin auprès de M. des Grais,
et au milieu de tous ses archers, dont chacun
tournoit le dos et se bouchoit le nez, et revint
aider à remettre son maître au lit, l'assurant tout
bas qu'il s'étoit défait de ses papiers; après quoi
il fallut recommencer à parlementer avec M. des
Grais, qui ne pouvoit comprendre comment il
avoit arrêté un évêque en croyant arrêter un faux
monnoyeur. Le dénouement de tout ceci fut que
M. de Valence écriroit au roi, et que, jusqu'à
ce que M. des Grais eût réponse de M. de Lou-»
vois, auquel il adressa une lettre en lui rendant
compte de tout ce qui s'étoit passé, il demeureroit
avec lui sans le tourmenter, et que ses archers se
tiendroient dans cette maison. La Marck et Fonton
revinrent, qui confirmèrent encore à M. des Grais
que celui qu*il avoit cru faux monnoyeur étoit
l'évêque de Valence, et La Marck alla avertir
M^ne de Saint-Chaumont de cet étrange acciderit,
et que les papiers étoient sauvés.
Je ne sais si M. de Louvois en vouloit à mon*
sieur l'évêque de Valence, ni si ce fut Sa Majesté
qui le voulut mortifier; mais, pour toute réponse^
M. des Grais reçut un billet de M. de Louvois^
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4)0 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY
dans lequel il lui mandoit que rhomme qui se disoit
monsieur Tévêque de Valence étoit un faux mon-
noyeur, et qu'il eût sans réplique à le traiter en con-
séquence et à le conduire au Châtelet, sans qu'une
autre fois il lui arrivât de suspendre, au lieu d*exé-
•cuter sans raisonnement ce qui lui étoit commandé.
M. des Grais connut alors que la cour vouloit
bien être trompée, et M. de Valence eut beau
parler, représenter, crier, et se défendre sur Tétat
auquel il étoit ; il fallut se lever, s'habiller, et se
laisser conduire au Châtelet, où il fut écroué
comme faux monnojeur. Sa cassette fut saisie, il
fut fouillé partout ; et des Grais fit inventaire de
tout ce qu'il trouva dans ses habits et dans ses
cassettes.
Un évêque au Châtelet n'est pas une chose bien
ordinaire; mais, quand on y est, les plus sages sont
4:eux qui rapprochent les moyens d'en sortir.
M. de Valence écrivit à messieurs les agens du
clergé, qui le vinrent trouver. Il les chargea d'une
•seconde lettre pour le roi, auquel ces messieurs
fendirent compte que M. de Valence étoit au
Châtelet. « Au Châtelet, dit le roi, cela est im-
possible, car il est dans son diocèse, ou en Li-
mousin. )> Messieurs les agens lui assurèrent
qu'ils l'avoient vu, et lui rendirent sa lettre. Alors
le roi fît à ces messieurs les agens une espèce
d'excuse de cette méprise, et leur ordonna d'as-
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LIVRE VIII 91
surer le clergé, à la première occasion, qu'il avoit
été surpris de savoir qu'un évêque exilé fût venu à
Paris sans ordre; mais qu'il n'en avoit donné
aucun pour arrêter celui-là, qu'on n'avoit point
connu tel , et que son intention n'avoit jamais
été de nuire aux libertés dudit clergé; de sorte
que le lendemain on expédia une seconde lettre
de cachet pour changer le lieu de l'exil de
M. de Valence; et, pour réparer en quelque ma-
nière la honte de tout ce qui s'étoit passé, le roi
ordonna à La Fond, gentilhomme ordinaire, de
conduire cet évêque à l'Ile-en-Jourdain, honneur
qui jusqu'alors n'avoit été accordé à aucun évêque,
de donner un gentilhomme ordinaire pour l'ac-
compagner. La cassette et l'argent furent remis à
M. de Valence, qui partit en litière; sa santé avoit
commencé à se rétablir depuis l'industrieuse con-
servation de ses papiers. Monsieur fit un grand
bruit de cet événement, et M»n« de Saint-Chau-
mont fut exilée.
Cependant tout ce qui se préparoit sourdement
pour le voyage de Madame s'achevoit. Elle fut
au désespoir de cet accident de M. de Valence,
qu'elle ne vit point. Le roi fit, suivant son projet,
un voyage en Flandre avec toute la cour. M. de
Lauzun commandoit toute l'escorte du roi, com-
posée de sa maison et de sa gendarmerie, et de ses
mousquetaires ; ridée de la magnificence ne peut
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<)2 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
pas aller plus loin que ce qu'on a vu dans ce
voyage. Les troupes étoient superbement vêtues;
la cour n'a jamais paru plus brillante. Le roi je-
toit à pleines mains Tor, qu^il répandoit abondam-
ment dans toutes les villes de ses nouvelles con-
quêtes, et ajoutoit, à la qualité de toutes ces choses
qu'il donnoit, les charmes de la manière av^c
laquelle il parloit et agissoit. Le voyage finit par
la visite des places de la mer, et Madame devoit
s'embarquer au port le plus commode. Jamais se-
cret n'a paru mieux gardé que celui qui devoit
conduire Madame en Angleterre.
Quelques semaines avant le départ de Madame,,
le secret en fut révélé à Monsieur, lequel en parla
au roi comme un homme instruit. Sa Majesté fit
des reproches à Madame de n'avoir pu garder le
secret. Madame assuroit, avec des sermens et des
circonstances dont on ne pouvoit pas douter,,
qu'elle n'en avoit jamais rien révélé. Le roi est
impénétrable, et savoit bien que qui que ce soit en
France ne pouvoit être informé de ses desseins ,.
hormis M. de Louvois, dont il n'avoit osé parler
à Madame, et M. de Turenne. Quel moyen y
avoit-il de soupçonner M. de Turenne? Cepen-
dant, si ce n'étoit ni le roi ni Madame, il falloit
bien que ce fût l'un des deux qui en eût parlé. Le
roi prit le seul bon parti qu'il y avoit pour appro-
fondir cet embarras, et découvrit à Monsieur ce
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LIVRE VIII 9$
qu'il ne pouvoit plus cacher : il lui dit, sans appro-
fondir son grand projet sur la Hollande, que de-
puis quelque temps il avoit jeté les yeux sur Ma-
dame pour l'engager de passer en Angleterre , et
cimenter, sur les instructions qu'il lui préparoit,
une union des couronnes entre le roi d'Angle-
terre et lui pour l'agrandissement du commerce;
qu'il avoit expressément défendu à Madame d'en
parler à qui que ce soit. Enfin, le roi tourna
Monsieur son frère de tant de manières qu'il
découvrit que cet avis du voyage de Madame en
Angleterre lui étoit venu par le chevalier de Lor-
raine. Mais par où le chevalier de Lorraine, qui
n' étoit pas à la cour, en étoit-il informé ? Le roi
envoya chercher M. de Turenne. « Parlez -moi
comme à votre confesseur, lui dit le roi; avez-
vous dit à quelqu'un ce que je vous ai confié de
mes desseins sur la Hollande et sur le voyage de
Madame en Angleterre ? » £n vérité , si le cœur
de ce grand homme fut jamais combattu entre la
vérité et la honte d'avouer sa foiblesse, ce fut dans
cette occasion; cependant la vérité l'emporta, et ce
fut un des grands combats et des plus embarras-
sans oii ce grand capitaine se soit trouvé, «c Com*
ment, Sire, répliqua M. de Turenne en bégayant,
quelqu'un sait-il le secret de Votre Majesté ? — ^
Il n'est pas question de cela, reprit le roi pœs-
samment : en avez-vous dit quelque chose ? — Je
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94 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
n'ai point parlé de vos desseins sur la Hollande
certainement, répondit M. de Turenne; mais je
vais tout dire à Votre Majesté. J'avois peur que
M*n« de Coatquen, qui vouloit faire le voyage de
la cour, n'en fût pas, et, pour qu'elle prît ses
mesures de bonne heure, je lui en dis quelque
chose, et que Madame passeroit en Angleterre
pour voir le roi son frère ; mais je n'ai dit que
cela, et j'en demande pardon à Votre Majesté, à
qui je l'avoue. »
Le roi se prit à rire, et lui dit :
a Monsieur, vous aimez donc Mn»ede Coatquen?
— Non pas. Sire, tout à fait, reprit M. de Tu-
renne; mais elle est fort de mes amies. — Oh bien !
dit le roi, ce qui est fait est fait, mais ne lui en
dites pas davantage : car, si vous l'aimez, je suis
fâché de vous dire qu'elle aime le chevalier de
Lorraine, auquel elle redit tout, et le chevalier de
Lorraine en rend compte à mon frère. »
Quelques jours après, Madame passa en Angle-
terre. Le temps qu'elle y resta fut autant de jours
de triomphe. Cette charmante princesse enchan-^
toit tous ceux sur lesquels elle vouloit laisser tom-
ber ses jeux. Elle réussit auprès du roi son frère
dans la meilleure partie des choses dont le roi
l'avoit chargée, et repassa en France, où, peu de
temps après son retour elle mourut à Saint-Cloud,
si subitement qu'il courut mille bruits di£Férens
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LIVRE VIII 9S
de sa mort, dont pas un peut-être n'a de fonde-
ment que le malheur de l'humanité.
A i'égard de M. de Valence, il resta quatorze
ans exilé à l'Ile-en-Jourdain, et revint enfin dans
son diocèse, d'où quelques années après son retour,
ayant eu l'honneur de saluer le roi et de revoir
Monsieur, qui le reçurent tous deux avec mille
témoignages d'amitié , il fut transféré de l'évêché
de Valence à l'archevêché d'Aix. C'est un homme
d'une vivacité surprenante, d'une éloquence qui
ne laisse pas la liberté de douter de ses paroles,
bien qu'à la quantité qu'il en dit, il ne soit pas
possible qu'elles soient toutes vraies. Il est d'une
conversation charmante, d'une inquiétude qui fait
plaisir à ceux qui ne font que l'observer, et qui
n'ont point affaire à lui. Je me souviens que, dans
une conversation où je me trouvai, en allant en
Italie, entre le cardinal Le Camus et lui, le cardinal
lui dit que le Pape lui avoit ordonné de mettre
un peu de vin dans son eau, parce que l'eau pure
lui gâtait l'estomac. « Monseigneur, reprit Tévê-
que de Valence, il devoit bien plutôt vous ordon-
ner de mettre de l'eau dans votre vin » ; et sur
ce que, dans la même conférence qui se tint à
Vienne, M. de Grenoble lui dit d'un ton aposto-
lique, sur quelque chose qui regardoit la conduite
de leurs diocèses, qu'il n'étoit pas venu là pour le
gâter : a Ni moi, Monseigneur, reprit M. de Va-
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^6 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
lence, pour vous canoniser. » Un jour qu'il vint à
Grenoble voir M«c de La Baume, elle lui dit,
en parlant d'elle-même, que, quand une femme
approche de sa cinquantaine, elle ne doit songer
qu'à la saivté. a Dites, Madame, reprit M. de
Valence, quand elle s'en éloigne. » C'est grand
dommage que Montreuil, qu'il avoit auprès de
lui * , n'ait pas ramassé toutes les choses vives
et singulières dont sa conversation ordinaire et
toute sa vie ont été remplies. Pour moi, j'en ai dit
tout ce que j'en ai pu apprendre par une longue
et étroite familiarité. Je vais écrire à présent une
suite d'aventures qui ne seront peut-être pas moins
intéressantes. On y verra par quel enchaînement
de circonstances bizarres le marquis d'Arquien,
père de la reine de Pologne, n'a jamais pu par-
venir à être duc.
I. Mathieu de Montreuil, tuteur de quelques jolis ma-
drigaux, était secrétaire de l'évèque de Valence.
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LIVRE IX
[ans tout le cours de la fortune de
Jean Sobieski, même avant qu'il fût
grand maréchal de Pologne, il avoit
entretenu de grandes liaisons avec la
France, et il avoit eu part aux propositions d'élec-
tion que ce royaume avoit faites en faveur de M. de
Longueville.
Le roi s'étoit engagé d'assister ce grand maré-
chal de tous les moyens possibles pour le faire roi
lui-même, et de l'engager, supposé qu'il ne pût
pas y parvenir, de donner ses suffrages et son parti
à l'élection que la France protégeroit ; et que, sup-
posé que la profession publique qu'il faisoit d'être
à la tête du parti q^ue la France soutenoit lui fît des
affaires dans son pays qui l'obligeassent d'en sortir,
n'ayant pu le faire roi lui-même^ ou mettre la cou-
Mémoires de Choisy. II. 1 3
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98 MÉMOIRES DE L*ABBÉ DE CHOISY
ronne sur la tête de celui que la France protégeroit;
supposé, dis-je, que, par Téchouement de ces deux
partis, il fût obligé de sortir de Pologne, après l'élec-
tion d'un autre, le roi de France lui avoit promis de
lui donner non seulement des établissemens consi-
dérables en France, mais s'étoit obligé de le faire
duc, s'il prenoit le parti de mener une vie tran-
quille, et de le faire maréchal de France, s'il vou-
loit continuer en France le métier de la guerre,
auquel il avoit si bien réussi dans les guerres de
Pologne. De sorte qu'il étoit naturel qu'étant
devenu roi, et la reine sa femme souhaitant pas-
sionnément l'élévation de son père en France, Sa
Majesté polonoise tournât du côté du marquis
d'Arquien, son beau-père, l'élévation dont il n'avoit
plus besoin depuis qu'il étoit monté sur le trône.
Ce prince en écrivit au roi, qui lui répondit
gracieusement qu'il seroit très aise de trouver l'oc-
casion de lui marquer, dans le père de la reine, Id
considération qu'il avoit toujours eue pour lui;
que très volontiers il feroit le marquis d'Arquien
duc, mais que pour cela il falloit préalablement
qu'il se mît en état de recevoir cette grâce par l'ac-
quisition d'une terre qui pût soutenir le titre de
duché, le marquis n'en ayant présentement aucun
dans sa maison qui pût convenir à cette dignité;
Le marquis de Béthune partit pour être ambassa-
deur auprès du roi son beau-frère; il avoit eucon^^
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LIVRE IX 9^
noissance de cette promesse, supposé que le grand
maréchal eût été obligé de se retirer en France;
et, sans prendre connoissance des vues que le roi
de Pologne avoit pour le marquis d'Arquien, il
songeoit à rapprocher les moyens de tourner en sa
faveur toutes les dispositions que Ton avoit eues
de faire cette grâce, comme je viens de dire, au
roi de Pologne.
M. de Seignelay étoit intime ami du marquis
de Béthune : c'étoit à lui et à M. de Colbert qu*i^
avoit fait part de ce projet, et ils avoient promis
d'en ménager les conjonctures. Lt réponse que le
roi avoit faite au roi de Pologne sur le marquis
d*Arquien étoit inconnue au marquis de Béthune,
et connue de M. de Colbert. Le roi même eût
eu plus d'inclination d'élever le dernier que le
marquis d'Arquien, qui étoit (jlomestique de Mon-
sieur. De plus, cette terre pour donner un titre
en faveur du dernier ne s'acbetoit point. Je ne saiâ
si, pour favoriser les intérêts du marquis de Béthune,
M. de Colbert lui-même ne traversoit point cet
objet; et le roi enfin, fixé à ne pas faire deux
ducs à la sollicitation du roi de Pologne, étoit
résolu de faire celui des deux que Sa Majesté
polonoise lui demanderoit ; jusque-là le roi de Po-
logne ignoroit totalement les desseins du marquis
de Béthune, son beau-frère, et songeoit véritable-
ment à faire acheter une terre au père de la reine.
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lOO MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
' Il arriva en ce temps-là à Varsovie un carme
françois, qui fit demander au roi la permission de
iùi parler en particulier. Après quelque difficulté
j^our obtenir son audience, qu'il eut enfin, ayant
fait dire qu'il s'agissoit d'une affaire particulière
dont il importoit infiniment à Sa Majesté polonoise
d'être informée, ce Père remit au roi une lettre
dont le sens portoit : que celui qui.avoit l'honneur
d'écrire à Sa Majesté, n'ayant pas celui d'être
connu d'elle, se trouvoit obligé, aux dépens de la
réputation de sa mère, de faire souvenir Sa Ma-
jesté qu'étant en France, au sortir de l'Académie,
il avoit eu commerce avec une belle femme, qui^
parce qu'elle étoit mariée, avoit fait paroître comme
d^. son mari un 61s qu'elle avoit eu l'honneur
d'avoir de Sa Majesté; que ce fils avoit eu, des
biens de ce prétendu père, la seule fortune d'acheter
la charge de secrétaire des commandemens de la
rèinç de France; que, puisque la fortune et le
mérité du roi avoient mis le père sur le trône, celui
qui «voit l'honneur de se trouver et de s'avouer
son fils avoit lieu d'espérer quelque élévation ;
qu'au surplus il avoit l'avantage d'être protégé et
considéré de la reine, à laquelle il avoit fait con-r
fid^nce non seulement de ce qu'il étoit,^ mais de
la prière qu'il faisoit à Sa Majesté polonoise; et
qu'en le reconnoissantpour son fils, la reine seroît
fort contente de contribuer de ;son côté à la prière
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LIVRE IX lai
qu'il lui faisoit de demander au roi de le faire duc
et pair. ;
Cette lettre étoit signée Brisacier, secrétaire des
commandemens de la reine Marie-Thérèse, et por-
toit que le carme auroit l'honneur d'entretenir Sa
Majesté de quelques circonstances auxquelles il
supplioit le roi d'avoir attention. Et tout de suite
le carme lui remit deux lettres, Tune de la reine,
dans les termes du monde les plus forts pour obliger
Sa Majesté polonoise de demander au roi, son
mari, la grâce de faire Brisacier duc ; et l'autre
étoit une lettre de change de cent mille écus
payable à Dantzig, aux ordres du roi de Pologne;
Tout cela étoit accompagné d'un très beau portrait
de la reine de France, dont le cadre étoit orné de
quantité de diamans; et ce portrait, que le carme
lui remit, étoit au moins de vingt ou vingt-cinq
mille écus.
Le roi, surpris d'une aventure si nouvelle, ne
se souvient ni de M^^ Brisacier, ni d'avoir cru
avoir un fils ; mais comme, dans le temps de ses
premiers voyages en France, il avoit eu commerce
avec plusieurs femmes de moyenne vertu, il étoit
possible que tout ce que contenoit la lettre signée
Brisacier fût vrai. Le roi commença par se saisir
du portrait, envoya à Dantzig savoir si la lettre de
change, dont il prit copie, étoit de l'argent comp-»
tant, et, lorsqu'il eut appris qu'effectivement rien
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I02 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY
n'étoit meilleur que ladite lettre de change, ce
prince fit réflexion qu*au bout du compte cent
mille écus étoient toujours aussi bons à prendre
que le portrait, qu'il avoit mis à part; que la
lettre de la reine de France étoit une chose effec-
tive, qui ne lui laissoit quasi pas douter que Bri-
sacier ne pût être son fils; et il remit au carme
une lettre pour le roi, qui contenoit partie de ce
que portoit celle de Brisacier, et le supplioit
d'avoir égard qu'ayant un fils en France qu'il vou-
loit reconnoître, il conjuroit Sa Majesté de vouloir
l'honorer de ses grâces, et de vouloir bien, à sa
prière, le faire duc. Moyennant cette lettre. Sa
Majesté polonoise eut l'industrie de tirer la lettre
de change. Ce prince aimoit l'argent, et ne perdit
point de temps à envoyer à Dantzig prendre les
cent mille écus qu'elle portoit.
La surprise du roi ne fut pas médiocre quand il
reçut la lettre du roi de Pologne. Brisacier n'étoit
ni de figure, ni n'avoit jamais été regardé que
comme un sujet très médiocre, que l'on trouvoit
même très honoré de l'emploi de secrétaire des
commandemens de la reine, qu'il exerçoit. Le roi,
qui savoit les prétentions deBéthune et celles que
le roi de Pologne lui avoit témoignées pour son
beau-père, ne laissoit pas de trouver assez singulier
que de la même part on lui demandât trois grâces
considérables de la même nature.
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LIVRE IX Io3
Sa Majesté tint le cas secret, vécut avec Brisa-
cier comme de coutume, et écrivit au marquis de
Bélhune de découvrir si effectivement le roi de
Pologne étoit persuadé que Brisacier fût son fils.
Le marquis prit le temps que le roi étoit de
bonne humeur à la chasse. « Oserai-je, Sire, lui
dit-il, demander à Votre Majesté ce que c'est
■qu'un nommé Brisacier qui fait courre le bruit en
France qu'il a l'honneur d'être votre fils; et que
Votre Majesté, prête à le reconnoître, a demandé
au roi mon maître d'élever à la plus grande dignité
■de son royaume? — Le diable m'emporte, dit le
coi, si je sais ce que c'est que M. ni M^e Bri-
sacier. Je n'étois pas chaste quand j'étois en
France, y ayant de bonnes et de mauvaises for-
tunes. » £t tout de suite le roi lui conta ce que
•contenoit la lettre de Brisacier, les éclaircissemens
'qu'il lui donnoit sur sa naissance, la circonstance
de la lettre de change de cent mille écus, et celle
au portrait de la reine enrichi de diamans ; et que
-ce qui l'tvoit le plus déterminé à croire que ledit
Brisacier étoit véritablement son fils, c'étoit une
lettre de la reine de France qui lui assuroit qu'elle
le protégeoit, et paroissoit avoir une extrême con-
sidération pour lui.
Le marquis de Bétbune lui dit tout ce qu'il sa-
voit des talens et de la figure du sieur Brisacier,
bien capable d'avoir fait une imposture qu'il étoit
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I04 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
nécessaire d'approfondir. Au retour de la chasse,
le roi lui remit l'original de la lettre de la reine de
France, en lui disant : « Voyez, Monsieur, si je
puis moins faire pour un homme qui se dit mon
fils, et qui m'est recommandé aussi fortement par
une princesse de la piété, de la vertu et du rang
de la reine ! »
Le marquis de Béthune envoya l'original de
cette lettre au roi, qui passa chez la reine, et lui
dit : « Voyez, Madame, ce que c'est que cette
lettre. )> La reine reconnut son seing, et dit :
« C'est mon écriture! » £t, à mesure qu'elle la
lisoit, sa surprise augmentoit, et continua de dire
qu'elle n*avoit jamais pensé à une telle imperti*
nence; qu'elle ne savoit ce que c'étoit, et qu'il
falloit que Brisacier fût devenu fol; qu'apparem-
ment le fripon lui avoit fait signer cela en lui
présentant des lettres de complimens, que I'od
signe d'ordinaire sans les voir, parce que ce ne
sont que des lettres d'usage dont le style est tou-*
jours le même, et qui ne signifient rien. « Oh
bien! Madame, dit le roi, prenez garde doréna-
vant à ce qu'on vous fait signer. J'exige de vous-
que vous ne direz rien du tout de cette aventure à
ce fol de Brisacier. » Peu de jours après le roi le
fit arrêter et l'envoya à la Bastille; on prit tous
ses papiers, et on l'interrogea.
Ce petit extravagant avoua qu'il avoit imaginé
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LIVRE IX I05
toute cette belle histoire. Il conta comme quoi
il avoit engagé un carme de sa connoissance à
porter la lettre qu'il avoit fait signer à la reine
sans qu'elle sût ce que c'étoit; il n'oublia pas la
circonstance du portrait, et de la lettre de change
de cent mille écus. Le roi envoya les interrogations
et les dépositions du tout à Sa Majesté polonoise,
qui connut si bien la fausseté de l'engagement où
l'on avoit voulu le mettre qu'il fit des excuses au
roi de sa crédulité.
Quand Brisacier eut fait quelque pénitence à la
Bastille, on le mit en liberté comme un fol, avec
ordre de sortir de France. Son premier soin fut de
courir après la lettre de change de cent mille écus^
que le roi de Pologne avoit touchée ; il se rendit
à Varsovie pour essayer d'en rapporter quelque
chose. Le roi le reçut comme un fripon et comme
un imposteur. Cependant ses créanciers firent tant
de justes représentations à Sa Majesté polonoise
qu^il promit d'en payer quelques-uns.
Les princes ont toujours de la peine à rendre ce
qu'ils ont touché. On donna cinq ou six cents pis-*
tôles à ce malheureux, qui passa en Moscovie, où
il mourut, dans le dessein d'aller aux Indes cher-
cher la fortune qu'il n'avoil pu faire en Europe; et
le roi peu à peu, et dans tous les plus mauvais
et les plus reculés effets qu'il put avoir de temps
en temps, et dans l'espace de quatre ans, ren-;
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106 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
dit aux créanciers la somme qu'il avoit touchée.
Le ridicule d'avoir demandé les plus grandes
dignités du royaume pour un imposteur ralentit
dans le roi et la reine l'empressement de demander
la même grâce pour le père de la reine, qui s'étoit
rendu en Pologne. L'affaire de Strick ' , la dissipa-
lion des troupes qui dévoient passer au service de
Tékély, et les brouilleries qui obligèrent de rap-
peler le marquis de Béthune, lui firent absolument
perdre les vues dont il avoit fait confidence au
marquis de Seignelay. Les cours de France et de
Pologne ne vécurent plus dans les mêmes liai-
sons d'intérêt, et la reine ne put avoir dans tous
ces contretemps la satisfaction, qu'elle avoit dé-
sirée, de voir son père duc. Quelque temps après,
l'on décora sa personne du cordon bleu, et on lui
procura de la part du royaume de Pologne un
chapeau de cardinal, avec lequel il est mort dans
une extrême vieillesse, à Rome, auprès de la reine
sa fille, qui s'y retira après la mort du roi son
mari, et après avoir perdu l'espérance de mettre
aucun des princes ses fils sur le trône de Pologne.
I. Il est question de la levée de troupes que le marquis
de Béthune faisait dans la starostie de Strick, aux frais de
la France, pour secourir les mécontents de Hongrie. L*abbé
de Cboisy donne des détails fort curieux sur ce point d'his-
toire dans un Mémoire publié dans le Recueil A. B. C, en
1745. On le trouvera ici dans le onzième livre. (Note de
l'édition Michaud,)
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LIVRE IX 107
J'ai cru ce trait d'histoire assez important pour
en conserver la mémoire à la postérité; mais me
voici enfin à ce que j'ai promis dès le commence-
ment de ces Mémoires, à la vie du cardinal de
Bouillon.
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LIVRE X
PE petit voyage que je viens de faire
, à La Ferté-Vidame , où M. le car-
\ dinal de Bouillon a demeuré quelque
temps en s'en retournant à Cluny,
m*a fait venir la pensée d'écrire des mémoires sur
sa vie; elle est pleine d'événemens si grands et si
singuliers qu'ils méritent de passer à la postérité.
Cinq conclaves où le cardinal de Bouillon a fait
voir sa capacité, deux exils assez longs qu'il a sou-
tenus avec fermeté, les évêchés de Liège et de
Strasbourg qu'il n'a manques que par les intrigues
de ses ennemis, le cardinalat, la charge de grand
aumônier de France, l'abbaye de Cluny, dont il a
eu la principale obligation à son habileté dans les
affaires du monde, les disgrâces de sa fortune et
ses faveurs, me fourniront une belle matière, pourvu
que je sois instruit de toutes ces particularités; et
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LIVRE X 109
ye me vante que personne sur la terre ne l'est
mieux que moi. Je suis ami du cardinal depuis son
enfance; je l'ai suivi dans plusieurs de ses voyages;
)'ai été son conclaviste à Texaltation du pape Inno*-
cent XI; j'ai fait plusieurs campagnes du roi dans
son carrosse, et dans tous les temps il a eu peu de
choses cachées pour moi. Feu M. de Turenne
étoit le meilleur ami de ma mère, jusque-là qu'é-
tant devenue vieille, elle lui disoit : a Comment
se peut-il faire qu'ayant passé notre vie ensemble,
irous jeune , moi jolie , vous ne m'ayez jamais dit
pis que mon nom? » Ainsi le cardinal et moi avons
été accoutumés dès Tenfance à nous connoître,.et,
si je Tose dire, à nous aimer. J'ai déjà dit qu'il
commença à faire parler de lui par une querelle
qu'il eut au collège avec l'abbé d'Harcourt, et qu'il
soutint vigoureusement. Le lendemain, ma mère
me demanda si j'avois été lui offrir mon bréviaire;
je lui dis que non, et que l'abbé d'Harcourt éioit
de mes amis. « Comment! me dit-elle, le neveu
de M. de Turenne! courez vite, ou sortez de
chez moi. » C'étoit une maîtresse femme, qui fai-
soit ma fortune. J'y allai ; et depuis ce jour-là j'ai
toujours été attaché à lui; et. jamais, ce qui est
assez rare dans une amitié de plus de cinquante
années, il n'y a eu le moindre froid entre nous.
Je vais donc écrire des Mémoires que je commenr
cerai dès sa plus tendre- enfance, et je me gs^rderai
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IIO MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
bien de lui en parler. Je m'instruirai à fond dans
nos conversations des choses que je ne sais pas
assez exactement; il aime assez à parler de ce qui
le regarde, quand il parle à un ami particulier, et
cela est fort naturel; et, d'ailleurs, je me veux-
réserver le droit de le blâmer quand il sera blâ*
mtble. Tous les hommes font des fautes; mais la'
plupart n'aiment pas qu'on les avertisse, et surtout
les gratids seigneurs, qui sont accoutumés aux
louanges. Je l'aime tendrement, mais j'aime en-
core mieux la vérité , et tout mon attachement ne
me fera jamais rien dire à son avantage qui ne soie
vrai : aussi je ne cacherai rien de ce qui peut le
justifier sur les prétendus crimes qu'on lui a im-
putés; et, sans manquer au respect que je dois à
ceux que Dieu a mis sur nos têtes, je dirai sim^
plement les choses comme elles se sont passées.
Je dirai, de plus, que je n'ai pas été élevé dans
une bouteille; ma mère, quoique femme d'up
homme de robe, avoit tous les jours toute la cour
chez elle. Nous logions dans une belle maison à la
porte du Louvre; d'ailleurs, j'étois le dernier de
mes frères, et, comme ma mère m'a eu dans un âge
assez avancé, je la faisois paroitre encore jeune,
ce qui faisoit sans doute qu'elle m'aimoit plus que
mes frères. Elle envoja l'aîné conseiller à Tour
louse, où nous avions beaucoup de parens. Le sen
cond , qu'on appeloit Balleroj, alloit à la guerre,
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LIVRE X III
OÙ M. de Turenne, le héros du siècle, le faisoit
valoir en toutes occasions; et moi, j'étois avec
elle. Tous les matins j'écrivois au chevet de son
lit toutes les lettres qu'elle écrivoit aux plus grandes
princesses de l'Europe, avec qui elle avoit com-
merce, et principalement à la princesse Marie,
reine de Pologne, son amie particulière , et toutes
ses lettres parloient d'affaires souvent très impor-
tantes ; de sorte que j'ai été initié de bonne heure
aux intrigues de la cour. Tout cela m'étoit fort
avantageux, et devoit me former l'esprit; mais,
d'uQ autre côté, ma mère avoit tant de foiblesse
pour moi qu'elle étoit continuellement à m'ajus-
ter. Elle m'avoit eu à quarante ans passés, et, comme
elle vouloit absolument encore être belle, un enfant
de huit à neuf ans, qu'elle menoit partout, la fai*
soit paroitre encore jeune. On m'habilloit en fille
toutes les fois que le petit Monsieur * venoit au
logis, et il y venoit au moins deux ou trois fois la
semaine. J'avois les oreilles percées, des diamans,
des mouches, et toutes les autres petites afféteries
auxquelles on s'accoutume fort aisément, et dont
on se défait fort difficilement. Monsieur, qui ai-
moit tout cela, me faisoit toujours cent amitiés.
Dès qu'il arrivoit, suivi des nièces du cardinal
I. Le duc d'Anjou, depuis duc d'Orléans, Monsieur^
frère de Louis XIV.
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112 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY
Mazarin et de quelques filles de la reine, on le
mettoit à sa toilette, on le coiffoit; il avoh un
corps pour lui conserver sa taille; le corps étoit
en broderie. On lui ôtoit son justaucorps pour
lui mettre des manteaux de femme et des jupes;
et tout cela se faisoit, dit-on, par l'ordre du car-
dinal, qui vouloit le rendre efféminé, de peur qu'il
ne fît de la peine au roi, comme Gaston avoit fait
à Louis XIII. Mais la nature a été la plus forte en
lui. Quand il a fallu se battre, il s'est montré du
sang de France, et a gagné des batailles. Je l'ai
vu pendant des campagnes entières quinze jours à
cheval, en suivant les ordres du roi^ exposant toute
sa beauté à un soleil qui ne l'épargnoit pas. Quand
Monsieur étoit habillé et paré, on jouoit à la petite
prime (c'étoit le jeu à la mode), et sur les sept
heures on apportoit la collation ; mais il ne parois-
soit point de valets. J'allois à la porte de la cham-
bre quérir les plats, et les mettois sur dei guéri-
dons autour de la table; je donnois à boire, dont
j'étois assez payé par quelques baisers au front
dont ces dames m'honoroient. M^"^ de Brancas
y amenoit souvent sa fille, qui a été depuis la prin-
cesse d'Harcourt. Elle m'aidoit à faire ce petit
ménage ; mais, quoiqu'elle fût fort belle, les filles de
-la reine m'aimoient mieux qu'elle, sans doute
parce que,, malgré les cornettes et les jupes, elles
sentoient en moi quelque chose de masculin. J'ou-
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LIVRE X I i3
bliois à dire que M™e de Brancas et ma mère en-
-voyoient jouer leurs enfans à cul nu sur un petit
Klegré dérobé, persuadées que cela les feroit ga-
gner. J*ai cru devoir rapporter ici toutes les baga-
telles, afin de fonder la créance de ceux qui liront
ces Mémoires, en leur apprenant que j'ai passé
ma vie avec des gens qui ont pu m'instruire de
itout.
J'ajouterai que dans la suite je me suis trouvé
«dans la familiarité de tous les ministres, à l'excep-
tion de M. de Louvois, qui me baïssoit fort, à
•cause qu'il me croyoit attaché au cardinal de
Bouillon. Je n''ai pourtant pas eu grand commerce
avec M. Colbert; je n'aimois pas à aller chez lui,
il sembloit qu'il fût toujours fâché; mais je voyois
-souvent M. Le Tellier, encore plus souvent M. de
Lionne, à cause de ses enfans qui m'aimoient fort,
*t M. de Pomponne, qui avoit grande obligation à
ma mère. Elle avoit un an durant montré au roi
<le belles lettres qu'il lui écrivoit de Suède, et cela
n'avoit pas peu contribué à le faire ministre. Il est
vrai que ces belles lettres il étoit trois mois à les
faire, et, quand il fut en place, on s'aperçut bien-
tôt que c'étoit un homme d'un génie assez court.
Je voyois aussi M. de Croissy, qui avoit plus de
capacité qu'on n'a cru dans le monde. Son air
grossier, pour ne pas dire brutal, lui a fait tort.
Personne n'écrivoit mieux, et toutes ses dépêches,
Mémoires de Choisy. II. i5
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114 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
qu'il dictoit lui-même sans le secours de ses corn-
mis, étoient admirables. Bergeret, son premier
commis, se donnoit là-dessus une vanité ridicule;
il alloit tous les jours écrire sous son maître les
lettres qu'il lui dictoit, et n'étoit que simple scribe,
quoiqu'il eût deux mille écus d'appointemens; il
n'y changeoit pas une parole, et cependant, lors-
qu'on parloit des belles dépêches de M. de
Croissy et qu'on le flattoit d'y avoir quelque part^
il se donnoit un air modeste, qui laissoit entendre
ce qui n'étoit pas, sans pourtant qu'on pût l'accu-
ser de s'en être vanté grossièrement. J'ai moi-
même été trompé comme les autres jusqu'au jour
qu'à la honte de notre siècle, l'Académie Françoise
le préféra à M. Ménage. Alors il me consulta sur
une harangue que M. d'Haucourt, son ami, lut
avoit faite, et je connus son incapacité par les
manières innocentes et niaises dont il reçut mes
corrections, dont il n'entendoit pas la moitié.
M. de Pontchartrain, devenu chancelier, étoit aussr
plus que pas un de mes amis. Nous avons étudié
ensemble; et son père, président des Comptes, si-
gna parmi mes parens quand on me fit émanciper.
Après tout ce verbiage, dont je me serois peut-
être bien passé, je viens à mon dessein.
Emmanuel-Théodose de La Tour d'Auvergne,
cardinal de Bouillon, naquit dans le château de
Turenne, le 24 août 1648, quoique dans toute
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LIVRE X ll5
ritalie il passe pour êire né à Rome en 1644,
dans le temps que le feu duc de Bouillon, son père,
s'y rendit pour être généralissime des troupes du
pape Urbain VIII. Sa femme, Éléonore de Ber-
gue, princesse dont la piété solide égaloit le cou-
rage, la beauté et la naissance, le suivit avec quel-
ques-uns de ses enfans, et peut-être que le cardinal
de Bouillon ne s'est pas opposé à cette créance
commune, dans la pensée qu'étant cru né Romain,
on l'en aimeroit mieux dans Rome en le croyant
compatriote. Sa maison est regardée comme une
des plus illustres de l'Europe'. Justel et Baluze
en ont fait la généalogie, et la font descendre
des ducs d'Aquitaine, comtes d'Auvergne; et,
quoique Le Bouchet, fameux généalogiste, ait paru
en plusieurs occasions peu favorable à M. de Bouil*
Ion, il ne laisse pas d'avouer qu'ils descendent en
ligne directe de Géraud de La Tour, qui vivoit eii
987, qu'il dit bien être de la maison d'Auvergne,
mais non pas descendre d'Asfred, comte d'Au-
vergne et duc d'Aquitaine, dont Justel les a fait
I. Les prétentions généalogiques de la maison de Bouil-
lon eurent aussi une grande part à la disgrâce du cardinal.
On voit même, par les documents que nous avons imprimés
dans notre notice sur Turenne (t. III de cette série de la
collection, p. 327), que Louis XIV donna des ordres se-»
creis pour faire enlever les titres de cette maison, cachés à
Rome par ordre du cardinal, afin d'examiner d*autorité la
validité de leurs prétentions. {Note de l'édition Michaud,)
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Ilb MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY
descendre le premier, mais de Bernard, vicomte
d'Auvergne, qui vivoit vers l'an 900. Une si
grande ancienneté jointe à quinze alliances avec
la maison royale mettent la maison de Bouillon
au-dessus de beaucoup d'autres qu'on s'efforce
tant de faire valoir.
Quelque temps après la naissance d'Emmanuel-
Théodose, on le destina à être chevalier de Malte,
malgré la répugnance de la duchesse de Bouillon,
sa mère, qui trouvoit fort dangereux pour le sa-
lut un état de vie qui engage à des vœux reli-
gieux, dont l'observation est si difficile par le
commerce du grand monde et par la vie militaire.
Il porta le nom de chevalier jusqu'à ce qu'il em-
brassât l'état ecclésiastique. Au commencement de
l'année 1644, le duc et la duchesse de Bouillon,
sous prétexte d'un pèlerinage au Puy, partirent de
Turenne et passèrent en Italie; ils remirent ce
petit chevalier entre les mains de M^^ de Duras,
sa tante, que le duc aimoit plus tendrement que
ses autres sœurs : ce qui a bien paru dans la suite,
MM. de Duras ayant plus profité de l'amitié et de
la protection de M. de Turenne, qui pensoit sur
leur sujet comme son frère, que tous ses autres
neveux, fils de ses sœurs. M^^^ de Duras garda
chez elle le petit chevalier de Bouillon jusqu'en
1647, que le duc de Bouillon, étant revenu à la
cour après la paix d'Italie, sollicita le dédomma-
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LIVRE X I 17
gement qu'on lui avoit promis pour la souveraineté
de Sedan.
Les livres sont pleins du traité que M. de Cinq-
Mars, grand écuyer de France, fît avec le roi
d'Espagne pour chasser le cardinal de Richelieu.
J'ai été bercé de toutes les particularités de cette
affaire; ma mère étoit de tous les secrets de la
cour. La princesse Marie de Gonzague, qui a été
depuis reine de Pologne, et son amie intime, lui
avoit promis de faire mon père garde des sceaux,
après qu'elle auroit épousé M. le Grand, qui de-
voit être connétable. Elle étoit confidente de leurs
amours; mais mon père, alors intendant de Lan-
guedoc, ne savoit rien de tout cela : il eut ordre
d'aller chez M. le Grand, qui avoit été arrêté, et
de saisir tous ses papiers, même ceux qui étoient
dans ses poches. Il le trouva dans sa chambre à
Montpellier, se promenant à grands pas devant
un grand feu, où il avoit jeté beaucoup de papiers,
a Monsieur de Choisy, lui dit-il en le voyant,
vous seriez ^bien fâché de trouver tout ce que je
viens de brûler. » Enfin tout fut découvert.
M. le duc d'Orléans, oncle du roi, avoit signé
le traité d'Espagne, et l'on prétendoit même, sur
de grandes apparences, que le roi, qui n'aimoit
plus le cardinal de Richelieu, qui le craignoit,
avoit tout approuvé. Ce prince, dont on a dit avec
raison qu'il étoit grand dans les petites choses et
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Il8 MÉMOIRES DE l'aBBE DE CHOIST
petit dans les grandes, avoit eu envie de temps en
temps de se défaire de ce cardinal, et n'avoir ja-
mais eu la force de le faire. M. le Grand eut le col
coupé; M. de Thou l'eut aussi, quoiqu'il n'eût
point signé ce traité, mais parce qu'en ayant eu
la connoissance, il n'en avoit rien dit. M. le duc
d'Orléans en fut quitte pour aller à Biois, et
M. de Bouillon, qui commandoit l'armée du roi
en Italie, fut strrêté et conduit à Lyon, au châ-
teau de Pierre-Encise. Il nioit fort d'être entré
dans le traité, et il ne se trouva point de preuves
contre lui ; mais comme Fontrailles, agent de
M. de Cinq-Mars, l'avoit nommé parmi ceux qui
n'aimoient pas le cardinal de Richelieu, et que
Monsieur lui avoit fait promettre de lui donner
retraite dans Sedan, en cas que le roi vînt à mou-
rir, on le menaça de lui faire un mauvais parti s'il
ne faisoit rendre au roi la ville de Sedan, dont on
lui donneroit un dédommagement considérable.
Le cardinal Mazarin, qui commençoit à entrer dans
les affaires sous les ordres du cardinal de Riche-
lieu, ménagea l'accommodement. Sedan fut livré,
au grand regret d'Elisabeth de Nassau, mère du duc
de Bouillon, qui vouloit plutôt souffrir les der-
nières extrémités et hasarder la vie de son fils. Le
duc de Bouillon fut mis en liberté et relégué à
Turenne, où il demeura jusqu'à la mort du roi
Louis XIII. Il fut alors persuadé que le cardinal
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LIVRE X 119
Mazarin, tout-puissant sur l*esprit de la reine ré-
gente, lui feroit rendre justice sur le dédomma-
gement qu'il lui avoit promis de la part du cardinal
de Richelieu. Il revint à la cour avec de grandes
espérances. Il y fut assez mal reçu. On le regarda
comme un homme qu'on ne craignoit plus depuis
qu'il n'avoit plus Sedan , et sa présence devint
bientôt importune. Il s*en aperçut et s'en alla à
Turenne, où il négocia pendant l'hiver le généra-
lat des troupes du Pape, Il passa en Italie, et, y
étant demeuré jusqu'en 1647, ^^ ^^ ^"^ point en
état de solliciter son dédommagement. Il revint à la
cour, où il fut traité d'abord assez bien, et ensuite si
mal qu'il se vit obligé à suivre l'exemple de M. le
prince de Conti, qui s'étoit déclaré pour la ville
de Paris contre le roi; le duc de Longueville se
déclara aussi. On mena les enfans de M. le duc
de Bouillon à l'Hôtel de ville, pour y servir
d'otages de la fidélité de leur père. M^^ de Lon-
gueville, sœur des princes de Condé et de Conti,
fut aussi conduite à l'Hôtel de ville, pour y servir
d'otage. Elle y accoucha du comte de Saint-Paul,
qui fut tenu sur les fonts de baptême par le prévôt
des marchands et échevins de la ville de Paris, et
par M™e de Bouillon, qui le nommèrent Charles-
Paris. C'est lui qui fut tué au passage du Rhin en
1672, dans le temps qu'il alloit tâcher de se faire
roi de Pologne.
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120 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY
Pendant que M. de Bouillon étoit déclaré l'uit
des généraux de la ville de Paris, M. de Turenne,
qui commandoit l'armée du roi en Allemagne, 1»
faisoit confédérer contre la cour; mais peu après^
par les intrigues de M. le Prince, qui avoit con-
servé beaucoup de crédit sur ces troupes qu'il avoit
commandées longtemps, M. de Turenne s'en vit
abandonné, et fut obligé de se retirer en Hol-
lande.
La guerre de Paris ne dura pas longtemps, la
ville se soumit au roi; il y eut une amnistie géné-
rale, et le duc de Bouillon et le vicomte de Turenne
y furent nommés expressément; mais cette paix
ne fut pas longue. Le cardinal Mazarin , fatigué
de la manière impérieuse dont il étoit traité par
M. le Prince, qui vouloit faire donner à ses créa-
tures toutes les charges et tous les gouvernemens,
persuada à la reine mère et régente (qu'il gou-
vernoit absolument) de faire arrêter les princes
(car M. le Prince, le prince de Conti et le duc
de Longueville étoient unis inséparablement par le
sang et par l'intérêt). Il s'assura en secret, avant
que de l'entreprendre, du parti des frondeurs, et il
gagna le coadjuteur de Paris, depuis le cardinal
de Retz, et le duc de Beaufort, et fît conduite les
princes au château de Vincennes, dans le temps
qu'ils s'y attendoient le moins. Ils avoient reçu
plusieurs avis secrets dont ils s'étoient moqués^
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LIVRE X 121
quoiqu'ils prissent la précaution de n'aller jamais
tous trois ensemble au Louvre. M. de Longueville
étoit alors à une petite maison à Chaillot, où il
prenoit des eaux. Quand toutes les mesures furent
prises, la reine mère écrivit le soir à M. de Lon-
gueville que, s'il vouloit la venir trouver le lende-
main, elle lui donneroit contentement sur le gou-
vernement du Pont-de-l'Arche, qu'il demandoit
depuis longtemps; qu^elle étoit incommodée, et
ne tiendroit pas conseil ce jour-là. Il n'y manqua
pas, et fut bien étonné quand il vit les deux princes
déjà arrivés. Le cardinal Mazarin entra aussitôt,
et leur dit que la reine achevoit quelques dépê-
ches. Un moment après, entra le vieux Guitaut,
capitaine de ses gardes, qui les arrêta de la part du
rai, et les pria de passer par un petit escalier dé-
robé. M. le Prince, en voyant cet escalier fort
obscur et plein de gardes du corps la carabine
haute, hii dit : « Guitaut, ceci a bien l'air des
États de Blois. — Non, non. Monseigneur, lui
dit -il, je ne m'en mêlerois pas. » Ils descendi-
rent, et furent mis entre les mains du comte de
Miossens, capitaine-lieutenant des chevau-légers,
qui en devint maréchal d'Albret; il les mena à
Vincennes, et, dans le chemin le carrosse s'étant
rompu, M. le Prince, pendant qu'on le raccommo-
doit, dit tout bas à Miossens : « Voici une belle
occasion pour un cadet de Gascogne. » Miossens
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122 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
ne fut point ébranlé, et mena ses prisonniers à
Vincennes.
Dès que les princes eurent été arrêtés, le duc
de Bouillon et M. de Turenne se déclarèrent
hautement pour leur liberté. Le duc s'en alla à
Montrond prendre Mn^e |a Princesse, et la con-
duisit à Bordeaux avec trois ou quatre mille
hommes de la vicomte de Turenne. M. de
Turenne, de son côté, s'en alla à Stenay; la reine
mère envoya aussitôt le sieur de Carnavalet, lieu-
tenant des gardes du corps, arrêter la duchesse de
Bouillon, qui logeoit dans la vieille rue du Temple,
et qui étoit prête d'accoucher. Dès que ses Suisses
virent venir les gardes du corps, ils fermèrent la
porte, et la vinrent avertir. Elle n'eut que le temps
de dire à un valet de chambre de faire sauver ses
enfans. Elle avoit alors quatre garçons; le petit
chevalier de Bouillon, dont j'écris la vie, étoit le
troisième. Le valet fit mettre promptement les
chevaux au carrosse pendant qu'on ouvroit les
portes aux gardes du corps, qui se postèrent sur
l'escalier, mais il passa hardiment au milieu d'eux
avec les quatre enfans, en leur disant : « Allez-
vous-en, Messieurs; nos petits princes ont bien
d'autres affaires qu'à jouer, les voilà prisonniers »,
faisant accroire aux gardes que c'étoient des en-
fans du quartier qui étoient venus pour jouer
avec eux. Les gardes les laissèrent passer; il monta
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LIVRE X 12^
en carrosse avec eux, et les mena chez le maré-
chal de Guébriant, ami de la maison. Le marquis
du Bec, son frère, étoit le meilleur ami de M. de
Bouillon. Ils n'y demeurèrent que quelques jours,
et la maréchale, pour les mieux cacher, les fit
habiller tous quatre en filles, et les mena dans
une petite maison qu'elle loua auprès de Belle-
chasse, quartier où il n'y avoit alors que des jar-
dins. Ils y demeurèrent près de deux mois, et y
pensèrent être découverts par l'imprudence de
ceux qui les servoient. Ils leur laissèrent faire dans
le jardin un petit fort, que les uns attaquoient et
que les autres défendoient avec grand bruit. Ces
enfans n^étoient pas nés pour vivre en filles. Une
jardinière du voisinage les vit par-dessus la mu-
raille, et dit à ses voisines : « Il y a là dedans de
plaisantes petites filles qui font les gens d'armes. »
Le marquis du Bec, qui les venoit voir fort souvent,
en fut averti, et résolut de les changer de lieu.
Cependant la duchesse de Bouillon, qui étoit ac-
couchée et en bonne santé, songea à se sauver
pour aller trouver son mari à Bordeaux. M'^e de
Bouillon, sa belle-sœur, et sa fille aînée, qui a
été depuis duchesse d'Elbeuf, jouoient toute la
journée avec Carnavalet. La duchesse les quittoit
souvent pour aller écrire, disoit-elle, ou prier
Dieu. Elle se cachoit les soirs dans quelque coin
de la maison pour mettre en peine Carnavalet, qui
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124 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
la trouvoit toujours; et enfin elle l'y accoutuma si
bien que, quand il ne la trouvoit pas d'abord, il
ne s*en étonnoit pas. Un soir qu'elle avoit bien
pris ses mesures, elle sortit par le soupirail de la
cave avec sa fille ainée, pendant que Carnavalet
jouoit au reversis. Un gentilhomme de M. de
Bouillon Tattendoit dans la rue, et la conduisit
chez une de ses amies, à qui il fit accroire que
c'étoit une riche veuve qu'il venoit d'enlever. Elle
passa le lendemain dans la maison d'un frère de
Bartet, qui a été depuis secrétaire du cabinet, et
qui est mort en 1707, à Neuville, auprès de Lyon,
chez le maréchal de Villeroi , âgé de plus de cent
ans. Elle se préparoit à partir en poste, déguisée
en homme, pour se rendre à Bordeaux, lorsque
sa fille eut la petite vérole. Elle ne put pas se ré-
soudre à la quitter en cet état-là, et cependant la
cour, qui faisoit faire de grandes perquisitions, fut
avertie du lieu de sa retraite. On vint l'arrêter pour
la seconde fois pour la mener à la Bastille, dont
elle n'est sortie qu'à la paix. Carnavalet y fut mis
aussi pour le punir de sa négligence. On accusa
Bartet d'avoir averti le cardinal Mazarin du lieu
où étoit Mnï« de Bouillon, et ce soupçon fut bien
fortifié lorsqu'on le vit peu de temps après secré-
taire du cabinet. Cependant le marquis du Bec, qui
s'étoit chargé de faire sauver les enfans de M. de
Bouillon, les avoit fait partir tous quatre, toujours
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habillés en filles, et voulul les conduire lui-même
jusqu'au delà de la Loire, où ils n'avoient plus rieri
à craindre. Il les mena heureusement jusque auprès
de Blois, où le petit chevalier de Bouillon tomba
malade si dangereusement que le marquis du Bec
ie confia à M^^ de Fléchine, sa parente, qui avoit
une assez belle maison près de Blois, la priant
de le faire passer pour une de ses nièces. Cela
n'étoit pas difficile, la beauté de son visage et la
délicatesse de ses traits le pouvant fort aisément
faire croire du beau sexe. M"»* de Fléchine en*
voya chercher le sieur Bellay, fameux médecin de
Blois (qui est mort premier médecin de feu Made-
moiselle), et fut obligée de lui dire le secret; il le
garda même à M. le duc d'Orléans, qui étoit retiré
à Blois, et ne lui déclara la vérité qu'après que la
paix fut faite. Le petit chevalier de Bouillon, étant
guéri, demeura chez Mn»e de Fléchine toujours
habillé en fille, sans que personne se doutât de la
vérité de son sexe ; mais la reine régente et le car-
dinal Mazarin ayant résolu d'aller assiéger Bor-
deaux où Mine la Princesse s'étoit retirée sous la
conduite du duc de Bouillon, et la cour étant
venue à Blois, M*»* de Fléchine eut si grande
peur qu'on ne trouvât chez elle un fils de M. de
Bouillon, et qu'on ne le conduisît au siège pour
le mettre à la bouche d'un canon, et obliger peut-»
être son père à rendre la ville, qu'elle prit une
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12$ MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
résolution qui paroîtroit fabuleuse, si Ton ne sa-
voit pas qu'elle est véritable. Il y avoit dans le
parc de sa maison, quoiqu'il ne fût pas fort grand,
un petit bois très épais où elle avoit remarqué un
gros buisson fait en forme de voûte, où Ton ne
pouvoit entrer qu'en se traînant à terre sous des
ronces et des épines. Ce fut dans cette niche qu'elle
fit entrer le petit chevalier de Bouillon, après
lui avoir fait quitter ses habits de fille, et l'avoir
habillé en garçon, d'une étoffe fort simple, afin
qu'on le remarquât moins. Elle fit entrer avec lui
son valet de chambre nommé Desfargues, qui ne
l'avoit pas quitté; elle leur donna du pain, du vin
et de l'eau^ un pâté, un oreiller et un parasol de
toile cirée pour les garantir de la pluie. Desfargues
en sortoit le soir pour aller faire la ronde dans le
parc, et observer s'il ne venoit personne pour en-
lever son maître. La bonne dame craignoit son
ombre, persuadée que la cour ne songeoit qu'à
cette affaire-là. £lle soupçonna deux capucins
d'être espions du cardinal Mazarin, parce que
l'un d'eux avoit dans sa manche un mouchoir de
toile fine avec des glands, ce qui étoit fort à la
mode en ce temps-là, mais ne s'accordoit pas avec
la simplicité religieuse. Un soir que le valet de
chambre étoit sorti du buisson pour aller recevoir
les petites provisions que M^^ de Fléchine lui
apportoit elle-même, il fit un orage furieux ac-
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LIVRE X 127
compagne de pluie et de tonnerre ; le petit che-
valier, qui n'avoit que sept ans, et qui étoit seul
dans son buisson, fut fort désolé en voyant un
ver luisant, animal qu'il ne connoissoit point ; il
crut que c'étoit le tonnerre : il cria à son valet de
chambre, qu'il aimbit fort, et qui vouloit rentrer
dans le buisson, de prendre garde à lui. Desfar-
gués prit aussitôt à la main le ver luisant, et ras-
sura le petit chevalier, qui lui dit qu'un pareil
tonnerre ne le feroit plus trembler. Un autre jour
ils trouvèrent leur pâté tout plein de fourmis; ils
ne laissèrent pas d'en manger, faute d'autre chose.
Ils passèrent huit ou dix jours dans ce buisson»
jusqu'à ce que, la cour étant partie de Blois,
Mme de Fléchine les fit cacher dans une grange, et
ensuite dans une petite tour qui étoit au bout de
son parc, où ils étoient enfermés toute la journée,
s'occupant à faire de petits paniers d'osier; elle
leur donna aussi la VU dts Saints, et quelquefois
la Gazttte, que le petit chevalier dévoroit, parce
qu'il y apprenoit quelquefois des nouvelles de
M. de Bouillon. Il fut un jour bien fâché de voir
que la populace de Bordeaux s'étoit voulu révolter
contre M™e la Princesse, et que les ducs de
Bouillon et de La Ro(^hefoucauld avoient bien eu
de la peine à l'apaiser.
Ils s'étoient servis pour cela d'un fils de M. de
Bouillon qui n'avoit que douze ans; on l'appeloit
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128 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
alors le prince de Raucourt, et il s'est appelé depuis
le chevalier de Bouillon, parce que celui dont j'écris
la vie, en embrassant Tétat ecclésiastique, prit le
nom de duc d*Albret. On mit un buffle au petit
prince de Raucourt, une cuirasse et un casque en
tête, et, monté sur un petit bidet, il alla dans
toutes les rues de Bordeaux haranguer le peuple.
Son esprit passoit son âge , il est mort à Tâge de
vingt-trois ans; et, selon les apparences, il eût
égalé, s'il eût vécu, les plus grands hommes de sa
maison.
Dans le temps que le duc de Bouillon s'en alla
à Bordeaux, il écrivit à M. de Turenne que le
cardinal de Mazarin avoit manqué à toutes les pa-
roles qu'il lui avoit données; que l'on ne le regar-
doit à la cour que comme un misérable solliciteur
de procès, et que, s'ils ne trouvoient l'un et l'autre
le moyen de se faire rendre justice en se faisant
craindre , ils pouvoient compter leur maison abat-
tue et ruinée. C'est ce qui obligea M. de Turenne
à se remettre à l'armée d'Espagne, et à la faire
entrer en France. Il y avoit joint quelques régi-
mens d'infanterie et de cavalerie sur lesquels il
avoit un pouvoir absolu ; il avoit hésité quelques
momens à prendre le parti de M. le Prince, dont
il n'avoit point sujet d'être content, ce qu'il lui
avoit signifié en parlant à sa personne huit jours
avant qu'il fût arrêté; mais, comme leur liaison
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LIVRE X 129
«toit publique, et que le sujet de leur brouillerie
•étoit fort secret, il crut qu'il y alloit de son hon-
neur de sacrifier en cette occasion son ressenti-
ment particulier, et se déclara hautement pour lui.
Il s'avança en Picardie et perdit la bataille de
Rethel contre le maréchal du Plessis-Praslin. Le
duc de Bouillon, de son côté, fut plus heureux à
Bordeaux : il soutint quelque temps la guerre par
son courage et par une action bien hardie. Il
■apprit que les généraux de l'armée du roi avoient
fait pendre quelques officiers de ses troupes ; il crut
devoir user de représailles, et, dans le milieu de
Bordeaux, il fit pendre, sans autre forme de justice,
un officier des troupes du roi qui étoit prisonnier
sur sa parole '. Cela fit un bon effet, et Ton se fit
quartier de part et d'autre.
Peu de temps après, les princes furent mis en
liberté, et la paix fut faite. Le duc de Bouillon et
le vicomte de Turenne y furent compris expressé-
ment. Le duc, après avoir rendu Bordeaux, salua
le roi, et se retira en Périgord, à son château de
Lanquais.
Cependant M™e de Bouillon sortit de la Bas-
tille, et avec la permission de la reine prit le che-
min de Périgord pour y aller trouver son mari.
I . Le baron de Canole. Voir les Mémoires de Montglat.
^Note de l'édition Michaud,)
Mémoires de Choisy, IL 17
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l3o MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
Elle étoit accompagnée de M^^^ de Bouillon, sa
belle-sœur, et de sa fille aînée, qui a été depuis
duchesse d'Elbeuf. Elle s'arrêta à Tours, et envoya
un valet de chambre nommé François, en qui elle
avoit une grande confiance, à M^^ de Fléchine,
pour lui rendre mille grâces, et la prier de lui re-
mettre entre les mains le chevalier de Bouillon.
M^^ de Fléchine, qui ne connoissoit point l'écri-
ture de M°^^ de Bouillon, et encore moins le valet
de chambre, lui répondit qu'elle ne savoit ce qu'on
vouloit dire, et lui dit de se reposer et de man-
ger. Elle alla cependant à la petite tour dire à ses
deux prisonniers ce qui se passoit, et les fit monter
au haut de la tour afin qu'ils pussent voir dans le
jardin le nommé François, et le reconnoître. Cela
fut bien exécuté; ils le reconnurent, descendirent,
l'embrassèrent comme leur libérateur et partirent
avec lui, pour aller à Tours, sur des chevaux de
paysans. Monsieur le cardinal m'a conté toutes
ces petites particularités, dont il se souvenoit avec
plaisir au bout de cinquante-six ans. Il m'a fait la
description de la ville de Tours et de l'abbaye de
Marmoutier, quoiqu'il n'y ait pas été depuis; et
il croyoit être encore sur un certain grand pont
où il trouva M™« de Bouillon, qui répandit bien
des larmes en l'embrassant. Il ne reconnut point
sa sœur, tant elle étoit changée de la petite vérole.
Ils arrivèrent heureusement à Poitiers, et il se
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LIVRE X
souvenoit que pendant le voyage M™e de Bouillon,
qui étoit bonne catholique, et M^le cle Bouillon,
qui étoit bonne huguenote, avoient souvent des
disputes assez aigres sur la religion, vivant en
toute autre chose dans une parfaite union. Elles
aroient l'une et l'autre beaucoup d'esprit et de
mérite; le corps étoit bien différent. L'une étoit
belle et bien faite, et Tautre étoit laide et bossue.
Après quelque temps, M. et M"»* de Bouillon
revinrent à la cour, et furent fort bien reçus. Le
cardinal Mazarin, pour leur marquer une parfaite
réconciliation, les vint voir; et, en faisant des ca-
resses à leurs enfans, il dit au petit chevalier, qui
n'avoit que sept ans et demi, et qui étoit beau
comme un ange : « Et vous aussi, ne voulez-vous
pas être de mes amis? — Non, reprit brusque-
ment le petit garçon, vous avez trompé mon papa. »
Ce qui déconcerta fort la compagnie, à ce qu'a dit
depuis le vieux duc de Charost, qui étoit présent,
et qui en fut bien aise. Charost n'aimoit pas le
cardinal Mazarin; il avoit été au cardinal de Ri-
chelieu, qu'il ne nommoit jamais sans l'appeler
mon bon maître.
Après avoir conduit le duc d'Albret à l'âge de
vingt-quatre ans, et l'avoir fait passer par tous les
degrés d'esprit, de vertu, de science et de capa-
cité, pour parvenir à l'estime générale, que per-
sonne ne lui refusoit, il est temps d'expliquer
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l32 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
la manière dont il se fit cardinal : car on peut dire,
et je m'en vais le prouver, que, si la naissance et
la considération de M. de Turenne commencèrent
l'ouvrage, il ne fut achevé que par une prudence
infinie, une pénétration sans bornes et une fer-
pieté à toute épreuve. M. de Péréfixe, archevêque
de Paris, avoit lié une amitié très étroite avec
le duc d'Albret depuis qu'il avoit présidé à son
acte de tentative en 1664, et qu'il avoit voulu
être le grand maître de ses études pendant sa li-
cence. La fréquentation augmentoit chaque jour
la tendresse; et le bon archevêque ne lui cachoit
point que la chose du monde qu'il souhaitoit le
plus étoit de le voir son coadjuteur, persuadé que
l'Église de Paris seroit heureuse d'être conduite
par un si digne pasteur. Le duc d'Albret, qui de-
meuroit dans le cloître Notre-Dame, cultivoit une
amitié qu'il pouvoit si bien rendre utile, et alloit
souvent les soirs à l'archevêché, par la petite porte,
y passer les après-soupers. M. de Péréfixe étoit le
meilleur homme du monde, violent, aisé à mettre
en colère, mais qui revenoit un moment après ; il
avoit aussi bien de l'amitié pour moi, et me fit
l'honneur de présider à mon acte de tentative, que
je dédiai au roi. Il me souvient que la veille il me
vint voir au Luxembourg, et me fit ses trois argu-
mens; après quoi il me dit : « Monsieur l'abbé,
vous savez que l'abbé Le Tellier, qui est en licence»
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LIVRE X l33
fait tout ce qu'il peut pour démonter tous les ré-
pondans ; ses docteurs lui font de bons argumens,
et son plaisir est d'obliger le président à prendre
la parole. Je veux vous faire le plaisir de ne point
ouvrir la bouche ; défendez-vous comme vous
pourrez. » Il le fit comme il me Tavoit dit. L'abbé
Le Tellier eut beau crier et demander justice au
président, je criois aussi haut que lui; et, soit que
j'eusse raison ou non, les docteurs frappèrent sur
les écoutes et lui imposèrent silence. Le duc d'AI-
bret, étant si bien avec M. de Péréfixe, apprenoit
avec peine que quelquefois M. deTurenne blâmoit
la conduite de l'archevêque à l'égard des filles de
Port-Royal. M. de Turenne étoit encore hugue-
not, et les huguenots, qui nient aussi bien que les
jansénistes le mérite des bonnes œuvres, favori-
soient en tout les jansénistes, à cause de la con-
formité de leurs sentimens sur la grâce. Le duc
d'AJbret supplia M. de Turenne d'avoir un peu
plus d'attention pour un archevêque qui lui témoi-
gnoit tant d'amitié, et qui avoit tant de considé-
ration pour sa maison, dont il avoit souvent fait
tant d'éloges dans les discours publics : ce qu'il lui
promit de faire, et ce qu'il fit effectivement.
Les choses en étoient là, et paroissoient vouloir
demeurer quelque temps au même état, lorsque
l'abbé Le Tellier obtint du roi la coadjutorerie de
Langres. Cet évêché, l'une des six pairies ecclé-
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l34 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
siastiques de France, étoit possédé par l'abbé de
La Rivière, qui, en qualité de favori de M. Gaston,
oncle du roi, avoit fait une si grande figure pen-
dant la Régence ; mais Tabbé Le Tellier avoit de
bien plus grands desseins, il songeoit à l'arche-
vêché de Reims. Un nommé Saint-Laurent, com-
mis de Mainnevillette, receveur général du clergé^
alla à Reims avec un feuillant qui avoit un grand
pouvoir sur le cardinal Antoine, pour tâcher d'ob-
tenir la coadjutorerie. Ils lui persuadèrent que, si
l'abbé Le Tellier étoit son coadjuteur, il mettroit
bientôt son chapitre à la raison par le crédit du
ministre, et l'obligèrent à demander cette grâce,
que le roi lui accorda. Le duc d'Albret en fut
averti, et Palla dire à M. de Turenne,qui prit feu,
et résolut d'en aller sur-le-champ avertir le i;oi, et
rompre par là la négociation ; mais le duc d'Al-
bret s'y opposa, a Si l'abbé Le Tellier, lui dit-il,
est coadjuteur de Reims, il faut demander pour
moi la coadjutorerie de Paris, et, en cas de refus,
la nomination au cardinalat. Le roi sera si hon-
teux d'avoir fait l'abbé Le Tellier coadjuteur de
Reipns qu'il n'osera vous refuser. » Le roi éHoit
bien disposé en faveur du duc d'Albret; ma mère,
que Sa Majesté honoroit de quelque confiance,
lui avoit dit plusieurs fois que le djuc d'Albret
avoit tout le mérite du monde, et qu'il étoit, du
bois dont on fait les cardinaux. £lle m'a conté
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LIVRE X iJS
qu'étant un jour dans la chambre du roi, en atten-
dant l'audience particulière qu'il lui donnoit deux
ou trois fois la semaine dans son cabinet, le duc
d'Albret y étoit entré, et Tavoit entretenue pen-
dant une demi-heure. Elle s'étoit fait donner ces
audiences en disant au roi avec hardiesse, pour ne
pas dire effronterie : « Sire, si vous voulez deve-
nir honnête homme, il faut que vous m'entreteniez
souvent. » Le roi la fit appeler, et eut la bonté
de lui dire qu'il étoit fâché de l'avoir fait tant at-
tendre. « Sire, lui dit-elle, je ne me suis point en-
nuyée; j'étois avec ce petit duc d'Albret, qui a
plus d'esprit que moi ; ce sont de ces gens-là,
quand ils ont la naissance et le mérite, que Votre
Majesté doit élever aux premiers postes. Vous de-
vriez lui donner votre nomination au cardinalat;
que pouvez-vous mieux faire ? » Elle prit là-des-
sus occasion de passer en revue tous ceux qui
pouvoient alors prétendre au cardinalat, et leur
donna à chacun un petit coup de patte, sans
€n exempter l'évêque de Laon, son bon ami (de-
puis cardinal d'Estrées), mads qui ne l'étoit pas tant
que le duc d'Albret. « Mais, reprit le roi, il est
bien jeune. — Il est vrai, mais il est bien sage; et
d'ailleurs, quand vous le nommeriez aujourd'hui, il
ne seroit peut-être pas cardinal dans dix ans. » Ce
discours, jeté à l'aventure, germa dans la suite; et
le cardinal de Bouillon m'a dit plusieurs fois
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l36 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
qu'elle avoit la première rompu la glace sur sod
cardinalat; aussi, dès qu'il eut la nomination, il
vint tout courant lui en dire la nouvelle, et sur sa
table il m'écrivit un billet charmant pour me le
faire savoir. J'étois allé en Bourgogne à mon ab-
baye de Saint-Seine ; et, lorsque j'ai reçu son bil-
let, je dinois à Dijon avec M. Bouchu, intendant
de la province. J'eus bientôt pris mon parti, et de-
mandé à l'intendant s'il vouloit mander quelque
chose à Paris, et qu'au sortir de table j'allois
prendre la poste ; je le fis et volai. J'embrassai le
nouveau cardinal, et deux jours après je retournai
à Saint-Seine faire mes affaires. Mais, pour revenir
au duc d'Albret, M. de Turenne approuva son
raisonnement, et lui dit : « Effectivement, vous
avez plus d'esprit que moi; il n'y a qu'à laisser
faire la coadjutorerie de Reims et en profiter par
contre-coup en obtenant celle de Paris, ou la no-
mination au cardinalat. » £n effet, quatre jours
après l'abbé Le Tellier fut déclaré coadjuteur de
Reims, et Saint-Laurent, pour sa récompense, fut
receveur général du clergé. Le duc d'Albret alla
aussitôt trouver l'archevêque de Paris, et lui dit :
« Je ne viens point ici. Monsieur, vous presser sur
une chose que vous m'avez témoigné tant de fois
souhaiter avec passion ; c'est seulement pour vous
dire que la conjoncture est favorable, le roi vient
de faire l'abbé Le Tellier coadjuteur de Reims; il
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LIVRE X iSy
ne vous refusera pas si vous me demandez pré-
sentement pour votre coadjuteur, et que M. de
Turenne joigne ses prières aux vôtres. Mais,
Monsieur, ne me répondez point présentement;
demain j'aurai l'honneur de vous voir. » L'arche-
vêque l'embrassa avant que de lui répondre, et
lui dit qu'il falloit voir avec M. de Turenne com-
ment il s'y faudroit prendre pour faire réussir une
chose qu'il souhaitoit passionnément. Le lendemain
M. de Turenne, que le duc d'Albret avoit fait
avertir, vint dîner chez lui, et y trouva M. Bou-
cherat, conseiller d'État, mort depuis chancelier de
France. Il avoit été tuteur de MM. de Bouillon
conjointement avec M. le premier président de
Lamoignon et le président de Mesmes. 11 étoit ami
particulier de M. de Turenne. Le duc d'Albret
Tavoit prié d'y venir pour fortifier en cette occa-
sion la foiblesse naturelle de M. de Turenne, que
sa modestie et son désintéressement empêchoient
souvent de parler au roi en faveur de sa maison.
Aussitôt après-dîner, M. de Turenne alla voir l'ar-
chevêque, et, l'ayant trouvé dans les mêmes senti-
mens, il partit sur-le-champ pour Saint-Germain,
et dès le soir il demanda au roi la coadjutorerie de
Paris pour son neveu, assurant le roi que l'arche-
vêque devoit lui faire la même prière, et en lui
avouant qu'il avoit eu quelques vues sur l'arche-
vêché de Reims. Le roi, qui se souvenoit encore
i8
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l38 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
de la guerre de Paris, où le coadjuteur cardinal de
Retz lui avoit fait tant de peine, lui refusa tout
net la coadjutorerie. « Le duc d'Albret, lui dit-
il, est trop jeune pour le charger du soin de tant
d'âmes. » Mais il le refusa avec les termes du
monde les plus obligeans, l'assurant qu'il lui ac-
corderoit toute autre chose. Alors M. de Turenne,
suivant qu'il en étoit convenu avec le duc d'Âl-
bret, lui demanda pour lui la nomination du car-
dinalat, ce que Sa Majesté lui accorda avec plaisir,
lui recommandant seulement de ne le dire à per-
sonne du monde qu'à son neveu. Cette nomina-
tion paroissoit alors fort éloignée, le pape Clé-
ment IX, qui n'étoit pape que depuis un an,
n'ayant pas encore songé de faire la promotion de
ses créatures, qui devoit précéder celle des cou-
ronnes. M. de Turenne envoya dans la nuit au
duc d'Albret un courrier, et lui manda ce qui s'é-
toit passé, conseillant à M. de Paris de différer
son voyage à Saint-Germain de quelques jours.
M. le duc d'Albret envoya sur-le-champ l'abbé
Le Sauvage, son précepteur, mort depuis évêque
de Lavaur^ dire à l'archevêque que le roi avoit
refusé la coadjutorerie, et que M. de Turenne lui
conseilloit de ne pas aller sitôt à Saint-Germain.
Il lui dit en même temps que, malgré le respect
que le duc d'Albret avoit pour les ordres de M. de
Turenne, il lui conseilloit d'y aller dès le grand
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LIVRE X l39
matin, afin d'être à la première entrée, privilège
qu'il avoit conservé comme ayant été précepteur
de Sa Majesté, et de pouvoir lui dire qu'il venoit
lui rendre compte de la proposition que M. de
Turenne lui avoit faite la veille, proposition qu'il
avoit acceptée de tout son cœur, persuadé qu'il
n'y avoit point dans l'Église un meilleur sujet que le
duc d*Albret. C'étoit la manière dont l'archevêque
s'expliquoit prdinairement. L'abbé Le Sauvage ne
lui dit pas un mot de la nomination au cardinalat,
soit qu'il la sût ou qu'il ne la sût pas, ce que je
n'ai jamais su moi-même. L'archevêque parut fort
affligé, et dès la pointe du jour il alla au lever du
roi, qui ne tâta point de ses raisons. Il lui dit assez
durement qu'il ne devoit pas consentir à sa coad-
jutorerie sans lui en parler, lui reprochant par là
qu'il l'avoit exposé à refuser quelque chose à
M. de Turenne; et peut-être dans son cœur pensa-
t-il qu'il l'avoit forcé ^ lui accorder la nomina-
tion au cardinalat. M. Le Tellier ne put pas
cacher ce secret au coadjuteûrde Reims, qui quel-
ques jours après, en retournant à Paris tête à tête
avec le duc d'Albret, lui dit malicieusement en
descendant la montagne de Chantecoq : « Voilà
des tours (c'étoient les tours de Notre-Dame) qui
vous siéroient bien, et que je vous souhaite de tout
mon cœur. — Je ne vole pas si haut, lui répondit
le duc d'Albret, qui affecta un air contrit et hu-
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1^0 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
milié, quoique intérieurement il se sentît bien dé*
dommage par la nomination au cardinalat; et dans
la suite des années, Tarchevêque de Reims ayant
avoué au cardinal de Bouillon qu'il lui avoit parlé
des tours de Notre-Dame pour lui faire dépit,
parce que son père lui venoit de confier que le roi
les avoit refusées à M. de Turenne, le cardinal lui
dit : « Je n'étois pas si abattu que vous le croyez.
Le roi m'avoit accordé sa nomination au cardina-
lat; nous nous moquions alors l'un de l'autre, et
nous avions tous deux raison. »
Il est bon de remarquer ici que Madame (c'étoit
alors la princesse d'Angleterre), à la première nou-
velle de la coadjutorerie de Reims, dit au roi qu'un
coup de cette importance marquoit assez que ses
ministres le gouvernoient. Ce discours, qu'elle fil
au roi avant que M. de Turenne lui parlât de la
coadjutorerie de Paris, disposa peut-être l'esprit
du roi, qui vit bien que Madame avoit raison, à
faire quelque chose en faveur du duc d'Albret, et
à lui accorder au moins la nomination au cardina-
lat, puisque la politique lui défendoit absolument
de consentir qu'un homme si jeune et de sa nais-
sance fût coadjuteur de Paris. Les Le Tellier
crurent que M. de Turenne, pour se faciliter la
coadjutorerie de Paris, avoit poussé Madame, qui
étoit fort son amie, à tenir ce discours au roi; mais
cela n'étoit pas vrai. M. de Turenne alloit ronde-
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LIVRE X 141
ment, et son mérite lui faisoit croire qu'il n'a voit
pas besoin d'autre sollicitation. On a su que c'étoit
le marquis de Bellefonds qui avoit prié Madame
de parler ainsi, afin que le roi lui fît des grâces
sans consulter ses ministres, qu'il affectoit de mé-
priser, pour faire croire au roi qu'il ne s'attachoit
qu'à sa personne. En effet, peu après le roi le fit
maréchal de France avec Créqui et Humières,
pour montrer au public que les ministres ne le
gouvernoient pas. Ils furent très mortifiés de voir
le roi s'adonner à faire des coups d'autorité sans
leur en dire une seule parole; mais surtout ils
furent fâchés de la nomination du duc d'Albret au
cardinalat, quand ils l'apprirent cinq mois après. Le
Tellier et Louvois n'étoient pas des amis de M. de
Turenne depuis que la Sorbonne avoit fait une si
grande différence entre le duc d'Albret et l'abbé
Le Tellier, accordant à l'un toutes sortes de dis-
tinctions, et refusant à l'autre les choses les plus
communes, tant l'un étoit aimé et estimé, et l'autre
haï et peu estimé. Le Tellier se souvint aussi d'un
bon mot qui échappa à M. de Turenne pendant
le procès de M. Fouquet. Quelqu'un blâmoit de-
vant lui l'emportement de Colbert contre Fouquet
et louoit la modération de M. Le Tellier. « Effec-
tivement, dit M. de Turenne, je crois que
M. Colbert a plus d'envie qu'il soit pendu, et que
M. Le Tellier a plus de peur qu'il ne le soit pas.
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142 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY
Et de plus M. de Turenne avoit sollicité pour
M. Fouquet deux amis intimes qu'il avoit parmi
ses juges, savoir : M. d*Ormesson, rapporteur,
et M. de Catiaat, conseiller de la grand'chambre,
qui opinèrent tous deux en sa faveur. Le sieur
de Lionne fut assez aise de la nomination du duc
d*Albret. Il avoit fait avec lui une amitié particu-
lière, et n*aspiroit point à gouverner le roi, con-
tent de faire sa charge avec honneur, de tirer de la
cour de gros appointemens qu'il employoit souvent
en des dépenses inutiles, et de s'abandonner sans
mesure à toutes sortes de plaisirs. Cinq mois après
le roi déclara publiquement qu'il avoit donné au
duc d'Albret sa nomination au cardinalat. Lionne
lui en expédia le brevet, et la lettre du roi, dont
voici la copie.
Très Saint Père,
Entre tous Us sujets de notre royaume, de profes-
sion ecclésiastique, qui nous ont semblé être plus
dignes, par leurs grandes qualités, que nous leur
procurions l'honneur d^entrer dahs le Sacré Collège
des cardinaux, nous avons plus particulièrement con-
sidéré notre très cher et bien aimé cousin EmmaHuel-
Théodose de La Tour d'Auvergne, duc d'Albret;
lequel, dans sa plus tendre jeunesse, fuyant dès lùrs
toutes lés autres occupations agréables à cet âge^là,
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LIVRE X 143
qu€ sa naissance dt prince ne pouvait que trop lui
inspirer, a si bien marché depuis par sa propre
inclination et son seul mouvement dans le chemin le
plus pénible comme le plus glorieux, qu'il a conti-
nuellement donné des preuves d'une piété solide et
exemplaire, et s'est d'ailleurs si laborieusement et
avec tant de succès appliqué aux études de toutes les
sciences les plus élevées^ qu'après les acclamations
publiques données en plusieurs actes célèbres à la
profondeur de son érudition et de sa doctrine, il a
mérité à vingt-quatre ans le doctorat de la Faculté
de Paris, avec des éloges qui ont été au delà de toute
expression. Ces considérations, sans mélange d'au-
cune autre, nous ont fait juger, Très Saint Père,
que l'avancement de notredit cousin dans les dignités
de l'Église les plus hautes sous la suprême seroit en
plusieurs rencontres d'un très grand avantage au
bien de la religion; c'est pourquoi nous requérons et
supplions très instamment Y otke Sainteté de vouloir,
à notre nomination et présentation, honorer de la
dignité de cardinal notredit cousin le duc d'Albret,
dans la première promotion qu'elle fera y selon l'usage,
pour gratifier les couronnes. Les grandes et recom-
mandables qualités qui se rencontrent en la personne
de notredit cousin, jointes à Vardenie inclination que
nous voyons en lui de les employer pour les intérêts
de l'Église, nous donnent une pleine assurance que
Votre Sainteté aura une entière satisfaction de ce
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144 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
choix que nous faisons, et que nous nous promettons
qu'elle voudra bien consommer le plus promptement
quelle pourra par un nouvel effet de sa bonté pater-
nelle, dont nous nous tiendrons très sensiblement
obligé à votre béatitude , laquelle cependant nous
prions Dieu, Très Saint Père, de vouloir conserver
longues années au bon régime de notre mère Sainte
Église,
Écrit à Paris le dix-huit novembre mil six cent
soixante-huit.
Votre dévot fils.
Signé : Le roi de France et de Navarre »,
LOUIS.
Et plus bas : Lionne.
On peut juger, par le style de cette lettre, que
M. de Lionne étoit ami du duc d'Albret, qui avoit
présidé Tannée d'auparavant à Tacte de tentative
de l'abbé de Lionne, ce qui avoit fait une grande
liaison entre eux, M. de Lionne l'ayant préféré à
tous les évêques et archevêques de France, qui se
fussent fait honneur de présider à Pacte de son dis;
mais il faut avouer que, si l'abbé Le Tellier en
I . Il est sans exemple connu que Louis XIV ait fait pré«
céder sa signature des titres de « Roi de France et de Na-
varre ». {Note de l'édition Michaud,)
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LIVRE X 145
obtenant la coadjutorerie de Reims avoit, en quel-
c[ue sorte sans j penser, procuré la nomination au
•cardinalat, il fut encore la principale cause qui la
rendit publique. Ce coadjuteur fut sacré en Sor-
bonne par le cardinal Antoine^ en présence de la
reine et de toute la cour, qui oublia ce jour-là que
le roi étoità Saint-Germain, où il n'y eut personne
de toute la journée. Le duc d'AIbret se trouva par
malice au sacre dans la foule des docteurs, afin
qu'on fît la comparaison de lui et de Tabbé Le
Tellier. Les nouvelles manuscrites ne manquèrent
pas de marquer la différence de mérite de Tun et
de l'autre, la modestie et la capacité de l'un oppo-
sées à l'orgueil et à la pétulance de l'autre. L'abbé
Le Tellier étoit entouré de trois ou quatre doc-
teurs qui lui souffloîent continuellement de la
science. Il avoit assez bonne mémoire, et n'appli-
quoit pas mal ce qu'on lui avoit recordé; mais
quand, plein de lui-même, gros d'argent, bouffi
d'orgueil et ne croyant plus avoir besoin de con-
seil, il s'est trouvé à la tête du clergé, il a vu les
étoiles en plein midi, il a perdu terre, et a été
obligé de remettre le gouvernail à une tête qui,
quoique très médiocre, s'est trouvée meilleure que
la sienne. Son sacre fut donc d'un grand éclat.
Quelque bonne âme prit soin de faire tomber les
nouvelles manuscrites entre les mains de M. de
Turenne, sur lequel elles firent leur effet. Il courut
Mémoires deChoisy, II. 19
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146 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
à Saint-Germain, et supplia le roi de déclarer
publiquement la nomination de son neveu au car-
dinalat. Sa Majesté lui dit qu'elle le feroit avec
plaisir; mais qu'il songeât qu'il ne s'étoit converti
que depuis huit ou dix jours, et que les huguenots
ne manqueroient jamais de dire que c'étoit la
récompense de sa conversion. « Je suis trop bien
connu, Sire, reprit M. de Turenne, pour craindre
de pareils discours, et mon neveu sans moi pouvoit
fort bien espérer cette grâce de Votre Majesté. Je
me suis converti dans un temps non suspect. — Il
est vrai, reprit le roi, que, si vous l'aviez voulu
faire en 1660, vous pouviez espérer autre chose
qu'un chapeau rouge. » Ce fut le matin avant que
les ministres fussent assemblés pour le conseil que
le roi fit appeler M. de Lionne dans son cabinet,
pour lui ordonner d'expédier la lettre au Pape
pour la nomination du duc d'Albret au cardinalat.
Lionne, au sortir du cabinet, vit M. Le Tellier, et,
sachant bien qu'il l'alloit mettre au désespoir, lui dit
tout bas : « Devinez qui a la nomination du roi
au cardinalat? » Le Tellier lui ayant nommé cinq
ou six personnes l'une après l'autre : <c Non, lui
dit Lionne, c'est le duc d'Albret. » Il pâlit, et
Lionne pensa lui offrir son flacon d'eau de la reine
de Hongrie.
Je crois que voici le lieu de parler de la con-
version de M. de Turenne. Elle a fait tant de brait
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LIVRE X 147
dans le monde, les catholiques en ont été si aises
et les protestans si fâchés, qu'il faut apprendre
aux uns et aux autres la vérité d'un fait dont on a
parlé si diversement. Jurieu et quelques autres
ministres ont osé dire qu'il avoit changé de reli-
gion par politique^ mais, en le disant, ils se sont
exposés à la risée de tout le monde, qui a su qu'à
la paix des Pyrénées le cardinal Mazarin , ne sa-
chant quelle récompense procurer à M. de Tu-
renne pour les grands services qu'il avoit rendus
à l'État, lui offrit l'épée de connétable, pourvu
qu'il se fît catholique. L'accommodement de M. le
Prince n'étoit pas encore fait , et le cardinal n'eût
peut-être pas été fâché de le mortifier encore ;
mais M. de Turenne, en fait de religion, ne se
conduisoit pas par des vues humaines; et, se voyant
attaqué d'une manière si forte, il se roidit contre
la grâce qui vouloit l'éclairer, et demeura encore
plusieurs années dans l'incertitude; il avoit toute
sa vie aimé à parler de religion , dans l'espérance
de trouver la véritable en la cherchant. Il me sou-
vient à ce propos d'avoir ouï dire au cardinal de
Bouillon qu'un jour M. de Turenne s'étant trouvé
dans son cabinet avec M. de Beringhem et Van-
Beuning, ambassadeur de Hollande, après avoir
beaucoup parlé de religion, Van-Beuning avoua
que, s'il étoit bien persuadé qu'il n'y eût qu'une
religion de bonne, il choisiroit la catholique;
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148 MEMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
mais qu'il croyoit qu'on pouvoit aller au Ciel par
difPérens chemins, a Si je croyois comme vous, lui
dit M. de Turenne, je serois bientôt catholique;
ne faut-il pas toujours aller au plus sûr? » Il sen-
toit assez souvent qu'il manquoit quelque chose à
la doctrine qu'on lui avoit enseignée dans son en-
fance. Ses premiers préjugéiS contre la religion
catholique s'étoient évanouis par la conversation
de quelques évèques de ses amis : M. de Choi-
seul, évêque de Tournai, et M. Vialart, évêque
de Châlons, l'avoient embarrassé; l'abbé Bossuet,
depuis évêque de Condom , et enfin de Meaux,
Tavoit peut-être ébranlé par quelques-uns de ses
sermons, ou dans une conversation qu'il eut avec
lui chez M™e de Longueville devant sa conver-
sion; le duc d'Albret, son neveu, nouveau doc-
teur, et frais sur ces m^^tières, lui en avoit parlé
cent fois. Enfin le moment arriva, et, sans le dire à
personne , sans sonner la trompette , sans ostenta-
tion, et seulement pour le salut de son âme , il fit
son abjuration dans la chapelle particulière de
l'archevêché, entre les mains de M. de Péréfixe,
dans un temps où toutes les raisons mondaines
sembloient s'y opposer. Il vit fort bien qu'il se
confondoit par là dans la foule des courtisans qu'on
méprise parce que l'on ne les craint pas ; , au lieu
que, demeurant huguenot, il se vojoit à la tête
d'un parti autrefois si puissant, et qui ferpit les
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LIVRE X 149
derniers efforts pour se soutenir jusqu'à la fin.
Ainsi sa conversion fut sincère, et la meilleure
preuve qu'il en donna fut le zèle pour le salut de
ses frères errans. Il dit à l'évêque de Condom ,
avec lequel il fit depuis une amitié très intime, que
la plupart des huguenots ne se convertissoient pas
faute d'entendre la véritable doctrine de l'Église
catholique, et lui donna peut-être les premières
vues qui ont produit le livre admirable de VExpo^
sition de la Foi, en lui exposant les articles qui lui
avoient fait le plus de peine , et qui ne lui en fai-
soient plus de la manière dont Tévêque de Con-
dom les expliquoit.
Je n'oublierai pas que M. de Turenne, ayant
pris sa dernière résolution de se convertir, dit un
matin au duc d'Albret : « Vous allez être bien
aise et bien fâché ; je vais me faire catholique, et
je vous en ai fait le secret de peur qu'on ne dise
que vous m'avez converti. Je voudrois, si cela se
pouvoit, que personne ne le sût, et je veux
trouver un simple prêtre qui reçoive mon abjura-
tion. » Le duc d'Albret l'assura que la joie étouf-
foit en lui tout autre sentiment; mais qu'il le sup-
plioit de se souvenir que monsieur l'archevêque de
Paris étoit son pasteur, et qu'il devoit recevoir ses
instructions, quand même il ne seroit pas autant
de leurs amis qu'il l'étoit. 11 y alla, et fit son abju-
ration entre ses mains le lendemain, en présence
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l5o MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
de Perthuis, capitaine de ses gardes, de Desroziers,
son maître d*hôtel, et de Duhault, son premier
valet de chambre, tous trois catholiques, qui fon-
doient en larmes en voyant leur maître rentrer
dans le bon chemin. M. Boucherat et M. l'abbé
Le Sauvage y furent aussi- présens; je ne sais pas
pourquoi le duc d'Albret ne s'y trouva pas.
M. de Turenne n'étoit pas alors en faveur. La
campagne de 1667 avoit été trop brillante pour
lui ; les ministres s'étoient réunis contre un si grand
crédit naissant, et l'année suivante le roi lui avoit
caché son entreprise sur la Franche-Comté, et s'é-
toit servi de M. le Prince. Son crédit recommença
en 1670, lorsque le roi, ayant pris la résolution
secrète de faire la guerre aux Hollandois, envoya
Madame en Angleterre signer le traité avec le roi
son frère. Il n'y eut dans le secret que cette prin-
cesse et M. de Turenne; mais il faut avouer qu'en
cette occasion ce grand homme fit une faute im-
pardonnable : il die à sa maîtresse le secret de son
maître. Il avoit la foiblesse d'aimer M"ie de Coat-
quem; elle étoit jeune, il avoit près de soixante
ans. On veut réparer l'âge par un grand amour,
qu'on croit marquer par une grande confiance. Il
lui disoit tout ; elle avoit de son côté une passion
bien plus vive. Le chevalier de Lorraine à vingt-
six ans devoit l'emporter sûr un vieux guerrier. Le
chevalier sut par elle le traité d'Angleterre, et le
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LIVRE X l5l
àïi à Monsieur, dont il étoit favori; et peut-être
lui apprit-il en même temps les bruits ridicules qui
•couroient sur le comte de Guiche. Quoi qu'il en
•soit, Madame mourut peu de temps après d'une
manière si subite qu*on ne la voulut pas croire
naturelle. Le roi reprocha à M. de Turenne son
indiscrétion, et l'excusa en apprenant ce qui Tavoit
•causée. Mais, pour revenir à la nomination du duc
d'Albret au cardinalat, à peine fut-il nommé qu'il
alla trouver monsieur l'archevêque de Paris pour
lui en dire la première nouvelle. Il lui avoit assez
d'obligations pour cela; mais il fit plus, et lui offrit
de lui céder une dignité qu'il méritoit, disoit-il,
beaucoup mieux que lui. L'archevêque, qui con-
tioissoit le cœur du duc d'Albret, ne traita point
■ce discours de compliment, et l'embrassant avec
tendresse : « S'il y avoit, lui dit-il, un chapeau de
<:ardinal par terre, et qu'il dépendît de moi de le
mettre sur votre tête ou sur la mienne, je ne
balancerois pas un moment à le mettre sur la
vôtre; et je m'en vais de ce pas remercier le roi,
au nom de l'Église de France, du bon choix qu'il
vient de faire. » Il le fît comme il avoit dit.
Cependant le duc d'Albret songea aux moyens
<ie faire avancer sa promotion, malgré tous les
obstacles qui sembloient s'y opposer. Il envoya un
courrier au cardinal Rospigliosi, neveu du Pape,
pour lui en donner part. Il avoit fait une grande
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l52 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
amitié avec lui à son passage de Bruxelles à Paris^
en allant à Rome après l'exaltation de son oncle.
Le P. Rapin, jésuite, ami de l'un et de l'autre,
étoit alors à Rome, et ne contribuoit pas peu à
former entre eux une liaison plus intime. Il n'y
avoit aucune apparence que le Pape, n'ayant point
encore fait la promotion de ses créatures, en
voulût faire une particulière uniquement pour le
duc d'Albret, qui n'avoit droit qu'à celle des cou-
ronnes, et cette promotion paroissoit fort éloignée;
ainsi tout étoit à craindre d'un si long retarde-
ment. Le prince de Conti et l'abbé de La Rivière
avoient eu longtemps la nomination de France
sans aucun effet : l'exemple étoit fâcheux et récent.
Le duc d'Albret, jeune, plein de feu et d'une ima-
gination féconde, ne désespéra pas d'y réussir. La
conversion de M. de Turenne, que le Pape avoit
regardée comme un triomphe pour l'Église, étoit
une conjoncture favorable; le siège de Candie en
étoit une autre bien plus importante. Cette ville,
assiégée par les Turcs depuis douze ou quinze ans>
étoit fort pressée par le grand vizir Coprogli, et
le Pape ne songeoit qu'à y envoyer du secours.
M. de Turenne en cette occasion pouvoit le servir
auprès du roi, qui pouvoit seul y envoyer une
armée capable de faire lever le siège. D'ailleurs le
duc d'Albret étoit déjà fort connu de Sa Sainteté;
il lui avoit écrit sur son exaltation au souverain
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LIVRE X l53
pontificat; il lui avoit dédié le recueil de ses
thèses de théologie, ce qui lui avoit valu, sans que
le roi s'en mêlât, le gratis de ses abbayes de
Tournus et de Saint-Ouen. Il lui avoit écrit en
d'autres occasions par M. le duc de Chaulnes,
ambassadeur à Rome. Il résolut, pour avancer cette
affaire, d'envoyer à Rome l'abbé Bigorre, qui y
avoit déjà été le secrétaire de l'ambassade sous le
duc de Chaulnes, et qui étoit fort connu et aimé
de M. de Lionne. M. de Turenne en parla au
roi, qui fit écrire au Pape et au cardinal Rospi-
gliosi qu'ils lui feroient un plaisir sensible d'avancer
la promotion du duc d'Albret, Sa Majesté leur'
promettant de ne point demander d'autre chapeau
à la promotion des couronnes. Le roi eut même la
bonté de le dire de sa propre bouche à l'abbé
Bigorre lorsqu'il prit congé de Sa Majesté, afin
qu'il en pût rendre compte au Pape. M. de Lionne
écrivit en conformité, quoiqu'il crût faire en cela
des pas fort inutiles. M. de Turenne se fit prier
pour en parler au roi. Il n'aimoit pas à faire le
suppliant, et souvent manquoit les affaires parce
qu'il ne vouloit pas se donner la peine d'y tra-
vailler. Il écrivit néanmoins au Pape pour informer
Sa Sainteté, comme vicaire de Jésus-Christ en terre,
de la grâce que Dieu venoit de lui faire de le
faire rentrer dans son Église. Dès que l'abbé
Bigorre fut arrivé à Rome, il eut audience du
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1S4 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST
Pape. Il lui fît sa proposition. Sa Sainteté l'assura
qu'avec une véritable joie elle comprendroit M. le
duc d'Albret dans la promotion des couronnes, et
lui fît bien des complimens pour M. de Turenne.
Elle répondit à la lettre du roi dans les mêmes
termes, et s'expliqua encore plus nettement avec
Tabbé de Bourlemont , auditeur de rote, qui fai-
soit les affaires de France en l'absence de l'ambas-
sadeur. Le roi, sur ces nouvelles, dit à M. de
Turenne : « Il n'y a rien à espérer pour votre
neveu; mais il est bien jeune, il peut attendre. »
Cette indifférence que le roi témoignoit là-dessus
donna occasion au duc de Créqui, qui avoit été
ambassadeur à Rome, et qui y avoit conservé
quelque commerce, et au coadjuteur de Reims (il
n'aimoit pas M. de Turenne), d'écrire à leurs
amis, afin sans doute que cela parvînt aux oreilles
du Pape, que le roi ne se soucioit guère de cette
affaire. L'abbé Bigorre, en ayant eu connoissance,
le manda au duc d'Albret, qui trouva moyen d'en
tirer avantage. M. de Turenue et M. de Lionne
le dirent au roi, qui renouvela ses instances avec
plus de vivacité, ajoutant qu'il savoit les mauvais
offices que des courtisans envieux avoient voulu
rendre au duc d'Albret; mais il arriva quelque
temps après un incident qui pensa tout gâter. Le
prince d'Aversberg, l'un des principaux ministres de
l'Empereur, avoit obtenu sa nomination secrète au
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LIVRE X l5S
cardinalat, et, pour y réussir, il avoit fait dire au
roi qu'il seroit dans ses intérêts s'il y vouloit con-
sentir. Le roi y consentit; mais le prince d'Avers-
berg, averti des instances que le roi faisoit auprès
du Pape pour le duc d'Albret, s'en plaignit, et le
roi le dit à M. de Turenne, qui ne balança jamais
entre ses intérêts et ceux de l'État, et étoit prêt à
tout sacrifier au roi, lorsqu'on apprit que le prince
d'Aversberg étoit disgracié, et que l'Empereur
avoit donné la place dans son conseil au prince de
Lobkowitz, et la nomination au cardinalat au prince
de Bade, moine bénédictin, coadjuteur des abbayes
de Fuldes et de Kampen.
Il arriva dans ce temps un autre incident qui
jeta quelque froideur entre le duc d'Albret et
l'évêque de Laon. Ils ne s'étoient jamais fort
aimés, se regardant comme rivaux. La naissance
^t le mérite du duc d'Albret parioient' à l'âge
«t à l'expérience de l'évêque de Laon. MM.d'Es-
trées étoient parens de la reine de Portugal,
<et par leurs intrigues ils avoient rompu le mariage
du prince don Pèdre avec M''* de Bouillon.
L'évêque de Laon avoit obtenu la nomination
de Portugal, et le roi venoit de lui permettre
d'envoyer à Rome le sieur Foucher pour solliciter
son chapeau. Le duc d'Albret en fut averti, et
I. De pariare, égaler; pariaient ^ étaient égaux.
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l56 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
courut chez M. de Lionne pour savoir si cela étoit
vrai. M. de Lionne lui dit que oui; mais que
cela ne lui faisoit aucun tort, puisque le roi, en
écrivant en faveur de i'évêque de Laon, renou-
velleroit ses instances pour l'avancement de sa
promotion. M. le duc d'Albret ne fut point tou-
ché des raisons de M. de Lionne, d'autant plus
que Ton parloit déjà du mariage de M"« de
Lionne avec le marquis de Cœuvres, neveu de
l'évêque de Laon. Tout ce qu'il put obtenir de
lui fut que, si le roi à la prière de M. de Turenne
en reparloit au conseil, il seroit d'avis de ne point
envoyer Foucher jusqu'à ce que le duc d'Albret
fût cardinal. La chose arriva ainsi. M. de Turenne
en parla au roi, et le roi à son conseil; et Sa Ma-
jesté fît dire à l'évêque de Laon de ne point en-
voyer Foucher à Rome. Il l'envoya seulement à
Turin, où il demeura deux ou trois mois jusqu'à la
promotion du cardinal de Bouillon.
Cependant les Vénitiens, appuyés de la recom-
mandation du Pape, demandoient au roi des trou-
pes et des vaisseaux pour tâcher de faire lever le
siège de Candie. Morosini, leur ambassadeur, pres-
soit fort. Le duc d'Albret lui fit dire qu'à sa prière
M. de Turenne y emploieroit tout son crédit, et
l'ambassadeur s'en aperçut si bien que, sur son
rapport, la République parreconnoissance ordonna
à son ambassadeur à Rome de presser le Pape pour
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LIVRE X iSy
la promotion du duc d'Albret. M. de Turenne
avoit eu là-dessus plusieurs conférences avec Mo-
rosini, qui seul de tous les ambassadeurs et minis-
tres étrangers eut la permission de suivre le roi
à son voyage en Flandre. Il fit le voyage avec
M. de Lauzun, qui étoit une espèce de favori. Le
maréchal de Navailles, qui devoit conduire les
troupes du roi à Candie, disoit aussi tous les jours
à l'ambassadeur que la République en avoit Tobli-
gation à M. de TurenQe : ce qui étoit d'autant
plus beau à lui qu'il avoit une liaison très intime
avec M. Le Tellier, qui n'étoit pas des amis de
M. de Turenne. Navailles étoit honnête homme
€t rendoit honneur à la vérité. Les choses parois-
soient assez bien disposées, lorsque le cardinal
Rospigliosi, par ordre du Pape, écrivit à M. de
Lionne que, si le roi vouloit donner la nomination
à M. de Turenne lui-même, il le feroit cardinal le
lendemain de l'arrivée du courrier, persuadé que
les plus grands ennetnis de la France ne pourroient
pas y trouver à redire. M. de Lionne lut à M. de
Turenne la lettre du cardinal Rospjgliosi, et lui
cita l'exemple récent de M. le cardinal de Ven-
dôme, a Ah! Monsieur, lui dit M. de Turenne,
que ferois-je d'une calotte et d'une grande queue?
Cet équipage m'embarrasseroit fort. Je vous prie
de remercier bien^ le Pape pour moi, et de le prier
de faire mon neveu cardinal. » M*. de Lionne en
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l58 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
rendit compte au roi, qui lui dit : « J'eusse été
bien surpris si M. de Turenne avoit topé à la
proposition. » M. de Turenne ne laissa pas de
vouloir s'en divertir un moment, en disant au duc
d'Albret : « Vous avez un concurrent pour le car-
dinalat bien dangereux. Le roi n'a qu*à lui donner
sa nomination, le Pape offre de le faire cardinal à
l'arrivée du courrier. Ne craignez rien, ajouta-t-il;
ce concurrent, c'est moi. »
C'étoit le temps des incidens, tous capables de
retarder la promotion du duc d'Albret. M. de
Bonzi, ambassadeur du roi en Pologne, s'étoit
trouvé à l'élection du roi Michel Wiesnowieski, et,
lui ayant persuadé qu'il y avoit beaucoup contri-
bué, quoique ce prince eût été mis sur le trône
par la faction d'Autriche, il avoit tiré de lui parole
de sa nomination au cardinalat, pourvu que le
Pape promît d'y avoir égard à la promotion de^
'couronnes, et ne fît pas comme Alexandre VII,
qui avoit méprisé la nomination du roi Casimir.
Bonzi, sans perdre de temps, avoit dépêché un
courrier au roi pour le supplier d'écrire au Pape
pour tirer cette parole de Sa Sainteté, qu'il croyoit
assez bien disposée en sa faveur. Ils étoient du
même pays, tous deux sujets du grand-duc. Le duc
de Chaulnes, ambassadeur du roi à Rome, avoit
obtenu du Pape cette parole verbale dans le
temps qu'on croyoit que les Polonois éliroient pour
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LIVRE X l59
leur roi ou le prince de Condé, ou le duc de
Neubourg; et l'un et l'autre avoient promis leur
nomination à M. de Bonzi. M. de Lionne, son
ami particulier, avoit déjà fait la lettre du roi au
Pape, et étoit prêt à l'envoyer, lorsqu'un remords
le prit en faveur du duc d'Albret, jugeant bien que
cette nouvelle prière du roi seroit peut-être un
prétexte au Pape de différer encore sa promotion,
qu*il promettoit de faire incessamment. Il envoya
éveiller le duc d'Albret à six heures du matin, et
le pria de venir chez lui. Il avoit loué une petite
maison à Saint-Germain pour mieux solliciter son
affaire.
Dès qu'il fut entré dans le cabinet de M. de
Lionne, ce ministre lui fît promettre un secret
inviolable, même à l'égard de M. de Turenne. Il
lui expliqua ensuite l'affaire de Bonzi, lui avouant
qu'il n'avoit pas songé qu'en servant son bon ami,
il nuiroit peut-être à son meilleur ami; que le
remède étoit difficile, parce que la chose avoit été
arrêtée au conseil, et que MM. Le Tellier et Col-
bert l'avoient appuyée de tout leur cœur, dans la
pensée peut-être d'éloigner sa promotion; qu'il
falloit qu'il allât éveiller M. de Turenne, et lui
dît qu'à l'insu de M. de Lionne il avoit appris
par un commis l'envoi de ce courrier, et qu'il fal-
loit l'empêcher de partir en représentant au roi les
inconvéniens. M. de Turenne, qui sentit l'impor-
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l6o MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
tance de la chose, s'habilla promptement, pendant
que le duc d'Albret dressoit le mémoire au roi. Il
monta en haut, et demanda à Sa Majesté un mo-
ment d'audience dans son cabinet. Il lui expliqua
toute l'affaire, et lui donna son petit mémoire, que
le roi fît lire au conseil. M. de Lionne fut d'avis
d'attendre au moins l'arrivée du premier courrier
de Rome avant que de faire partir celui-ci ; mais
les deux autres ministres insistèrent à le faire partir
sur-le-champ, en ajoutant seulement aux lettres du
roi que Sa Majesté, en faisant cette prière au
Pape, renouveloit ses instances pour avancer la
promotion du duc d'Albret. A la sortie du conseil,
M. de Lionne vint dire à M. de Turenne et au
duc d'Albret, qui étoit avec lui, ce qui s'étoit passé
dans le conseil, et tâcha de leur persuader q^elçs
additions ordonnées aux lettres du roi remédie-
roient au mal; il persuada aisément M. de Tu-
renne, qui crut qu'il y alloit du service du roi, de
s'assurer au plus tôt de deux chapeaux, au hasard
d'avoir celui de son neveu un peu plus tard. Le
duc d*Albret, dont l'esprit étoit d'une vivacité
surprenante, fertile en expédieqs, lui dit : « Per-
mettez-moi, Monsieur, de vous dire que, pour
assurer le chapeau de M. de Bonzi, il y a une
voie bien plus courte : c'est, au lieu d'envojer le
courrier à Rome, de le renvoyer en Pologne assu-
rer le roi Michel que, le Pape ayant promis au duc
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LIVRE X l6l
de Chaulnes de faire cardinal l'ambassadeur de
France en Pologne s'il avoit la nomination du
nouveau roi, il peut en sûreté donner la sienne à
M. de Bonzi, le roi se faisant fort de lui faire
avoir son effet. » M. de Turenne et M. de Lionne
approuvoient extrêmement la pensée de M. le
duc d'Albret. « Mais comment faire? dit M. de
Lionne. Le roi Michel n'a pas encore donné part
au roi de son élection; le roi ne peut pas le pré-
venir et lui écrire le premier. — Eh bien, reprit
M. le duc d'Albret, le roi n'a qu'à écrire tout ce
que je viens de dire à M. de Bonzi, et lui ordon-
ner de remettre sa lettre en original entre les
mains du roi Michel pour sûreté de la parole de
Sa Majesté. » M. de Lionne, ayant approuvé
encore ce nouvel expédient, et donné mille louan-
ges au duc d'Albret de la fertilité de son imagina-
tion, conseilla à M. de Turenne de l'aller propo-
ser au roi, lui permettant de dire à Sa Majesté que
M. de Lionne l'approuvoit en tout, persuadé que
c'étoit le meilleur moyen d'assurer le chapeau de
M. de Bonzi, sans reculer la promotion du duc
d'Albret. M. de Turenne proposa la chose au roi,
qui étoit pressé d'aller à la chasse, et qui lui dit :
« Votre neveu a raison, et j'approuve l'expédient,
puisque Lionne en est d'avis, lui qui appuyoit le
plus l'envoi du courrier à Rome. Dites-lui qu'il
n*a qu'à le dépécher en Pologne. » Cela fut fait le
Mémoires de Choisy, II. 3 1
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l62 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
même jour, et tout réassit. Le roi Michel, content
de la parole du roi, donna sa nomination à Bonzi;
et trois semaines après, au mois d'août 1669, le
Pape déclara le duc d'Albret cardinal, le lende-
main de la mort de don Thomaso Rospiglîosi, son
neveu, qu'il feignit d'ignorer, afin de pouvoir
tenir le consistoire et faire la promotion. Le Pape
n'avertit que quatre personnes de la résolution
qu'il avoit prise de faire le duc d'Albret cardi-
nal, savoir : le cardinal Giacomo Rospigliosi, son
neveu ; le cardinal Ottoboni , dataire , qui fut de-
puis Alexandre VIII; le cardinal Azzolini, secré-
taire d'État, et le cardinal Chigi, neveu de son
bienfaiteur le pape Alexandre VIII. Il avoit tant
de reconnoissance des plaisirs que l'on lui avoit
faits, qu'il avoit résolu de faire l'abbé de Lionne
cardinal aussitôt qu'il auroit pris le bonnet de
(locteur. Il croyoit devoir la papauté à M. de
Lionne, qui lui avoit ménagé secrètement l'amitié
de la France, quoiqu'il eût été nonce en Espagne,
et le cardinal de Retz nous a appris que, dans le
conclave où Clément IX fut élu, la France sou-
haitoit en premier lieu le cardinal Farnèse, et, en
second lieu, le cardinal Rospigliosi; au lieu que
l'Espagne souhaitoit Rospigliosi avant tout autre,
ce qui fît réussir son affaire, la faction de France
ayant aisément donné les mains à son élection. Il
est bon de remarquer que, dans le consistoire ou
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LIVRE X 168
le Pape déclara le duc d'Albret cardinal de Bouil-
lon, il déclara en même temps qu'il se réservoit
un autre chapeau m petto pour celui en général
que la reine régente d'Espagne, mère du roi
Charles II, lui nommeroit. Or elle en nommA
deux, savoir : Porto-Carrero, doyen de Tolède, par
une nomination publique, souscrite par la junte au
conseil d'Espagne; et le P. Nitard , jésuite, soa
confesseur, par une lettre particulière fort pres-
sante. Le Pape fut assez embarrassé, et, lorsqu'il
se vit prêt à mourir, il se détermina par le conseil
de ses ministres en faveur de Porto-Carrero, qui
étoit appuyé de tous les ministres d'Espagne. C'est
ce qui l'obligea de dire à l'abbé Bigorre, qui le
remercioit pour le cardinal de Bouillon : « Je lui
ai donné deux chapeaux, puisque, pour pouvoir
lui en donner un, il m'a fallu en donner un autre
à un inconnu, à la nomination de la reine d'Espa-
gne. » Ce fut en 1671 que le roi donna au car-
dinal de Bouillon la charge de grand aumônier de
France, vacante par la mort du cardinal Antoine
Barberin. Le public s'imagina que c'étoit à la
considération de M. de Torenne, et il se trompa
lourdement, comme la suite de cette affaire le fera
voir dans ses plus petites circonstances, que je n'ai
pas ignorées. On croit communément, et c'est le
sentiment de l'apologiste du cardinal de Bouillon^
qu'il doit toute sa fortune k M. de Turenne; mais
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164 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
x>n a déjà vu, par le récit que j'ai fait de la ma-
nière dont il a été fait cardinal, la bonne part qu'il
y a eue lui-même par son habileté et sa vigilance.
Il se doit encore davantage la charge de grand
aumônier, puisque M. de Turenne, bien loin de
le servir, lui fut un obstacle pour l'obtenir.
Je dirai, à propos de cette apologie tant vantée
du cardinal de Bouillon, que, si en la lisant j'ai
admiré comme les autres la manière d^écrire de
l'auteur, j'y ai remarqué beaucoup de faits ou
faux ou altérés, où j'ai reconnu d'abord qu'elle
n'avoit point été faite par son ordre, puisque ja-
mais il n'y eût laissé mettre qu'il doit toute son
élévation à M. de Turenne; que sa vie est une
suite continuelle de bienfaits que le roi a daigné
répandre sur sa personne , et y eût peut-être fait
couler un bon mot des évêchés de Liège et de
Strasbourg que Sa Majesté a jugé à propos de
lui ôter, ce qui pourroit faire compenser les in-
jures avec les bienfaits; mais c'est ce que nous
examinerons dans son lieu.
La santé du cardinal Antoine étoit depuis quel-
que temps fort altérée : cela faisoit penser à sa
dépouille. M. Le Tellier avoit déjà eu pour son
fils la coadjutorerie de l'archevêché de Reims. Il
lui avoit aussi fait offrir six cent mille livres pour
avoir sa démission de la charge de grand aumô*
nier. Mais l'évêque d'Orléans, depuis cardinal de
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LIVRE X l65
Coasiin , premier aumônier du roi depuis trente
ans, avoit tiré parole de Sa Majesté que personne
n'auroit à son préjudice l'agrément de traiter de
cette charge avec le cardinal Antoine , soit par
démission, soit par coadjutorerie. Les choses étoient
dans cet état-là lorsque le cardinal de Bouillon
partit de Paris, au mois de décembre 1669, pour
aller à Rome avec le duc de Chaulnes, ambassa-
deur de France, assister au conclave qui se tenoit
pour élire un pape après la mort de Clément IX. Il
apprit en chemin que le cardinal Antoine étoit fort
malade, et prit dès lors sa résolution de faire tous
ses efforts, au cas qu'il le trouvât encore en vie,
pour obtenir de lui la démission de sa charge de
grand aumônier. Il en vint à bout : la santé du
cardinal Antoine se raffermit un peu, et son amitié
pour le cardinal de Bouillon fut si grande qu'il
lui donna parole de lui envoyer sa démission dès
que le roi l'auroit agréée ; mais, pendant que le
cardinal de Bouillon négocioit cette affaire à
Rome, l'évêque d'Orléans fit dire à M. de Tu-
renne par Perthuis , capitaine de ses gardes et
l'ami particulier de l'évêque , que , s'il songeoit à
faire tomber à M. le cardinal de Bouillon la charge
de grand aumônier, il n'y songeroit plus, ne vou-
lant pas se trouver en son chemin. M. de Turenne,
qui ne savoit rien des vues de son neveu, et qui
dans le vrai n'avoit eu aucune idée pour cette
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t66 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
charge, répondit à Perthuis qu'il n'y pensoit point,
et qu'il souhaitoit de tout son cœur que M. d'Or-
léans pût l'obtenir. Il l'en assura lui-même dès fe
Fendemain , et tous les Coaslin , ravis de n'avoir
point un compétiteur si dangereux, l'en remerciè-
cent et s'en vantèrent hautement. Le cardinal fut
aussitôt averti à Rome d'un engagement pris si
légèrement, et capable de renverser son projet. Il
n'en écrivit rien à M. de Turenne, et lui manda
seulement qu'il ne pouvoit suivre son conseil, qui
étoitde demeurer encore longtemps à Rome; qu'il
SToitdéjà pris congé du Pape et du sacré collège;
que son équipage étoit parti pour s'en retourner
en France, et qu'il alloit à Munich voir M«n« la du-
chesse de Bavière; qu'il y attendroit des nouvelles
de M. de Turenne, et que, s'il le vouloit absolu-
ment, il retourneroit à Rome, quelque dépense
qu'il fût obligé d'y faire à cause de son âge et de
sa naissance. M. de Turenne lui manda à Munich
qu'il n'avoit qu'à revenir en France, ce qu'il fit
aussitôt. Il lui rendit compte en arrivant de ce
qu'il avoit négocié avec le cardinal Antoine , sans
faire semblant de savoir les engagemens que M. de
Turenne avoit pris avec Tévêque d'Orléans. Alors
ce grand homme vit bien qu'il s'étoit engagé un
peu vite, et dit à son neveu qu'il pouvoit aller son
chemin; mais que, pour lui, après la sottise qu'il
avoit faite (ce sont les termes dont il se servit en
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LIVRÉ X 167
lui avouant tout), il ne pou voit en honneur solli-
citer pour lui ; mais qu'il lui conseilloit de conter
au roi comme la chose s'étoit passée, et de dire à
Sa Majesté que c'étoit la raison qui Tempêchoilde
lui en parler. Dès que le cardinal de Bouillon fut
arrivé, il demanda au roi une audience particulière
dans son cabinet, et lui déclara que M. le cardinal
Antoine lui avoit promis de lui envoyer la démission
de sa charge, si Sa Majesté Tavoit pour agréable,
la suppliant seulement de lui accorder une place
de prélat, commandeur de Tordre du Saint-Esprit,
parce qu'il ne lui convenoit pas de porter le Saint-
Esprit par brevet , comme ayant eu la charge de
grand aumônier. Le roi lui parut écouter la pro-
position avec plaisir; mais, sans donner de parole
positive, il lui dit qu'il seroit bien aise que cela se
pût faire dans la suite, et qu'il lui donneroit la
chaîne dans le moment, s'il n'avoit pas promis
à l'évêque d'Orléans, son premier aumônier, de
ne point agréer que personne, à son préjudice,
traitât avec M. le cardinal Antoine, soit par sur-
vivance, soit par démission, et qu'il pouvoit le
ntander au cardinal Antoine. Il le fît aussitôt, et
le cardinal Antoine lui répondit qu'il ne changeoit
point de sentiment à son égard, et seroit toujours
prêt à lui envoyer sa démission lorsque le roi l'au-
roit pour agréable.
Les choses en étoient là , lorsqu'un incident
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l68 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
pensa tout renverser. M. de Péréfixe, archevêque
de Paris, mourut au commencement de Tannée
1671. Il étoit proviseur de la maison de Sorbonne.
Aussitôt tous les docteurs se dirent publiquement
les uns aux autres qu'il falloit élire deux jours
après le cardinal de Bouillon, qui étoit de leur
maison et société, et dont la naissance et le mérite
personnel leur feroient honneur. Il en fut bientôt
averti, et l'écrivit au P. Ferrier, confesseur du
roi, le priant de dire à Sa Majesté qu'il auroit été
lui-même au Louvre lui en faire part s'il n'avoitpas
eu peur qu'on ne crût qu'il alloit demander l'arche-
vêché de Paris, et que ce qui l'arrêtoit encore da-
vantage, c'étoit qu'il venoit d'apprendre que M. de
Péréfixe , à son insu , avoit en mourant ordonné à
Tabbé de La Motte , son meilleur ami , de dire à
Sa Majesté qu'il ne connoissoit personne en France,
par rapport au service de PÉglise et du roi, plus
propre que le cardinal de Bouillon à remplir digne-
ment le poste d'archevêque de Paris.
Le P. Ferrier, plus ami de M. de Chanvallon,
alors archevêque de Rouen, que du cardinal de
Bouillon, ne se pressa pas de parler de lui au roi,
Sa Majesté lui ayant dit d'abord, à ce que dit le
révérend père, qu'elle donnoit l'archevêché de
Paris à M. de Chanvallon, et que, pour le bien de
son service, elle souhaitoit qu'il fût aussi proviseur
de Sorbonne. Et Je P. Ferrier en ayant donné
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LIVRE X 169
avis au cardinal, ce jeune homme, vif, et piqué
qu*on lui enlevât ainsi la provisorerie de Sorbonne
malgré tous les docteurs, s'en alla au Louvre fort
échauffé, et représenta au roitlans son cabinet, avec
une vivacité surprenante, et même avec des larmes
aux yeux qui lui échappèrent, que c'étoit le dés-
honorer que de le croire moins attaché au service
de Sa Majesté que M. de Chanvallon, et qu'enfin
c'étoit le traiter comme le cardinal de Retz, qui
n'avoit pas été proviseur de Sorbonne, parce qu'il
avoit fait la guerre au roi, et qu'il étoit alors dans
les pays étrangers. Le roi lui répondit assez froi-
dement : « Je verrai, et je vous ferai savoir dé-
main ma volonté. » Le cardinal de Bouillon, qui
songeoit en même temps à plus d'une chose, s'i-
maginant que la vacance de l'archevêché de Rouen
pourroit dégager le roi des engagemens qu'il avoit
pris avec monsieur l'évêque d'Orléans pour la
grande aumônerie, proposa à Sa Majesté de lui
donner l'archevêché de Rouen, à quoi Sa Majesté,
sans doute piquée de la hardiesse, pour ne pas
dire de l'indiscrétion du jeune cardinal, ne répon-
dit rien. Elle eut pourtant la bonté d'ordonner à
M. Roze, secrétaire du cabinet, d'aller trouver
monsieur l'archevêque de Paris pour lui dire de
ne parler à personne de la provisorerie de Sor-
bonne; mais Roze, intime ami de l'archevêque,
rapporta sur-le-champ qu'il en avoit déjà reçu les
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lyo MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY
complimens de tous les docteurs, et qu'ainsi l'af-
faire étoit consommée, soit que cela fût vrai, soit
que cela eût aidé à la précipiter. J'oubiiois de dire
que le roi en parlant de la provisorerie de Sor-
bonne, ayant dit au cardinal que les docteurs, sui-
vant les apparences, lui préféroient un archevêque
de Paris, dont ils avoient besoin tous les jours, il
répondit fièrement que, si le roi vouloit bien ne
point s'en mêler, il étoit assuré d'avoir dix voix
contre une.
Le lendemain, le cardinal s'étant trouvé au prie-
Dieu du roi avec l'archevêque de Paris, cet arche-
vêque, croyant adoucir les choses, lui dit tout bas
qu'il souhaitoit passionnément que le roi donnât
l'archevêché de Rouen à une personne qui, par sa
naissance et par son mérite, pût réparer les fautes
qu'il y avoit faites; mais le cardinal, piqué de ce qui
s'étoit passé, lui répondit : « Je crois, Monsieur,
qu'il y a des gens qui seroient bien aises d'être ar-
chevêque de Rouen; mais, pour moi, je n'en fais
pas l'objet de mes désirs. »
Le même jour, le P. Ferricr vint dire au car-
dinal de Bouillon que le roi, pour le bien de soa
service, persistoLt à vouloir -que la provisorerie de
Sorbonne fût unie à l'archevêché de Paris; que
cela ne le regardoit point personneUemest; qu'il
n'y avoit en cela aucune préférence d'estime et de
confiance, et que, pour lui en donner une preuve».
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LIVRE X 171
Sa Majesté le nommeroit, s'il vouloit, à Tarchevê-
ché de Rouen. Le cardinal répondit au P. Fer-
rier qu'il étoit prêt d'obéir au roi en toutes
choses; mais que, dans la conjoncture présente, il
accepteroit l'archevêché de Rouen comme si c'é-
toit l'évêché de Grasse, réponse qui ne plut point
au P. Ferrier, qui alla trouver M. de Turenne
pour le prier de modérer, s'il pouvoit, la vivacité
du cardinal. Il fit cependant réflexion de lui-même
sur ce qu'il venoit de faire, et s'en alla au Louvre,
où il dit au roi qu'il avoit cru jusque-là qu'il y
alloit de son honneur d'être proviseur de Sor-
bonne, mais qu'il en venoit faire le sacrifice à Sa
Majesté, et que même, si elle le vouloit, il iroit
en Sorbonne parmi les docteurs donner sa voix à
monsieur l'archevêque de Paris. Le roi lui répon-
dit qu'il ne lui en demandoit pas tant, et qu'il le
remercioit de cette offre. Le cardinal, au sortir de
son audience, alla rendre compte à M. de Turenne
de tout ce qui s'étoit passé. M. de Turenne le
gronda fort, et craignit avec grande raison qu'une
si grande hauteur ne lui fît tort dans l'esprit du
ror et ne nuisît à la grande aumôncrie, sur laquelle
il n'avoit que de bonnes paroles. Il lui dit même
que l'abbé Le Camus, depuis peu mort cardinal,
étoit sorti de sa retraite auprès des Chartreux, où
il n'étort pas toujours en or>aison, pour le venir
avenir que le roi n'étoit point content du cardi-
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lya MÉMOIRES DE l'âBBÉ DE CHOISY
nal, et qu'il le savoit de bonne part. Le cardinal,
sur cet avis, s'en alla le lendemain au lever du roi,
et lui dit tout bas, lorsqu'il se mit à genoux pour
prier Dieu, quMl étoit pénétré de douleur dans la
crainte où il étoit de lui avoir déplu, et qu'il de-
mandoit un moment d'audience dans son cabinet.
Le roi lui répondit avec un visage assez sérieux :
« Monsieur, cela n'est pas nécessaire. » Et, sur ce
que le cardinal insista, le roi lui promit avec un
visage riant de le faire appeler, ce qu'il fit un mo-
ment après. Dès qu'ils furent seuls, le cardinal dit
au roi qu'il venoit lui demander pardon de lui avoir
parlé d'une manière qu'on disoit lui avoir déplu.
« Il est vrai, dit le roi, que je n'ai pas été con-
tent de votre vivacité sur la provisorerie de Sor-
bonne, que j'ai regardée comme bonne à mon
service. — Sire, reprit le cardinal, j'ai encore
eu grand tort en osant proposer à Votre Majesté
de donner l'archevêché de Rouen à monsieur l'é-
vêque d'Orléans, comme si elle ne savoit pas bien
les moyens de contenter tout le monde. » Le roi
lui répondit qu'en cela il n'avoit fait aucune faute,
puisqu'il étoit résolu de lui donner la charge de
grand aumônier, au plus tard à la mort du cardinal
Antoine. Le cardinal pensa se jeter à ses genoux;
mais, comme Monsieur alloit entrer dans le cabinet,
il lui dit seulement : « Sire, Votre Majesté en
vingt-quatre heures m'a vu en deux états bien dif-
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LIVRE X 173
férens de douleur et de joie, tous deux causés par
mon attachement à sa personne et par Tenvie de
lui plaire. »
Au sortir de chez le roi, le cardinal alla dire ce
qui venoit de se passer à M. de Turenne, qui le
lendemain dit au roi : « Sire, je vis hier au soir un
homme bien pénétré de la bonté qu'a eue Votre
Majesté de lui pardonner toutes ses fautes et d*y
ajouter encore des grâces. — Il avoit eu tort, lui
dit le roi; mais il a bien réparé tout cela, et nous
sommes fort contens Tun de l'autre. » Depuis ce
temps-là le cardinal se tint assuré de la charge de
grand aumônier, d'autant plus que le cardinal An-
toine, qui languissoit toujours, lui fît écrire que
monsieur l'évêque d'Orléans lui offroit quatre cent
vingt mille livres de la coadjutorerie, mais que,
pour l'amour de lui, il ne vouloit écouter aucune
proposition. Le cardinal porta sa lettre au roi, et
lui avoua qu'il craignoit toujours que le cardinal
Antoine, prêt à mourir, entouré de parens et de
valets ardens à l'argent, ne se laissât enfin aller aux
sollicitations de M. d'Orléans, qui pouvoit bien un
beau matin apporter à Sa Majesté la démission de
sa charge en sa faveur, et qu'alors elle seroit bien
empêchée. Le roi lui dit qu'il avoit raison, et sur-
le-champ ordonna à Chamarante, l'un de ses pre-
miers valets de chambre, de dire à M. d'Orléans
qu'inutilement il traiteroit avec le cardinal An-
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174 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
toine, puisque la charge de giaad aumônier ne
seroit exercée à i'aveak que par an cardinal.
Ce pas fait, le cardinal de Bouillon vit son af-
faire faite, et attendit en patience que Dieu dis-
posât de M. le cardinal Antoine. Il mourut au
mois d*août de la même année. Le roi en reçut la
nouvelle à Fontainebleau, et, sitôt que M. de
Turenne Teut apprise, il envoya un courrier au
cardinal, qui étoit à Saint-Martin, lui conseillant
de venir sur-le-champ à Fontainebleau, à moins
qu'il n'eût changé d'avis, en pensant que peut-
être ce grand empressement déplairoit au roi,
après la parole positive que Sa Majesté lui avoit
donnée de le faire grand aumônier à la mort du
cardinal Antoine. En effet, M. de Turenne, après
y avoir réfléchi, trouva qu'il avoit raison, et lui
manda de retourner à Saint-Martin, au lieu de
venir à Fontainebleau. Le roi lui avoit dit à To-
reille : « Le cardinal Antoine est mort, et je me
souviens bien de ce que j'ai promis à votre neveu. »
Là-dessus M. de Turenne dit au roi qu'il avoit
mandé au cardinal de venir incessamment à Fon-
tainebleau, et qu'il n'avoit pas jugé à propos de le
faire, a II a bien fait, dit le roi, sa présence nV
vanceroit pas ses affaires, et en cette occasion il
a mieux pensé que vous. »
Cependant le cardinal, croyani avoir besoin de
tout, envoya faire des complimens à monsieur l'ar-
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LIVRE X lyS
dievéque de Paris, avec qui il éloit en quelque
froideur depuis ce qui s'étoit passé au collège de
Navarre à un acte de l'abbé Amelot, et ses com-
plimens furent si bien reçus qu'à peine fut-il
arrivé de Saint-Martin au cloître de Notre-Dame,
où il demeuroit encore, que l'archevêque le vint
voir, lui apprit la mort du cardinal Antoine, et lui
souhaita la charge de grand aumônier. Le cardinal
lui avoua confidemment que cette nouvelle l'em-
barrassoit, et qu'il ne savoit s'il devoit aller à
Fontainebleau. Le lendemain, ayant reçu la ré-
ponse de M. de Turenne, il alla voir l'archevêque,
et lui dit qu'après y avoir bien pensé il n'iroit
point à Fontainebleau, et s'en retourneroit à
Saint-Martin, ce qu'il fit. Le roi avoit dit à M. de
Turenne : « Mandez au cardinal de Bouillon de
venir à Versailles le jour que j'y arriverai, et je
bi donnerai la charge tant souhaitée. » En effet,
elle étoit demandée par le cardinal d'Esté, par le
cardinal Rospigliosi, par l'évéque de Laon, qui
attendoit à tout moment le chapeau, en vertu de
la nomination de Portugal; par l'évéque d'Orléans,
par l'archevêque de Reims, et par l'archevêque dç
Tours, depuis cardinal de Bonzi. Le cardinal d^
Bouillon ne manqua pas au lever du roi; mais Sa
Majesté ne lui parla que de I9 nouvellç, qui venoit
d'arriver, que l'évéque de Laon étoit cardinal,
sans faire aucune mention de la grande aumônerie.
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176 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST
Quelques mois se passèrent sans qu'on en pariât.
Enfin, un matin que le hasard avoit fait que le
cardinal, au défaut des aumôniers, avoit fait la
prière du roi, Sa Majesté lui dit de la suivre dans
son cabinet, où elle lui dit qu'elle lui donnoit la
charge de grand aumônier, et qu'elle ne l'avoit
pas fait plus tôt afin de régler certaines choses sur
cette charge , comme d'en distraire les mala-
dreries, etc. « Mais, lui dit le roi en riant, je
vous laisse les Quinze-Vingts. » Le cardinal^ en
sortant du cabinet du roi, affecta un visage sérieux
pour tromper M. Le Tellier, qui Texaminoit, et
pour avoir le plaisir d'en porter la première nou-
velle à M. de Turenne.
Ce fut alors que monsieur l'évêque d'Orléans
et tous les Coaslin se déchaînèrent contre M. de
Turenne, qu'ils accusèrent d'avoir manqué à sa
parole, ce qui n'étoit pas vrai, sa bonne foi et sa
droiture l'ayant empêché de faire là-dessus aucune
sollicitation auprès du roi, et s'étant contenté de
savoir toute la suite de cette affaire.
J'ai déjà dit que le roi, à la sollicitation du Pape
et à la prière de M. de Turenne, avoit envoyé au
secours de la ville de Candie six mille hommes de
ses meilleures troupes, sous la conduite du duc de
Navailles. Plus de la moitié y étoient demeurés, et
le duc de Beaufort y avoit été tué. Le Pape ne se
rebutoit point, et sollicitoit un nouveau secours ;
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LIVRE X 177
et, pour ^obtenir plus facilement, il résolut enfin
de consoler le roi, et de témoigner à M. de
Turenne la joie qu'il avoit de sa conversion en
faisant le duc d'Albret cardinal, ce qu'il fit au
mois d'août 1669, au grand déplaisir de M. Le
Tellier, et encore plus de M. de Louvois. Ce
ministre, si habile dans les détails où sa prévoyance
n'oublioit rien, avoit toujours été mal avec M. de
Turenne, qui ne lui faisoit aucune part de ses en-
treprises; il prenoit des villes et gagnoit des ba«
tailles, et ne l'apprenoit que par la gazette. Le
roi étoit presque dans le même cas, et dit un jour
à un officier qui s'en retournoit à l'armée d'Alle-
magne ces célèbres paroles si dignes d'un bon roi :
a Dites à M. de Turenne que je voudrois bien
savoir quelquefois ce qu'il veut faire, j»
Le cardinal de Bouillon ne songea guère dans la
suite à regagner les bonnes grâces de M. de Lou-
vois ; il soutint vivement les intérêts du comte de
Marsan, jeune prince de la maison de Lorraine,
qui galantisoit la vieille duchesse d'Aumont, que
l'on croyoit riche à millions, et qu'il ne trouva pas
digne de son attachement. Ap^ès la mort de M. de
Turenne, il obtint pour le comte d'Auvergne, son
frère, la charge de colonel général de la cavalerie,
que ce ministre, pour lui faire dépit, voulott faire;
supprimer, comme celle d'infanterie Tavoit été
après la mort de M. d'Épernon; mais M. de
Mémoires de Choisy, II. 2 3
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lyS MÉMOIRES DE l'âBBÉ DE CHOIST
LoQvois se vengea bien. L'évéché de Liège étoit
vacant, et disputé entre le cardinal de Bouillon et
le prince Guillaume de Furstemberg et le prince
de Neubourg. Le cardinal avoit sept voix, le prince
de Neubourg neuf, et le prince Guillaume qua-
torze; mais le prince Guillaume étoit prêt à cé-
der ses voix au cardinal, lorsque N..., envoyé
extraordinaire du roi à Liège, déclara aux cha-
noines, par Tordre de M. de Louvois, que le roi
ne consentiroit jamais à l'élection du cardinal, et
qu'il aimoit mieux que ce fût un étranger. A ces
nouvelles, le Pape s'attribua, comme il ne manque
jamais de faire en pareilles occasions, toute l'auto-
rité de l'élection, et, ne voulant point le prince
Guillaume, qui étoit désagréable à l'Empereur, il
donna un bref d'éligibilité au prince de Neubourg,
qui fut reçu unanimement.
M. le cardinal de Bouillon, après avoir pris
congé du roi, pour aller au conclave, où fut élu
Odescalchi, dit Innocent XI, me demanda en ba*
dinant si je voulois venir à Rome être son con-
daviste; je lui dis que cela me feroit grand plai-
sir. « Je m'en vais partir dans deux heures, me
dit-il, mais vous me rattraperez bien. Allez en de-
mander la permission au roi, et les instructions du
ministre, et vous mettez dans la diligence de
Lyon : j'y serai encore dans six jours. » Cela fut
fait fort brusquement, et, en arrivant à deux lieues
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LIVRE X 179
de Lyon, je trouvai un carrosse de M.de Villeroi,
archevêque de Lyon, qui m'attendoit; et j'arrivai
que le cardinal étoit encore à table; je lui rendis
compte, après-dîner, de ce que j'avois fait à Saint-
Germain. Il me demanda si je savois l'italien, je
lui dis que non. « Et comment ferez-vous? me dit-
il, la plupart des cardinaux n'entendent point le
François. — Oh 1 Monseigneur, lui répondis-je, cela
ne m'embarrassera pas; nous ne serons à Rome
que dans quinze jours, et je m*en vais tâcher de
parler italien, bien ou mal. Je le saurai quand nous
arriverons à Rome. » Il se mit à rire, et dit : « Vous
ferez comme vous pourrez. » Et je le fis fort bien.
Je metiois partout des Vostra Signoria; le latin et le
françois apprennent bientôt un latin de cuisine, qui
suffit pour se faire entendre. Mais, quand nous fû-
mes entrés au conclave, je me trouvai fort décon-
certé. J'avois compté savoir toutes les négociations
les plus secrètes, et le cardinal de Bouillon ne me
disoit rien. Le cardinal de Retz étoit son ancien et
avoit seul le droit de parler. Heureusement le car-
dinal de Retz eut la goutte, et je lui allois tenir
compagnie dans sa chambre; il me demanda com-
ment je m'accommodois du conclave, a Fort mal.
Monseigneur, lui répondis-je ; je ne sais rien, les
valets du conclave en savent plus que moi. » Ce
bon cardinal avoit envie de me faire plaisir. Outre
l'ancienne amitié des Caumartin, mes parens, mon
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l8o MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
frère étoit intendant de Lorraine et de Commercy,
et lui rendoit tous les services qu^l pouvott. « Je
veux, me dit-il, vous prendre pour mon concla-
viste; le cardinal de Bouillon en sera bien aise, et
par ce moyen vous saurez tout, et serez le concla-
viste général des cardinaux françois. » Le lende-
main je fus installé dans le conseil des François ;
je fis toutes leurs dépêches. Ils étoient quatre :
Retz, Bouillon, d'Estrées et Bonzi; le cardinal
Maldachini étoit reçu parmi eux, quand il y vou-
loit venir; mais alors ils changeoient de discours,
sans jamais lui dire le secret. Les cardinaux de
Retz et de Bouillon avoient toujours quasi les
mêmes avis; les deux autres étoient d'avis con-
traires : d'Eslrées vouloit être chef de parti, et
Bonzi ne pensoit qu'à la fin du conclave pour s'en
retourner à Montpellier. La faction d'Espagne et
celle de l'Empereur étoient les plus fortes; elles
vouloient Odescalchi. Les cardinaux françois se sé-
parèrent, et résolurent d'écrire au roi leurs senti-
mens. Je fis leur dépêche l'un après l'autre. Retz
et Bouillon lui proposoient Grimaldi qui avoit
quatre-vingts ans, et qui auroit pour lui la faction
des Chigt, et tous les vieillards, dans l'espérance
de revenir à la passe. D'autre côté, les cardinaux
d'Estrées et Bonzi lui disoient nn bien infini
d'Odescalchi : qu'il avoit cinquante mille écus de
rente; qu'il soutageroit la Chambre apostolique;
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LIVRE X iBi
qu'il étoit homme de bien. Le roi en cette occa-
sion fit voir sa piété, et manda que, préférablement
à tout, il souhaitoit le bien de rÉglise, et qu'ils
concourussent à l'élection d'Odescalchi. Il fut élu
le même jour et proclamé le lendemain. M. le
cardinal de Bouillon m'envoya à neuf heures du
soir, heure indue, demander à Odescalchi une au-
dience secrète; il y alla, et fut une demi-heure
avec lui sans lui faire aucune proposition. Il n'étoit
pas homme à en recevoir. Quand le cardinal fut
sorti, je me jetai aux pieds d'Odescalchi en disant:
« Ho baciato il primo i pitdi di Vosira Santità, »
Il me répondit : « Non è ancora » , mais il me parut
qu'il n'étoit pas indifférent à cette nouvelle. Il a
toujours depuis ce temps-là suivi sa pointe « sans
oublier que la France lui avoit fait perdre six an«
nées de pontificat en lui donnant l'exclusion à la
dernière vacance. Il faut aussi un peu avouer que
l'Assemblée de 1 682 l'avoit poussé à bout. On a bien
voulu dire qu'il avoit envoyé de l'argent au prince
d'Orange , mais je n'en crois rien : la passion ne
mène pas si loin les plus gens de bien. Le cardinal
de Bouillon demeura encore six semaines à Rome
après le conclave, faisant une dépense effroyable.
11 avoit vingt-quatre pages et soixante valets de
pied, le soir, autour de sa chaise avec des flambeaux
de cire blanche, et vingt-huit carrosses de ses li-
vrées, dont il en envoyoit deux à chaque François
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l82 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST
de condition qui arrivoit à Rome. Il dépensa cent
mille ëcus en trois mois de temps. Le cardinal de
Retz fit bien une autre dépense quand il se sauva
<lu château de Nantes. Il craignoit d'être enlevé
par le cardinal Mazarin. Il prit pour valets de
pied trois cents soldats bien armés sous la mandille.
Je me garderai bien de vouloir défendre M. le
cardinal de Bouillon sur sa dernière escapade. Il
n'y a eu ni rime ni raison. Il écrit au roi comme
à son égal ; et, dans le temps qu'il étoit prêt de
rentrer en grâce, il va se jeter parmi les ennemis,
qui le reçurent en triomphe. Le prince Eugène
4ui fit des honneurs extraordinaires, mais cela ne
dura guère : car, s'étant aperçu qu'il ne lui étoit
bon à rien, il le laissa en Flandre sans lui marquer
aucune considération. Il s'en aperçut bientôt^ et
alla à Rome. Il s'y étoit fort signalé dans son der-
nier voyage. Cinq ou six vieux cardinaux l'avoient
laissé passer devant eux; il étoit devenu doyen,
avoit ouvert la porte sainte pendant la vacance du
Saint-Siège, et eut grande part à l'élection de
Clément XI. Ce Pape ne lui en témoigna pas
grande reconnoissance , et fît peu de pas pour le
raccommoder avec le roi, qui lui permit seulement
de revenir en France en exil, et de jouir de ses
bénéfices.
Cet exil dura dix ans assez doucement. Le car-
dinal alloit et venoit à La Claire , près de Lyon , à
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tIVRE X l8S
qn« maison près d'Orléans, et à une près de Rouen.
J'allois de temps en temps passer deux mois avec
lui. Il passoît ordinairement par Paris ; et enfin,
quand il eut pris sa dernière et funeste résolution,
il me manda de le venir trouver à Ormesson , me
fit beaucoup d'amitiés, ne voulut voir que moi de
tous ses amis de Paris , et me dit que le roi lui
avoit permis d'aller visiter ses abbayes de Flandre.
Je lui offris de le suivre à ce petit voyage : il me
dit qu'il vouloit aller seul, et que dans six semaines
je le vinsse trouver à Rouen. Il savoît bien qu'il
n'y seroit pas, et, jugeant bien que je n'approu-
verois pas un dessein si mal concerté, il ne voulut
pas m'y embarquer malgré moi. J'ai déjà dit qu'il
n'eut pas grande satisfaction en Flandre. Le Pape
le reçut à Rome assez froidement , et lui accorda
seulement sûreté de sa personne. Il n'avoit rien à
craindre du roi, qui ne songeoit pas à le faire ar-
rêter. Il en eût été embarrassé, et ne ressembloit
pas à Louis XI, qui tint le cardinal de La Balue
treize ans en prison.
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LIVRE XI
Mémoire ou histoire secrète des motifs qui ont
donné lieu au grand vizir Kara^-Mustapha d'en-
treprendre le siège de Vienne Fan i683.
E marquis de Béthune ' avoit tous les
talens d*un courtisan aimable : il étoit
vif, éloquent, laborieux; il écrivoit
avec une facilité merveilleuse , il étoit
bien fait; il avoit du courage et de l'ambition; il
étoit capable des vues les plus élevées; et, par le
mariage qu'il avoit fait avec M}^ d'Arquien, il se
trouvoit beau-frère de Jean Sobieski, devenu roi
de Pologne.
Ce Jean Sobieski avoit été envoyé jeune pour
I . François de Béthune, comte de Selles, dit le marquis
de Bithune. (A. £.)
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LIVRE XI l85
faire ses exercices en France ; et, dans les différens
degrés par lesquels il s'éieva à la dignité de grand
naréchal de Pologie, il conserva un attachement
pour la France que le roi entretenoit par quelques
•bienfaits : de sorte qu'en Pologne il étoit regardé
comme à la tête de la faction françoise que le roi
étoit bien aise de maintenir dans ce royaume. La
reine sa femme', qu'il aimoit, Tentretenoit dans le
goût naturel d'avoir plus de penchant pour la cour
de sa nation que pour les autres cours d'Allema-
gne, avec lesquelles ce prince auroit pu prendre
quelque engagement ; de sorte que, lorsqu'il fut
élevé à la couronne élective de Pologne, le roi ne
demanda pas mieux que de lui donner le cordon
de son ordre, que ce nouveau roi lui témoigna
sonhaiter; et comme, par les statuts que fit
Henri III, il faut que ce soit un chevalier qui fasse
la cérémonie de donner le collier, le roi fit une
promotion particulière du marquis de Béthune,
afin qu'en lui donnant l'ordre il eût l'honneur de
le porter, et de le donner au roi son beau-frère,
auprès duquel il fut envoyé en qualité d'ambassa-
deur extraordinaire. Le voyage qu'il y fit avec sa
femme, sœur de la reine, étoit dans le commence-
ment des troubles que Tékély fomentoit avec les
I. Mftrie-Casimire de La Grange d'Arquien, reine de
Pologne. (A. £.)
24
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l86 MEMOIRES DE L*ABBÉ DE CHOIST
roécontens de Hongrie; et le marquis de Béthune,
attentif à ce qui pouvoit faire son élévation et con-
tribuer au service du roi son maître, reçut une
instruction particulière d'engager son beau-frère à
soutenir autant qu'il pourroit les desseins et la fac-
tion de Tékély.
Quoique l'autorité des rois de Pologne soit
grande, elle ne laisse pas d'être bornée par les lois
du royaume, et le roi n'y peut faire la guerre sans
le consentement de la République, ni lever des
troupes que de concert avec ce qui compose le
corps de l'État; de sorte que toute l'inclination
que le roi de Pologne avoit de faire plaisir au roi,
et de contribuer à la fortune et aux avantages de
son beau-frère le marquis de Béthune, aboutit à
fermer les yeux sur la levée de quelques troupes
que le marquis de Béthune faisoit à ses dépens; et
ledit marquis, ayant pris des liaisons secrètes avec
le Tékély, devoit lui conduire et commander lui-
même un corps de dix mille hommes, avec lequel
il s'étoit engagé de joindre les mécontens de Hon-
grie.
Le roi de France fournissoit la dépense et l'en-
tretien de cette levée : c'étoit un coup mortel pour
l'Empereur que la jonction d'un corps aussi consi-
dérable. Quelques officiers françois passèrent en
Pologne. Cette levée se faisoit sans bruit, et avec
succès; ce n'étoit ni le roi ni la République qui
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LIVRE XI 187
augmentoient ces» troupes. L'assemblée, qui éloit
déjà de sept à huit mille homme bien payés, se
faisoit dans la starostie de Strick : cette starostie
étoit au roi de Pologne pendant qu'il n'étoit que
grand maréchal, et il en avoit conservé la posses-
sion depuis qu'il étoit roi.
Ce que l'on appelle en Pologne starostie est une
espèce de commanderie séculière qui forme le
gouvernement d'un canton, dont le roi donne le
commandement et les revenus; et c'étoit dans le
lieu de Strick et ses dépendances que s'assembloient
les troupes : ce que, par complaisance pour le roi
et le marquis de Béthune, Sa Majesté polonoise
faisoit semblant d'ignorer.
La reine avoit une extrême passion que son
père, le marquis d'Arquien, la pût voir dans la
splendeur du trône où sa bonne fortune l'avoit
conduite. Le marquis d'Arquien avoit la charge de
capitaine de la garde de Monsieur, frère unique
du roi; il avoit vécu dans un dérangement de ses
affaires qui les avoit infiniment délabrées. Sortir
de France sans payer ses dettes étoit une chose
quasi impossible et honteuse. Ses créanciers le
persécutoient; il n'y avoit de moyen que celui de
vendre sa charge secrètement, pour que, disposant
de tout le produit de la vente, il pût en payer les
créanciers les plus pressés, et garder quelque chose
pour faire son équipage et son voyage. Un profit
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l88 MÉMOIRES D£ l'aBBE DE CHOISY
considérable que le chevalier de^Liscouet fit au jeu
donna occasion à la proposition qu'il fit d'acheter
la moitié de sa charge, dont le prix fut fait à vingt
mille écus; et Monsieur, qui ne demandoit pas
mieux que d'augmenter le nombre des gens de
condition qui vouloient bien s'attacher à lui, don-
na l'agrément au chevalier de Liscouet pour la
moitié de cette charge, dont quelques années après
le marquis de Foix acheta l'autre pour autres vingt
mille écus.
La marquise de Béthune étoit naturellement
très intéressée : elle eut avis de la vente de la
charge de son père, et cette nouvelle réveilla en
elle les prétentions d'une dot mal payée, qui lui
avoit été promise en la mariant. Cette femme ne
laissoit pas d'avoir, par son esprit difficile, jaloux
et impérieux, une sorte d'autorité sur l'esprit du
marquis de Béthune, son mari. L'un et l'autre écri-
virent secrètement à l'évêque de Verdun, frère du
marquis, de représenter à Monsieur que c'étoit
leur ôter leur bien que de permettre au vieux
d'Arquien de toucher l'argent de sa charge; qu'il
le dissiperoit, ne pajeroit aucune dette de la mai-
son, et feroit perdre à la marquise de Béthune la
dot qui lui étoit promise par son mariage. Mon-
sieur défendit à Liscouet de payer les vingt mille
écus dont il vouloit voir l'emploi. Le bon homme
marquis d'Arquien eut beau se plaindre : l'évêque
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LIVRE XI 189
de Verdun avoit si bien instruit et prévenu Mon-
sieur que ce prince témoigna qu'il aimoit mieux
faire plaisir au marquis et à la marquise de Béthune
qu'à son ancien domestique, qui passoit pour être
grand dissipateur.
Le bon homme marquis d'Arquien, au déses-
poir, rendit compte à ia reine sa fille du nouvel
inconvénient qui Tempéchoit de partir. Le roi et
la reine de Pologne envoyèrent un matin chercher
le marquis de Béthune, et lui firent des reproches
de sa conduite. « La peste m'étouffe, dit le mar-
quis de Béthune, si j'ai jamais entendu parler de
cette affaire! Vous verrez, dit-il, que c'est ma
diable de femme qui aura fait à mon insu cette
tracasserie. Vos Majestés n'ignorent pas combien
tous les jours elle me tourmente par ses fureurs de
jalousie; et celle-ci est une rage d'intérêt que je
désavoue, et à laquelle je n'ai nulle part. »
Cette plainte de la mauvaise humeur de sa
femme étoit venue dans le temps d'un éclat
effroyable qu'elle venoit de faire : car, ayant su,
quelques jours auparavant, par des espions qui lui
rendoient compte de toutes les actions de son
mari, qu'il étoit entré le soir chez une femme dont
elle étoit jalouse, elle vint la nuit dans le logis où
elle savoit qu'il étoit, monta dans la chambre, où
le marquis de Béthune, averti de l'arrivée de sa
femme, ne put autre chose que de se cacher préci-
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190 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
pitamment sous le lit. Cette furieuse entra comme
une lionne, en disant à cette dame, qui étoit de
grande naissance : a Rends-moi mon mari, tu me
l'as débauché. » Et, faisant un bruit épouvantable,
elle chercha son mari dans le lit et de tous les
côtés. Ne le trouvant point, elle alla malheureuse-
ment s'aviser de regarder sous le lit : cette jalouse
femme, trouvant un pot de chambre plein d'urine,
le prit et le lui jeta au visage. Le pauvre marquis,
honteux, fît mille reproches sanglans à sa femme;
sa femme lui en fit mille autres, et à la dame de la
maison. Ce vacarme, comme je viens de le dire,
avoit précédé de quelques jours les plaintes du roi
et de la reine sur le procédé qui regardoit les vingt
mille écus; de sorte que le marquis de Béthune
n'eut pas de peine à persuader qu'il n'avoit aucune
part à la conduite de sa femme, et il fut conclu
qu'il remettroit à la reine une lettre par laquelle il
consentoit de tout son cœur que son beau-père
touchât l'argent de la vente de sa charge; et le roi
et la reine se chargèrent de déterminer M™* de
Béthune à la même chose. Cela ne fut pas difficile :
le marquis et la marquise de Béthune écrivirent
tout ce que le roi et la reine désirèrent. Cette
princesse, dans la passion qu'elle avoit de voir son
père, lui dépêcha un courrier qui porta non seule-
ment les susdites lettres, mais elle écrivit elle-même
à Monsieur, lui reprocha son injustice, le peu
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LIVRE XI 191
d'égards qu'il avoit pour elle et pour son père,
ajoutant que, s'il ne vouloit pas lui rendre justice,
elle ne pourroit pas s'empêcher de s'en plaindre
au roi; qu'elle espéroit qu'il la lui feroit rendre.
Le bon homme marquis d'Arquien rendit à
Monsieur la lettre de la reine sa fille, et deux jours
après lui remit les lettres du marquis et de la mar-
quise de Béthune, qui levoient toutes les difficultés
des vingt mille écus qu'il devoit toucher du che-
valier de Liscouet.
Monsieur étoit le meilleur prince du monde,
mais en même temps le plus foible, le plus facile
et le moins capable de garder un secret; il eût
même forcé son tempérament s'il eût perdu l'occa-
sion de faire une tracasserie, a Ne voyez-vous pas^
dit-il, bon homme, en parlant au marquis d'Ar-
quien, que l'on se moque de vous? » £t il lui fit
confidence non seulement que le marquis et la
marquise de Béthune avoient fait précéder le cour-
rier de la reine par un exprès, pour le prier de ne
rien faire de ce que contenoient les lettres que le
roi et la reine de Pologne avoient exigées d'eux,
mais de plus Monsieur lui montra l'original de la
lettre du marquis et de la marquise : et, sur ce que
le bon homme d'Arquien pressa Monsieur de lui
en remettre l'original. Monsieur lui permit d'en
prendre copie; après quoi Monsieur s'étendit sur
les plaintes qu'il fit de la reine, qui lui écrivoit.
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192 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY
disoit-il, d'une plaisante manière; que la fortune
qu'elle avoit d'être reine ne devoit pas l'empêcher
de connoître ce qu'elle étoit; qu'il trou voit fort
étrange qu'elle se méconnût au point de le mena-
cer; qu'il étoit le maître dans sa maison, et qu'in-
dépendamment du plaisir qu'il étoit bien aise de
faire à M. et à M^^^ de Béthune, il étoit encore
plus aise de trouver une occasion de chagriner la
reine de Pologne; et qu'il alloit réitérer les ordres
qu'il avoit donnés au chevalier de Liscouet de ne
remettre Targent de sa charge qu'aux créanciers du
marquis, ou à la marquise de Béthune.
L'étonnement du marquis d'Arquien fut grand;
mais celui du roi et de la reine de Pologne^ quand
ils surent, par le retour de leur courrier, ce qui
s'étoit passé entre le marquis d'Arquien et Mon-
sieur, et qu'ils eurent la copie de la lettre de
M. et de M"»* de Béthune, ne peut s'exprimer.
La reine principalement entra dans une fureur qu'il
faut être femme et offensée pour ressentir. « A
quoi tout cela sert-il, Madame? dit le roi. Il n'y a .
qu'un parti à prendre : c'est d'envoyer d'ici les .
vingt mille écus à votre père, le faire venir; et,
sans vous fâcher ni vous inquiéter davantage^ je ferai
couper le cou à monsieur l'ambassadeur de France
mon beau-frère^ si cela peut vous contenter, car
aussi bien la noirceur de son procédé le mérite. »
Quand les premiers mouvemens de colère furent
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LIVRE XI 193
passés, voici le parti que la reine prit : elle envoya
chercher le grand et le petit général de Pologne,
et leur dit qu'elle étoit surprise d'apprendre que,
contre les lois et les privilèges de la République,
ils levassent des troupes; qu'elle étoit informée
qu'il y avoit sept à huit mille hommes dans la
starostie de Strick; que cette levée ne pouvoit être
faite qu'avec quelque dessein de leur part contraire
au repos du royaume, et que cette conduite ca-
choit quelque mauvaise intention. Le grand et le
petit général ne manquèrent pas d'avouer que tout
ce qui s'étoit fait avoit été par un ordre tacite que
le roi leur avoit donné de favoriser cette levée,
dont ils dévoient feindre de n'avoir aucune con-
noissance. a Allez donc. Messieurs, leur dit la
reine, voir le roi : vous lui pourrez rendre compte
du reproche que je vous ai fait; et je ne doute pas
que Sa Majesté ne vous donne des ordres conve-
nables au repos de la République, et à la dignité
tie son règne. »
Le grand et le petit général virent en effet le
roi, et reçurent Tordre de lui d'aller eux-mêmes à
Strick licencier les troupes, vendre les chevaux,
congédier tous les François que le marquis de Bé-
thune avoit fait venir, et il leur enjoignit qu'il ne
fût plus question de cette levée, qu'il leur ordon*
noit de dissiper. Cependant la dépense que le
marquis de Béthune avoit faite se montoit déjà à
Mémoiret de Choby, II. 2$
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194 MÉMOIRES DE L'aBBÉ DE CHOISY
plus de huit cent mille francs. La France se trouva
offensée de ce licenciement des troupes, qui ren-
versoit les projets de Tékély : car, outre la perte
de l'argent, c'étoit encore renoncer à faire cette
grande diversion que Ton espéroit en Allemagne.
Le roi de Pologne de son côté se plaignit forte-
ment du procédé du marquis et de la marquise de
Béthune : Tun et l'autre furent rappelés; la femme
fut exilée dans une de ses terres de Touraîne,
nommée Selles ; le marquis eut permission de venir
conter ses raisons à la cour, rejetant tout son
malheur sur la mauvaise humeur et la conduite de
sa femme.
Le Tékélj ne fut pas sitôt averti de ce man-
quement de parole, et du renvoi des troupes qui le
dévoient joindre, que, dénué d'espoir et de se-
cours, ne se trouvant plus en état de se défendre
en Hongrie, il résolut de se rendre à Constanti-
Dople,, exhortant ceux de son parti à le soutenir
pendant son absence, qui ne seroit pas longue, et
les assurant qu'il alloit déterminer lui-même le
Grand Seigneur aux grands secours avec lesquels il
viendroit bientôt les retrouver.
Il avoit quelque accès auprès de la sultane, mère
de Mahomet IV, qui régnoit. Elle étoit russienne :
le Grand Seigneur, son fils, avoit beaucoup de
considération pour elle. Le Tékély entretint Ma-
homet, lui fit voir les facilités d'assiéger la capitale
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LIVRE XI 195
d'Allemagne; il eut de grandes conférences avec
le grand vizir Kara-Mustapha-Pacha, qu'il déter-
mina au traité qu'il fit avec lui, et au siège de
Vienne : de sorte que, par Tenchaînement des
circonstances, la mauvaise humeur, l'intérêt et les
caprices d'une femme rompirent le cou à la fortune
de son mari, à celle de sa maison, à l'heureuse
disposition que la fortune de sa sœur, reine de
Pologne, donnoit à son élévation ; et, par grada-
tion des mêmes circonstances, firent perdre au roi
la favorable conjoncture de faire faire en Allema-
gne une puissante diversion des forces de l'Empe-
reur, et donnèrent occasion à Mahomet IV et à son
grand vizir de mettre la chrétienté et l'Allemagne
dans les plus grands périls où elle ait jamais été :
tant il est vrai que les plus grands événemens ont
presque toujours pour principe des bagatelles, des
puérilités et des tracasseries de femmes.
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196 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
Mémoire sur ce qui donna lieu en 168 3 à Jean
Sobieski, roi de Pologne, de secourir Vienne
assiégée par les TurcSy et dont l'Empereur et toute
sa famille avoient été obligés de sortir; avec quel-
ques circonstances de l'entrevue de Sa Majesté
Impériale et de Sa Majesté Polonoise,
Jean Sobieski avoit, comme chacun sait, pen«
dant qu'il étoit grand maréchal de Pologne,
épousé une Françoise, fille du marquis d'Arquien,
qui depuis fut cardinal ; et il étoit naturel que cette
Françoise, devenue reine et ayant un extrême crédit
sur l'esprit du roi son mari, souhaitât en France
l'élévation de son père. La cour ne se trouva pas
disposée à lui accorder, dans le temps qu'elle le
demanda, la grâce de le faire duc.
Le roi de Pologne avoit fait une ligue avec
l'Empereur, et cette ligue portoit que, si la Polo-
gne étoit attaquée par les Turcs, l'Empereur en
personne, avec toutes ses forces, iroit secourir la
Pologne, comme aussi le roi de Pologne iroit en
personne secourir l'Empereur, si l'Empereur étoit
attaqué.
Le grand vizir Kara-Mustapha-Pacha, homme
ambitieux, s'étoit uni avec le Tékély, chef des
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LIVRE XI 197
mécontens de Hongrie ; il avoit promis audit Té-
kély ce royaume : de sorte qu'avec la plus formi-
dable armée des Turcs qui eût jamais paru en Eu-
rope, il entra en Hongrie.
Le roi de Pologne, suivant ses engagemens,
dépêcha un envoyé à l'Empereur pour lui dire qu'il
étoit prêt d'assembler toutes ses forces, qu'il
lui offroit dans un si pressant danger. L'Empereur
ne crut peut-être pas le péril si imminent, et n'étoit
pas bien aise d'attirer dans son pays un roi et des
forces aussi considérables que celles de Pologne;
Sa Majesté impériale reçut froidement des offres si
obligeantes. Le roi Jean, bien averti, s'en trouva
blessé, et dépêcha en France un courrier pour
avertir le roi que, si l'on vouloit faire son beau-
père duc, non seulement il ne secourroit pas l'Em-
pereur ni Vienne, qui étoit sur le point d'être
assiégée, mais qu'il offroit au roi d'unir ses forces
aux siennes pour faire en Allemagne toute la di-
version qui conviendroit au dessein que pourroit
avoir Sa Majesté, qui, de ?bn côté, avoit offert à
l'Empereur de faire passer des troupes en Allema-
gne pour le secourir, et qui en avoit été refusé dés-
obligeamment.
Cependant le grand vizir tout à coup se porta
sur Vienne, et obligea M. de Lorraine de jeter
habilement son infanterie dans l'île de Schultz.
L'Empereur fut obligé de sortir avec précipitation
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198 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
de Vienne; et certainement la dignité de l'Empe-
reur et de l'Empire céda à la frayeur qui obligea
ce prince d'abandonner sa capitale d'une manière
qui ressembla fort à une fuite honteuse. Ce fut
alors que l'ambassadeur de Sa Majesté polonoise
et le nonce Palavicini firent d'instantes prières au
roi Jean de sauver l'Empire et la chrétienté. Le roi
de Pologne ne leur donna que de foibles espéran-
ces. Le siège de Vienne étoit formé et pressé,
sans aucune apparence de secours.
Un jour que le roi de Pologne alloit à la messe,
le nonce du Pape et l'ambassadeur de l'Empereur
se jetèrent à ses pieds, criant à haute voix : « Au
nom de Dieu, Sire, sauvez la chrétienté et l'Em-
pire! » A la voix de ces deux ministres se joigni-
rent celles de leur suite et du peuple. Le roi Jean
répondit : « Allons à la messe prier Dieu, et nous
verrons ce que l'on pourra faire. » Il attendoit le
retour du courrier qu'il avoit dépêché en France,
dont il eut pour toute réponse des remercî-
mens de ses offres, et une négative de la grâce
qu'il avoit demandée pour le père de la reine. Ce
refus le piqua au point que, sans balancer, ce
prince envoya dire à l'ambassadeur de l'Empereur
qu'il secourroit Vienne, et que pour cela il parti-
roit le lendemain. L'ambassadeur lui répondit que,
comme c'étoit la meilleure nouvelle qu'il pouvoit
donner à son maître, il demandoit permission à
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LIVRE XI 199
Sa Majesté de l'aller porter lui-même, et il partit en
poste pour aller trouver l'Empereur, qui s'étoit
retiré à Lintz.
Sa Majesté polonoise dépêcha des courriers à
tous les palatinats, et à ceux qui commandoient ses
troupes réglées, pour marcher au rendez-vous qu'il
leur donna; et il monta lui-même à cheval le len-
demain pour s'y rendre. Quinze mille Polonois de
la plus belle cavalerie, et l'élite de la noblesse du
royaume, se trouvèrent au rendez-vous : le roi fit
lui-même le choix de quinze mille chevaux, et
renvoya le reste. Il ne perdit pas un moment pour
se mettre en marche, et envoya un courrier à Té-
kély, qui étoit resté avec trente mille mécontens
ou Turcs dans le royaume de Hongrie. Il lui man-
da qu'il lui donnoit sa parole de ne le point
inquiéter dans ses desseins, ni même dans la pos-
session des conquêtes qu'il feroit; mais qu'il exi-
geoit qu'il ne vînt point aussi le troubler dans
ses projets. Le Tékély le lui promit; ce qui étoit
absolument nécessaire. L'arrangement de ses vivres
et l'ordre de sa marche ne fut pas sitôt fait que
dans peu de jours, et sans obstacle, ce prince ar-
riva sur les hauteurs de Closterberg.
M. le duc de Lorraine, général des troupes de
l'Empereur, le vint trouver pour lui apprendre ce
qu'il savoit de la situation du camp des ennemis et
du siège. Il le remercia au nom de l'Empereur, et
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300 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
lui dit que non seulement sa présence et son se-
cours étoient nécessaires, mais que lui seul pouvoit
terminer une infinité de divisions et de difficultés
entre monsieur l'électeur de Bavière, qui n'avoit
que seize ans, et qui étoit venu joindre ses troupes
à celles de l'électeur de Saxe, qui, de son côté,
comme plus vieux, prétendoit le commandement;
que chaque prince particulier de l'Empire, qui avoit
amené pareillement ses troupes, avoit des préten-
tions d'indépendance; et qu'en un mot la présence
de Sa Majesté lèveroit tous les obstacles que la
différence de sentimens et d'intérêts, si contraire
à la cause commune, faisoit naître.
Quelques-uns des principaux de ces messieurs
vinrent les mêmes jours, sur les mêmes hauteurs
de Closterberg, faire la révérence au roi Jean, qui
s'avança avec eux jusqu'au lieu d'où l'on voyoit le
camp du grand vizir, l'armée turque, et les ouvra-
ges de la tranchée. Le roi, après avoir un peu re-
gardé avec sa lunette, dit : « Cet homme-là est mal
campé ; je le connois, c'est un ignorant présomp-
tueux. Nous n'aurons pas d'honneur à cette affaire,
par la facilité qu'il y aura d'y réussir; ces coquins-là
ne m'attendront point. » £t se tournant vers le duc
de Lorraine : « Monsieur, lui dit-il, prenez la peine
de faire commander seulement deux petites pièces
de canon, et qu'elles se trouvent demain à la
pointe du jour dans le même lieu où nous sommes.
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LIVRE XI 201
et je vous réponds que vous verrez un beau remue-
ménage. 7> En effet, à la pointe du jour du lende-
main, un peu après le lever du soleil, le roi, ayant
fait avancer les deux pièces de canon que M. de
Lorraine avoit fait monter, en fit tirer une sur la
grande tente du quartier du grand vizir; et, ayant
pris sa lunette, il dit : a Je le vois qui sort de sa
tente. » Et ayant ordonné que Ton tirât un second
coup dans le même lieu : « Je le vois, dit-il, qui
rentre » ; et ayant ordonné que Ton tirât sans
cesse : « Je le vois, continua-t-il, qui monte à
cheval, et beaucoup de désordre dans son quartier;
il n'y a pas un moment de temps à perdre pour
descendre. »
Alors, donnant ordre que Ton tirât toujours des
deux pièces, il fît passer devant lui la compagnie
des gardes de son fils Jacques, deux des siennes,
se mit à la tête du reste, et commanda que Ton
allât droit aux tentes du grand vizir, et que Ton
chargeât les troupes qui pouvoient faire quelque
résistance; ajoutant qu'il prétendoit se mettre en
bataille à mesure que ses troupes descendroient
dans la plaine qui étoit entre le pied de la monta-
gne et le quartier du grand vizir.
La résistance des premières gardes des Turcs
fut médiocre ; le quartier du grand vizir, avec ses
tentes, son bagage et ce qu'il n'avoit pas eu le
temps d'emporter, fut abandonné; on trouva dans
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202 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
la tente du grand vizir un Polonois les mains liées,
en état de recevoir la mort; et Ton sut bientôt
que c'étoit le chevalier de Trosky, envoyé de Sa
Majesté polonoise à la Porte, que le grand vizir
avoit mené avec lui pour lui servir, disoît-il,
d'otage de la conduite de son maître, l'ayant sou-
vent assuré qu'il lui feroit trancher la tête si les
Polonois se mettoient en campagne : et, quand le
roi avec sa lunette l'avoit vu rentrer dans ses tentes,
c'étoit pour donner l'ordre que l'on exécutât cet
envoyé. Il l'alloit être lorsque le canon, qui tiroit
toujours sur le quartier du grand vizir, l'obligea de
l'abandonner avec précipitation ; et ceux qui
avoient ordre d'exécuter le chevalier Trosky, voyant
leur maître parti, ne songèrent eux-mêmes qu'à se
sauver, et ne remplirent pas l'ordre qu'ils avoient
de lui couper la tête. L'on sut aussi qu'en montant
à cheval, le grand vizir avpit lui-même coupé la
tête de son autruche favorite, qui ne le quittoit
jamais, et qui couchoit dans sa chambre, parce que,
ne la pouvant emmener, il ne voulut pas qu'elle
tombât entre les mains de ses ennemis <.
Ceux qui du haut de la montagne défîloient
donnèrent avis au roi que l'on voyoit l'armée
I . Sobieski parie de cette circonstance dans la lettre qu'il
écrivit à la reine Marie-Casimire le i3 septembre i683.
(Voyez les Lettres de Sobieski, publiées par M. de Salvandy,
p. 63. Paris, Michaud, 1826.)
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LIVRE XI 203
turque qui se retiroil en diligence, mais en assez
bon ordre. Le roi s'avança sur les tranchées et tra-
vaux des ennemis, où il ne trouva rien que beau-
coup de canon abandonné, tout le camp des en-
nemis presque tendu pareillement abandonné, et
presque tous les bagages de l'armée à sa discré-
tion. Le premier soin de Sa Majesté fut de donner
des ordres très sévères que personne ne pillât; et,
ayant seulement fait avancer quelques gardes dans
le camp abandonné des ennemis, et leur arrière-
garde avec de grandes précautions, pour empêcher
le pillage et pour observer la marche des Turcs, ce
prince alla droit à la porte de la ville, où M. de
Staremberg le vint trouver avec une multitude de
peuple étonnante, au milieu desquels et des accla-
mations de Vive Jean, notre libérateur! il marcha ou
plutôt fut porté, avec des cris de joie et de louan-
ges, à la grande église Saint-Étienne, où il voulut
mettre pied à terre pour remercier Dieu d'une si
grande et glorieuse journée, si avantageuse à la
chrétienté.
Le roi s'avança de la même sorte, porté par
tons ceux qui vouloient en approcher, au pied du
grand autel, où il se prosterna, et demeura assez
longtemps dans cette posture de respect et d'hu-
milité; après quoi se relevant, et les acclamations
du peuple, le bruit et les fanfares des trompettes
faisant dans l'église une sorte de dévotion militaire,
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204 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY
quasi plus édifiante par son désordre que par l'ar-
rangement d'un Te Deum que l'on voulut chanter,
ce prince vit tant de larmes de joie aux yeux de
tous ceux qui le regardoient et qu'il regardoit»
qu'il ne put s'empêcher lui-même de fondre en
larmes ; il a avoué depuis qu'il avoit si bien ressenti
pour lors l'humanité que depuis ce moment-là et
pendant ceux qui le suivirent, c'est-à-dire non
seulement tant qu'il fut dans l'église, mais encore
quand il fut remonté à cheval, et qu'il traversa les
rues au milieu des acclamations de triomphe, long-
temps même après être sorti de la ville, il n'avoit
rien vu ni connu, tant l'excessive joie de tant de
gens délivrés s'étoit mêlée avec la sienne particu-
lière, et l'avoit mis hors d'état de ressentir aucune
autre chose, sinon qu'il étoit dans un désordre de
plaisir et de joie qu'il n'avoit jamais éprouvé.
Il se retira dans les tentes du grand vizir, qu'il
trouva toutes tendues. Il chargea M. le duc de
Lorraine de prendre quelque soin de l'ordre du
campement de l'armée, et de savoir au vrai la
marche que tenoient les Turcs, et la façon dont ils
faisoient leur retraite. Il dépêcha dans le moment
un courrier à la reine sa femme, qu'il avoit laissée à
Cracovie, et lui manda en peu de paroles le succès
de son voyage, la levée du siège, et qu'il pouvoit
l'assurer qu'elle ne lui reprocheroit pas ce que les
femmes des Tartares ont coutume de reprocher à
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LIVRE XI 2o5
leurs maris, quand lis reviennent à la maison les
mains vides après une expédition heureuse. Effec-
tivement, on a plutôt reproché à ce roi d'avoir eu
un peu trop d'attention à mettre et à faire mettre
à part pour lui tout ce qui se rencontra de riche,
de curieux et d'utile dans toutes les tentes du
grand vizir, qu'il trouva toutes pleines, et même
d'avoir fait ramasser avec avidité ce qu'il sut que
quelques particuliers avoient pris, malgré la défense
qu'il avoit faite de piller.
L'armée turque étoit si considérable que l'on
sut seulement qu'elle se retiroit en bon ordre du
côté de Barcan, où étoit son pont sur le Danube,
qui la séparoit de la ville de Gran; et, comme il
falloit quelque arrangement pour suivre avec ordre
une armée si supérieure, on convint que de deux
ou trois jours on ne se mettroit point en marche,
tant pour donner le loisir d'arriver aux troupes
qui venoient de plusieurs endroits, que pour raser
les tranchées et les ouvrages des Turcs; quelques
jours même de séjour étoient nécessaires pour
l'arrangement des vivres. Le lendemain donc de
cette grande journée de la levée du siège, le roi
se reposa ; mais le jour d'après, sans en rien dire,
ce prince, qui souhaitoit une action qui ne fût glo-
rieuse que pour lui et pour sa nation, donna
l'ordre que le lendemain matin ses quinze mille
t:hevaux se trouvassent prêts. Il tint son dessein
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2o6 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
si secret que MM. de Lorraine et de Bavière,
l'électeur de Saxe, ni aucun prince d'Allemagne,
n'en eurent pas la moindre notion; et quand au
matin M. de Lorraine voulut aller visiter le quar-
tier des Polonois, qui étoit séparé du sien, il n'eut
connoissance du roi ni de l'armée des Polonois
que par la piste de leur marche, qui alloit sur
celle du chemin que les Turcs avoient pris pour
se retirer. Sa Majesté polonoise avait cru, pour
ainsi dire, escamoter la gloire d'une action non
seulement à M. de Lorraine, mais à l'armée de
l'Empereur, et à tous les princes qui la compo-
soient.
Son ambition n'eut pas le fruit qu'il en espéroit :
ce prince trouva l'armée turque non seulement en
état de le recevoir, mais, l'ayant attaquée avec plus
de courage de sa part et de mépris pour eux qu'il
ne convenoit au petit nombre des Polonois qu'il
conduisoit, et le grand vizir ayant, suivant l'usage
de bataille des Turcs, élargi ses files en croissant
dans la plaine de Barcan, le roi de Pologne, loin
de pouvoir remporter aucun avantage sur les enne-
mis, fut presque enveloppé avec ses troupes, qui,
comme je l'ai dit, ne composoient que quinze
mille chevaux. Sa retraite fut précipitée; il fut
obligé lui-même de marcher en se retirant bien
plus vite qu'il n'eût voulu, et peu s'en fallut qu'il
n'y perdît la liberté ou la vie. Cette action témé-
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LIVRE XI 207
raire et malheureuse lui coûta plus de trois mille
Polonois.
Il trouva dans le désordre de sa retraite, en
approchant du camp d'où il étoit parti, M. de
Lorraine et tous les princes d'Allemagne, qui
venoient au petit pas par le même chemin savoir
des nouvelles de ce qui s'étoit passé. Le roi Jean
étoit le premier homme du monde pour avouer lui-
même ses fautes. « Messieurs, dit le roi en parlant
à M. de Lorraine, et à la plupart des généraux et
princes qui Taccompagnoient, j'ai été bien puni
de mon imprudence ; j'ai été bien battu. J'avoue
que j'ai voulu vous dérober une action dont je
désirois que moi et ma nation eussions seuls la
gloire; en un mot, je me suis attiré et j'ai bien
mérité le malheur qui vient de m'arriver. » Ce
prince remarqua assez que sa disgrâce n'avoit pas
trop déplu à ceux à qui il la contoit. Plus on le
plaignoit et l'excusoit, plus on l'aigrissoit. Enfin
ayant rejoint les tentes du grand vizir, où étoit
son quartier : « Que l'on me donne, dit-il, mon
lit ordinaire, et que l'on renouvelle seulement ma
paille. » Jamais ce prince ne se servoit à la guerre
d'autre lit que de tapis de Turquie, que l'on met-
toit à terre avec beaucoup de paille, sur laquelle il
couchoit.
M. de Lorraine entra dans sa tente dans le
temps qu'il se faisoit désarmer, et qu'on lui prépa-
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2o8 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
roit sa paille, c Sire, lui dit M. de Lorraine, Votre
Majesté veut-elle commander quelque chose? —
£h, morbleu! Monsieur, lui dit le roi, venez-vous
encore ici m'insulter? Ne suis-je pas assez puni,
sans que les yeux d'autrui soient encore témoins
de ma disgrâce par les questions qu'ils me peuvent
faire? Il est question d'avoir sa revanche : ne vou-
lez-vous pas que nous la prenions dès demain? »
M. de Lorraine lui répondit modestement qu'il ne
croyoit pas que l'on pût encore marcher le lende-
main. « Et quand donc? lui répliqua le roi. — Il
est aujourd'hui jeudi, lui répliqua M. de Lorraine,
et je ne crois pas que Votre Majesté puisse être
en état de marcher avant samedi. — Samedi, soit,
dit le roi; donnez vos ordres, et qu'on me laisse
dormir jusques à samedi matin. Je ne veux voir
personne; j'ai besoin de repos, et je ne trouverai
de consolation que dans la défaite des ennemis,
que Dieu nous prépare. »
Effectivement le roi ne vit aucune personne de
l'armée impériale jusqu'au samedi à la pointe du
jour, que l'armée se mit en marche. Sa Majesté
polonoise étoit à la tête de l'aile droite, compo-
sée de sa cavalerie polonoise, et de quelques-uns
des princes d'Allemagne. L'électeur de Bavière
commandoit le centre, et M. de Lorraine com-
mandoit la gauche, composée des troupes impé-
riales ; l'électeur de Saxe et les autres princes de
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LIVRE XI 209
l'Empire commandoient différens postes de la pre-
mière et de la seconde ligne. L'armée marcha sur
différentes colonnes et se mit en bataille à la vue
de l'armée turque; et, sans s'amuser à faire le détail
de ce combat, les Turcs furent battus. Le grand
vizir voulut sauver une partie de l'armée, en la fai-
sant passer sur son pont entre la petite ville de
Barcan et la ville de Gran, qui est de l'autre côté
du Danube. Le pont rompit, par le désordre de
ceux qui vouloient passer avec trop de précipita-
tion : une infinité de Turcs se noyèrent, et tout
ce qui resta en deçà du pont fut tué, ou pris pri-
sonnier. Le roi Jean donna dans cette action des
marques de valeur et de grand capitaine; l'électeur
de Bavière, tout jeune qu'il étoit, s'y distingua
fort; et le duc de Lorraine eut grande part au
succès de cette action par son courage et sa con-
duite. Presque tout le bagage des Turcs fut pris :
le roi demanda pour sa part de la victoire les sabres
et les chevaux, abandonnant les esclaves et le
reste du butin à ceux à qui M. de Lorraine le des-
tineroit.
Pendant toutes ces actions, l'Empereur, tran-
quille, revenoit de Lintz : il rentra dans sa capi-
tale ; et, comme s'il eût eu part à la peine que
l'on avoit prise pour son service, il trouva son
cœur si susceptible de jalousie de la gloire d'au-
tnii qu'à peine vouloit-il voir le roi de Pologne
Mémoireide Choisj, H. 27
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2IO MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
son libérateur. M. le duc de Lorraine scMiliaîtoit
que Sa Majesté impériale allât au-devant de Sa
Majesté polonoise, Tembrassàt, et la remerciât.
L'Empereur fit des difficultés sur ce qu'il n'y avoit
pas d'exemples dans le cérémonial qu'aucun roi
électif se fût trouvé avec l'Empereur. Le duc de
Lorraine faisoit tout de son mieux pour surmonter
ces difficultés dont il étoit honteux, et vouloit au
moins qu'après un service aussi considérable le roi
de Pologne se séparât content de l'Empereur.
Cela ne fut pas possible, et l'on convint enfin que
l'Empereur monteroit à cheval, et que l'entrevue
seferoitaucamp, en sorte qu'en s'abordant chacun
eût la droite.
Le roi de Pologne étoit armé, le bonnet à la
polonoise, avec une belle aigrette, une grosse perle
pendant du côté de l'aigrette, monté sur un des
plus beaux chevaux du monde, dont le harnois
étoit magnifique. Ce prince, avec l'air d'un con-
quérant, aborda l'Empereur, qui, vêtu très pauvre*
ment et monté de même, à peine ôta son chapeau,
n'eut jamais le courage de remercier le roi de
Pologne, ni de lui tenir aucun discours flatteur ni
qui témoignât la plus foible reconnoissance ; et le
peu que lui dit l'Empereur roula sur les services
que les Polonois avoient toujours reçus de l'amitié
et de la protection des Empereurs.
Enfin cette entrevue, qui se fît de la plus mau*
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LIVRE XI 211
vaise grâce du monde, finit par ces paroles que ie
roi de Pologne dit en se séparant de PEmpereur :
a Mon frère, je suis bien aise de vous avoir rendu
ce service. » £t, tournant la bride de son cheval
pour s'en aller, comme il aperçut le prince Jacques,
son fils aîné, qui n'avoit point fait la révérence à
l'Empereur, il retourna son bonnet sur la tête, et
présenta le prince Jacques, qui mit pied à terre et
salua l'Empereur, qui eut bien de la peine à porter
la main à son chapeau sans l'ôter, lui fit un petit
signe de tète, et ne lui dit pas un mot, quoique le
roi de Pologne, en le présentant, lui dît que c'étoit
un jeune prince <ju'il élevoit pour le service de la
chrétienté.
Cette occasion de présenter son fils fit naître
celle de présenter en même temps quelques palatins
des plus considérables. Un d'entre eux ayant mis
pied à terre et baisé la botte de l'Empereur, le roi
de Pologne s'avança, et, lui donnant un petit coup
de son fouet sur la fesse, lui dit : « Monsieur le pa-
latin, ne faites point de bassesse » ; en quittant ainsi
l'Empereur, il marcha à son quartier, d'où le lende-
main il reprit le chemin de son royaume, ne trou-
vant partout où il passoit, et où il eût dû recevoir
des honnêtetés de la part de Sa Majesté impériale,
qu'ingratitude, manquement de vivres, qu'il se fit
donner par force, et ordre dans tous les lieux de
son passage de se faire payer de tout ce qu'on lui
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212 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY
fourniroit. Il sut même que les blessés polonois
qu'il avoit fait mettre à Vienne pour être soignés
en avoient été chassés sans secours.
C'est ainsi que le plus grand et le plus important
service du monde fut payé; et, excepté de M. de
Lorraine et de l'électeur de Bavière, le roi de Po-
logne n'eut lieu d'être content d'aucune personne
de la cour de l'Empereur. Ce prince, de retour dans
son royaume, donna avis de son mécontentement
en France, et l'on n'y profita pas de ses bonnes
dispositions. Cent fois il a dit aux ambassadeurs de
France, et à tous ceux qui en pouvoient rendre
compte au roi : « Je me montre tel que je suis.
Ne sait-on pas que j'aime l'argent ? Si l'on m'en
eût un peu donné, j'aurois mis la couronne impé-
riale sur la tête du roi très chrétien. » La fatalité
ne l'a pas voulu, mais les conjonctures y pouvoient
être disposées.
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LIVRE XII
MADAME DE GUERCHEVILLE
[ NTOiNETTE de Pons , marquise de
^ Guercheville, étoit une des plus belles
femmes de son temps; mais la beauté
la rendit moins recommandable que
la vertu. Elle échappa à la plus sensible des tenta-
tions, aux soins empressés d'un roi, le plus galant
des rois. Henri le Grand sentit pour elle tout ce
que Testime et Tamitié peuvent inspirer de plus
tendre. Ses hommages n'étoient pas méprisables :
il étoit monté par sa valeur sur un trône qui lui
appartenoit par sa naissance, et que la fortune lui
disputa si longtemps. 11 eut de profonds respects
pour Mïne de Guercheville; il voulut lui faire des
présens; elle n'écouta rien, n'accepta rien; et, pour
lui ôter toute espérance, elle évita de le voir, et se
priva des plaisirs de la cour pour se conserver tout
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214 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOIST
entière à son honneur, a II ne faut pas, disoit-elle,
qu'une femme soit assez téméraire pour attendre
son ennemi ; elle succombera en présence : qu'elle
évite le combat, si elle veut être la plus forte. Il
est de certaines victoires qu'on ne remporte qu'en
fuyant. » Elle se confina dans ses maisons de cam-
pagne, et ne parla jamais au roi que malgré elle,
et toujours avec une fierté respectueuse qui le fai-
soit rentrer en lui-même. «Je ne suis peut-être pas
d'assez bonne maison, lui disoit-elle un jour, pour
être votre femme; et j'ai le cœur trop noble pour
être votre maîtresse ». »
Henri ne se rebuta point : accoutumé à vaincre
en toutes sortes de combats, la résistance de
M"»« de Guercheville l'irritoit, et ne le guérissoit
pas. Il prit des villes, il gagna des batailles; il
acquit une nouvelle gloire; il s'en crut plus aima-
ble : il recommença ses assiduités, et trouva les
mêmes respects et la même indifférence. Elle avoit
épousé en secondes noces M. de Liancourt, et
n'avoit point voulu quitter le nom de son premier
mari, par un scrupule peut-être trop affecté : la
duchesse de Beaufort avoit porté quelque temps
le nom de Liancourt, et ne Tavoit pas honoré par
I . Cette belle réponse a été aussi attribuée à Catherine
de Rohan, duchesse de Deux-Ponts. ( Voyez le Dictionnaire
de Bayle, au mot Catherine de Parthenay,)
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LIVRE XII 2l5
sa conduite. M. de Liancourt avoit une terre à dix
lieues de Paris, nommée La Roche-Guyon.
M»»® de Guercheville y demeuroit toute Tannée,
sous prétexte qu'aimant la dépense, elle y pouvoit
vivre plus magnifiquement qu'à Paris ou à Saint-
Germain. £n vain le roi lui avoit fait dire par ses
amies qu'elle étoit faite pour la cour : ces discours
flatteurs, loin de l'ébranler, l'affermissoient dans sa
résolution. Enfin ce prince s'avisa un jour, pour
dernière ressource, de faire une partie de chasse du
côté de La Roche-Guyon ; et, sur la fin de la jour-
née, s'étant séparé de la plupart de ses courtisans,
il envoya un gentilhomme à La Roche-Guyon de-
mander le couvert pour une nuit. M^^ de Guer-
cheville, sans s'embarrasser, répondit au gentil-
homme que le roi lui feroit beaucoup d'honneur,
et qu'elle le recevroit de son mieux. En effet, elle
donna ordre à un magnifique souper; on éclaira
toutes les fenêtres du château avec des torches
(c'étoit la mode en ce temps-là) ; elle se para de
ses plus beaux habits, se couvrit de perles (c'étoit
aussi la mode) ; et, lorsque le roi arriva à l'entrée
de la nuit, elle alla le recevoir à la porte de sa
maison, accompagnée de toutes ses femmes et de
quelques gentilshommes du voisinage. Des pages
portoientles torches devant elle. Le roi, transporté
de joie, la trouva plus belle que jamais : les om-
bres de la nuit, la lumière des flambeaux, les
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2l6 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CMOISY
diamans, la surprise d'un accueil si favorable et si
peu accoutumé, tout contribuoit à renouveler ses
anciennes blessures, a Que vois-^je, Madame? lui
dit ce monarque tremblant; est-ce bien vous, et
suis-je ce roi méprisé?» Mn»«de Guercheville l'in-
terrompit en le priant de monter dans son apparte-
ment pour se reposer. Il lui donna la main. Elle le
conduisit jusqu'à la porte de sa chambre, lui fit une
grande révérence, et se retira. Le roi ne s'en
étonna pas; il crut qu'elle vouloit aller donner
ordre à la fête qu'elle lui préparoit. Mais il fut
bien surpris quand on lui vint dire qu'elle étoit
descendue dans sa cour, et qu'elle avoit crié tout
haut : Qu'on attelle mon coche I comme pour aller
coucher hors de chez elle. Il descendit aussitôt, et
tout éperdu lui dit : « Quoi! Madame, je vous
chasserois de votre maison? — Sire, lui répondit-
elle d'un ton ferme, un roi doit être le maître par-
tout où il est; et, pour moi, je suis bien aise d'avoir
quelque pouvoir dans les lieux où je me trouve. »
Et, sans vouloir l'écouter davantage, elle monta
dans son coche, et alla coucher à deux lieues de
là chez une de ses amies. Le roi tenta la même
aventure une seconde fois, et M™* de Guercheville
y répondit de la même manière, toujours honnête,
polie, respectueuse, mais toujours sage. Une pa-
reille conduite désarma le roi ; et, ne voulant pas
laisser sans récompense une vertu si rare et si bien
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LIVRE XII 217
éprouvée, il l'envoya chercher lorsqu'il se maria,
et la mit auprès de la reine Marie de Médicis, en
lui disant : a Madame, je vous donne pour dame
d'honneur une véritable femme d'honneur. » Ainsi
ce prince, qui connoissoit le mérite, lui fit justice :
il jugea contre lui-même. L'estime et l'amitié pri-
rent la place d'une passion toujours condamnable
quand elle n'est pas réglée par la vertu ' .
MADEMOISELLE DE MONTPENSIER^
La grande Mademoiselle, dans sa jeunesse, avoit
pensé épouser l'Empereur, le roi d'Angleterre et
M. de Savoie. Son humeur impérieuse lui avoit
fait rompre tous ces mariages. Enfin, en 1660, elle
eut envie d'épouser le prince Charles de Lorraine :
elle lui donnoit tous les soirs des soupers et des
violons; on dansoit une partie de la nuit. Mais,
par malheur pour elle, M^ï« d'Orléans, sa sœur,
1 . L'abbé de Choisy parait être le premier écrivain qui
ait fait connaître cette anecdocte : il était à la source des
traditions sur le règne de Henri IV, dont sa mère avait pu
voir la fin. Il a seulement erre sur un point. M™» de Guer-
cheville n'était pas remariée à M. de Liancourt quand
Henri IV lui rendit visite à La Roche-Guyon : elle ne con-
tracta ce second mariage qu'au mois de février i 594. (A.E.)
a. Manuscrits de Choisy, tome I®', f» 2 58, r<».
28
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2l8 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
étoit de toutes ces fêtes, belle comme le jour à
seize ans ; Mademoiselle paroissoit sa grand'mère.
Le prince Charles en devint amoureux. La vieille
s*en aperçut bientôt, et rompit toutes les fêtes.
Mlle d'Orléans épousa le grand-duc, et le prince
Charles sortit de France. Mademoiselle songea
alors à épouser Monsieur, qui reçut la proposition
avec tant de mépris qu'enragée contre les grands
princes, il lui vint à l'esprit de faire la fortune d'un
seigneur françois qui la servît bien, et qui fût sou-
mis à toutes ses volontés. L'amour qui étoit entré
dans son cœur ne la laissoit pas en repos. M. de
Lauzun, capitaine des gardes, étoit alors en fa-
veur : il étoit petit, malpropre, de mauvaise mine;
mais son esprit, sa' vivacité, ses airs gascons, et
certaines qualités occultes, le faisoient aimer des
dames. Mademoiselle jeta les yeux sur lui. Sa nais-
sance étoit bonne, et l'amitié du roi lui donnoit
un grand relief. Jamais homme n'avoit si bien su
se plier à toutes les inclinations et fantaisies des
gens à qui il vouloit plaire. Son aventure avec
M»ne de Monaco avoit fait beaucoup de bruit; et
d'ailleurs, comme il étoit attaché particulièrement
à Mme de Montespan, alors la maîtresse régnante.
Mademoiselle pouvoit espérer par là que le roi ne
s'opposeroit pas à son dessein. Elle commença par
faire une confidence à M. de Lauzun. « Je suis
résolue, lui dit-elle, d'épouser un seigneur fran-
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LIVRE XII 219
çois : ma sœur vient d'épouser un prince lorrain à
qui les grands seigneurs de France ne le cèdent
point. Qu'en pensez-vous, Monsieur? — Ah!
Mademoiselle, s'écria Lauzun, Votre Altesse royale
voudroit-elle s'abaisser jusque-là? » Elle lui en
parla deux ou trois fois; et lui, s'apercevant, au
regard tendre de la princesse, qu'elle pensoit à
lui, l'en dissuadoit toujours; ce qui augmentoit sa
passion. Enfin, n'y pouvant plus tenir, elle lui dit
que le jeudi suivant elle lui apprendroit le nom de
celui qu'elle aimoit; et effectivement le jeudi au
soir elle lui montra un billet. « Son nom est là
dedans, lui dit-elle; mais je n'ai pas la force de
vous le donner : je suis trop honteuse. Il est de-
main vendredi, c'est un jour malheureux; mais je
vous le donnerai samedi. » Elle tint sa parole, et
lui donna un papier où il n'y avoit d'écrit que ce
mot : Lauzun» Il pensa se jeter à ses pieds, et la
remercia avec une passion qui étoit moins dans
son cœur que dans son esprit. Le lendemain elle
en parla au roi, qui lui dit : « Ma cousine, quelque
amitié que j'aie pour Lauzun, je ne saurois ap«
prouver un tel mariage ; mais vous avez quarante
ans, je ne m'oppose à rien. » La permission don-
née, quatre seigneurs de la cour (M. de Créqui et
M. de Montausier en étoient) allèrent faire en
forme la demande de Mademoiselle. Jamais affaire
n'a fait tant de bruit. Monsieur et M. le Duc
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220 MEMOIRES DE L ABBE DE CHOISY
s'emportèrent extrêmement, et en parlèrent au roi,
qui leur répondit froidement qu'il n'approuvoit
point, mais aussi qu'il n'empéchoit point. M. le
Prince, plus modéré, mérita que le roi le fît cacher
derrière une tapisserie pour être témoin de la
conversation qu'il vouloit avoir encore avec Ma-
demoiselle. Sa Majesté lui parla avec amitié, lui
représentant le tort qu'elle faisoit à la maison
royale. Ce furent paroles perdues : elle persista,
et retourna au Luxembourg préparer tout pour le
mariage. M. de Lauzun, de son côté, avoit offert
au roi un sacrifice entier. Enfin l'affaire eût été
bientôt consommée, si la vanité ne s'y étoit point
mêlée, Lauzun voulant être marié, comme s'il eût
été un souverain, dans la chapelle des Tuileries.
Le roi eut quelque peine à s'y résoudre; mais
enfin il y consentit. Le jour fut pris pour la céré-
monie après minuit. J'étois à six heures du soir
dans la chambre de Mademoiselle, qui nous dit de
la suivre dans une chambre voisine destinée pour
M. de Lauzun. Elle étoit meublée magnifique-
ment. « Ne trouvez-vous pas, nous dit-elle, qu'un
cadet de Gascogne sera assez bien logé? » Elle
venoit de lui faire une donation entre vifs du duché
de Montpensier et du comté d'Eu : les mariés dé-
voient en porter le nom. Elle vouloit aussi lui
donner la principauté de Dombes; mais Guilloire,
son intendant, avoit reculé tant qu'il avoit pu. Il
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LIVRE XII 221
étoit huit heures sonnées, lorsqu'un ordinaire de
chez le roi vint dire à Mademoiselle que Sa Ma-
jesté la demandoit. La vieille princesse de Cari-
gnan avoit l'après-dînée rendu une visite à Mn^^de
Montespan, et lui avoit fait entendre qu'elle seroit
perdue si ce mariage s'achevoit; qu'on la croyoit
amie de M. de Lauzun (comme cela étoit vrai);
que Monsieur et toute la maison royale ne le lui
pardonneroient jamais; que son temps passeroit,
et qu'alors elle se verroit exposée à de grands
malheurs. Persuadée par la manière simple et affec-
tueuse de la vieille Carignan (les menaces de
Monsieur et la fureur de M. le Duc n'avoient fait
que blanchir), elle alla trouver le roi, et le pressa si
tendrement de rompre ce mariage pour Tamour
d'elle qu'il envoya aussitôt chez Mademoiselle.
« Ma cousine, lui dit-il, j'ai eu tort de consentir à
un mariage si honteux pour vous et pour moi ;
mais, puisqu'il n'est pas fait, je vous défends d'y
penser jamais. » Elle se jeta à genoux, cria, pleu-
ra, et s'en retourna au Luxembourg à demi déses-
pérée. Nous étions dans sa chambre à neuf heures
du soir, attendant qu'elle revînt du Louvre. Deux
de ses valets de pied entrèrent dans sa chambre,
en disant tout haut : « Sortez vite par le degré. »
Tout le monde sortit en foule; mais je demeurai
des derniers, et vis la princesse venir du bout de
la salle des gardes comme une furie, échevelée, et
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222 MÉMOIRES DE l'aBBÉ OE CHOIST
menaçant des bras le ciel et la terre r cUe avoit
cassé par le chemin les glaces de son carrosse»
Cependant le roi envoya quérir M. de Lauzun, et
lui dit : « Je vous ferai si grand que vous n'aurez
pas sujet de regretter la fortune que je vous ôte.
Je vous fais, en attendant, duc et pair, et maréchal
de France. — Sire, interrompit Lauzun, vous avez
fait tant de ducs qu'on n'est plus honoré de l'être ;
et, pour le bâton de maréchal de France, Votre
Majesté pourra me le donner quand je l'aurai
mérité par mes services. » La réponse étoit fière ;
mais, quand M^^ de Montespan voulut lui parler
et s'excuser, il la traita comme la dernière des
créatures, ne lui épargnant pas les noms les plus
odieux. Elle en souffrit longtemps avec une pa-
tience admirable.
Le roi alla faire un voyage en Flandre; MM.de
Lauzun et de Guitry lui demandèrent la permission
d'aller faire un tour en Hollande : c'étoit huit
jours seulement avant que M. de Lauzun entrât
en quartier. Les courtisans raisonnèrent beaucoup
sur ce voyage et crurent que c'étoit un exil hon-
nête, et qu'enfin le roi n'avoit pu souffrir davan-
tage l'insolence avec laquelle Lauzun traitoit sa
maîtresse. Mais ils furent bien étonnés quand ils
virent arriver M. de Lauzun, qui prit le bâton le
premier jour de son quartier, au sortir de la messe
du roi. Dans le même moment, Guitry prit son
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LIVRE XII 223
temps pour faire attacher cinq ou six petits tableaux
des meilleurs maîtres dans le cabinet de M^^ de
Montespan, et, quand elle fut revenue de la messe,
il lui dit que M. de Lauzun les avoit achetés pour
elle à Amsterdam. Elle n'osa les refuser, et toute la
cour, qui les vit, crut qu'ils étoient raccommodés;
mais cela n'étoit pas, et Lauzun recommença ses
mauvais discours avec plus d'insolence que jamais.
Le roi, poussé à bout, lui laissa achever son quar-
tier, le fit arrêter et conduire à Pignerol.
On sait qu'après bien des années M^e de Mon-
tespan le fit revenir, à la prière de Mademoiselle,
qui fit une donation entre vifs à M. le duc du
Maine du comté d'Eu et de la principauté de
Dombes. Quelques gens ont écrit que M. de Lau-
zun n'avoit été renfermé que parce qu'il avoit
épousé Mademoiselle en secret, malgré les défen-
ses du roi; mais il n^j a pas d'apparence. Elle lui
donna à son retour le duché de Saint-Fargeau,
et pour vingt mille écus de rentes en fonds de
terre.
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224 MÉMOIRES DE l'aBBE DE CHOISY
LOUIS XIV
ET
MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE '
Le roi, dans le commencement de ses amours
avec Mlle de La Vallière, crut que pour lui plaire
il falloit faire des vers : c'étoit alors une des princi-
pales parties de la galanterie. Il fit quelques chan-
sons assez jolies, entre autres celle de M™* de
Brégis : Vous avez, belle Brégis, etc. Il voulut
aller jusqu'à l'élégie; et le matin, à son lever^ il en
donna une de sa façon à lire au maréchal de Gram-
mont. Le vieux maréchal, le plus flatteur des cour-
tisans, n'imagina jamais que le roi en pût être
Fauteur; et, la trouvant fort mauvaise, il s'écria :
« Qui diable a pu faire ces vers-là ? — C'est moi,
dit le roi en s'approchant de son oreille; mais je
n'en ferai plus » ; et depuis il s'adonna à la prose.
Mll« de La Vallière lui répondoit exactement ; elle
n^avoit autre chose à faire qu'à penser à son amant.
Il n*en étoit pas de même du roi; il vouloit gou-
verner un grand État. Un jour, dans le temps
qu'il alloit tenir conseil, il reçut une lettre de
Mlle de La Vallière. Il vouloit faire réponse, mais
1. Manuscrits de Choisy, tome I®"", f« 243, v<».
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LIVRE XII 225
il vouloit encore plus fortement donner des lois
à l'Europe. Il envoya chercher le marquis de Dan-
geau, dont il connoissoit Tesprit, et lui dit de faire
la réponse pendant le conseil. Elle fut faite promp-
tement, et envoyée à la demoiselle. Le roi trouva
cela fort commode : Dangeau lui faisoit tant de
lettres qu'il vouloit, et toutes les plus polies du
monde. La pauvre La Vallière, surchargée de tra-
vail, eut aussi recours à Dangeau, qui passoit tous
les soirs en quart avec elle, le roi et M^^« d'Arti-
^ny, qui a été depuis la comtesse Du Roure.
Dangeau en eût fait encore quatre fois autant. Il
faisoit les lettres et les réponses; et cela dura un
an, jusqu'à ce que La Vallière, dans une effusion
de cœur, avoua au roi, qui à son gré la louoit trop
sur son esprit, qu'elle en devoit la meilleure partie
à leur confident mutuel, dont ils admirèrent la
discrétion. Le roi, de son côté, lui avoua qu'il
s'étoit servi de la même invention. Ce petit com-
merce cessa : le mystère en faisoit l'agrément.
Mémoires de Choisy, II. 29
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226 MÉMOIRES DE l'aBBÉ DE CHOISY
SUR LE TESTAMENT DE CHARLES II
ROI D'ESPAGNE»
Charles II, roi d'Espagne, prévoyant qu'à sa
mort l'Europe seroit en guerre pour sa succession,
fit consulter toutes les universités d'Eçpagne, de
Flandre et d'Italie, sous des noms supposés, pour
savoir si la renonciation de sa sœur Marie-Thé-
rèse, reine de France, pouvoit faire tort à ses des-
cendans; et, comme on lui répondit que la renon-
ciation étoit nulle, il résolut de faire un testament
par lequel il feroit un des cadets de Monseigneur
le Dauphin son héritier, et par là rendroit justice,
et empêcheroit en même temps la réunion des
monarchies de France et d'Espagne. Il exila le
P. Froiland Dias, dominicain, et l'envoya à Va-
lence, avec ordre de passer à Rome pour en
parler au pape, sans rien faire soupçonner. Il avoit
envoyé le duc d'Uceda, ambassadeur extraordi-
naire, avec des instructions secrètes à ce sujet. Le
P. Froiland arriva à Rome, et aussitôt le duc
d'Uceda demanda hautement qu'il fût renvoyé au
lieu de son exil : mais il avoit déjà eu plusieurs
I. Manuscrit$ de Choisy, tome l**", f« 220, r*».
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LIVRE XII 227
conférences avec le pape. Sa Sainteté nomma pour
examiner cette grande affaire le cardinal Spada, qui
avoit des inclinations françoises; le cardinal Spi-
nola, qui les avoit autrichiennes; et le cardinal
Albano, qui a été depuis Clément XI, et qui pa-
roissoit neutre. Ils choisirent sept avocats consisto-
riaux, et, examinant l'affaire, sous le décret du
saint-office, pendant plusieurs mois, ils conclurent
enfin que le roi d'Espagne devoit en conscience
faire le testament projeté. Je sais ces particularités
du maréchal de Tessé et de l'abbé de Polignac.
Le pape voulut aussi avoir l'avis du grand-duc,
qui, sur le prétexte de l'année sainte, vint à Rome,
et fut de l'avis des jurisconsultes. Alors Sa Sainteté
écrivit au roi d'Espagne qu'il étoit obligé en con-
science à rendre justice par son testament à ses
héritiers légitimes. On sait assez la suite de cette
affaire.
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TABLE ANALYTIQUE
DES MÉMOIRES
TOME PREMIER
LivM PRiMiERr — Exposé des principes de l'auteur,
p. 7. — Son mot au duc de Bourgogne enfant, p. 8. —
Ayis de M. le duc de Beauvilliers sur l'utilité de ses his-
toires, p. 8. — Le duc de Bourgogne a lu quatre fois son
Histoire de Charles V, p. 9. — Exposé du plan de fau-
teur, p. 9. — Ne veut pas marcher sur les brisées de
MM. Racine et Despréaux, p. 10. — Courage déployé par
Louis XIV à la tranchée de Lille, p. 10. — Mot du duc
de Charost à ce propos, p. 11. — Autre mot du duc de
Charost, p. 1 1 . — M. de Turenne s'oppose énergique-
ment à ce que le roi continue de s'exposer, p. 12. —
Choisy déclare qu'il gardera son manuscrit pendant sa yie
dans l'obscurité de son cabinet, p. 12. — Politique mater-
nelle de M"« de Choisy, p. 1 3 . — Faveur à la cour de
M"« de Choisy, p. 14. — Choisy, en écrivant la vie du
roi, écrira aussi la sienne, p. 14. — Mot d'une dame sur
cette vie, p. 1 5. — Caractère du roi, p. 1 5. — Le cardinal de
Bouillon est l'ami de l'abbé de Choisy, p. 16. — M"»® de
Choisy attache son fils à la fortune du duc d'Albret, futur
cardinal de Bouillon, p. 17. — Comment le duc d'Albret,
plus tard cardinal de Bouillon, fut fait cardinal, p. 17 i
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23o TABLE ANALYTIQUE
20. — L'abbé de Choisy a été son conclaviste à Texalta-
tion du pape Innocent XI, et de tout temps son confident et
son ami, p. 20. — Quels personnages il a interrogés pour
composer ses Mémoires : M. le Prince, M. de Turenne,
M. de Croissy, M. de Pomponne, M. de Pontchar-
train, p. 21. — Rendra justice à Louis XIV, quoiqu'il
n*ait jamais eu sa faveur, p. 22. — Mots heureux de
Louis XIV, p. 22, 23, 24, 25, 26. — Deux fautes considé-
rables et irréparables du roi, p. 26. — L'abbé de Choisy
assiste au passage du Rhin, p. 27-28. — Mort de M. de
Longueville, p. 29. — La seconde faute du roi, p. 3o. —
L'abbé n'a pas d'ennemis, p. 3i. — Se fera lire ses Mé-
moires, quand il sera vieux, p. 3 1 . — Comment il s'y
prend pour écrire ses Mémoires, p. 32-3 3. — Trait de
l'histoire du maréchal d'Ancre, p. 34-36. — Aventure qui
fit la fortune du grand-père de l'abbé de Choisy, p. 36. —
Jeunesse et éducation de Louis XIV. A toujours conservé
du respect pour la religion, p. 37 à 39. -— Débuts de
Mazarin, p. 40-42. — Le cardinal de Richelieu, p. 42-44.
— Mazarin prend la place de Richelieu, mais gouverne par
des moyens tout différents, p. 44. — Comment il se décida
à faire arrêter les princes, p. 45 à 5a. — Le cardinal de
Retz. Son caractère, p. 53. — Un mot de M. de Morle-
jnart, p. 54. — Genre de vie des princes à Vincennes,
p. 5 5. — Le cardinal de Retz est mis à son tour à Vin-
cennes, p. 57.
Livre II. — Le cardinal Mazarin, instruit par l'expé-
rience de son premier exil, s'occupe de faire sa fortune,
.p. 59. — Ses conseils au roi, p. 60. — Ses façons de
gouverner, p. 61. — Profonde dissimulation du roi, p. 62,
f-— Le cardinal établit magnifiquement sa famille, p. 63. —
Il aurait pu faire, deux ans plus tôt, le traité des Pyrénées,
p. 64. — Comment il rompit le mariage de Savoie pour
îaire épouser à Louis XIV Tinfante d'Espagne, p. 66. — 11
se sacrifie au bien de TEtat. Amours de Louis XIV et de
Marie Mancini, p. 66-67. — Conjectures sur la conduite
^u cardinal en cette occasion, p, 68. . — Le cardinal, corn-
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DES MEMOIRES 261
mence à instruire le rot un an avant sa mort, p. 69. — His-
toire du testament de Mazarin, p. 70-74. — Derniers jours
du cardinal, p. 75-76. — Entrevue du cardinal et de M. de
Turenne, p. 77. — Belle conduite de M. de Coligny, p. 79.
. — Excentricités du duc de Mazarin, p. 80. — Il trouve
moyen de se ruiner, p. 81. — Mazarin meurt moins en
chrétien qu'en philosophe, p. 81. — Il avait songé à se
faire pape, p. 82. — Vue du théâtre des affaires et des
principaux acteurs à la mort de Mazarin, p. 83-84. —
Portraits de Fouquet, de Le Tellier, de Lionne et de Col-
bert, p. 85-97. — Mot de Louis XIV au maréchal de Gram-
mont à la mort du cardinal, p. 97. — Premier conseil tenu
par le roi ; il dure trois jours, p. 98-99. — Le roi déclare
prendre en mains le gouvernement, p. 190. — Colbert
entre au conseil des finances, p. ici. — M. de Brienne,
p. io2-io5. — Injustice faite au père de Tabbé de Cboisy,
p. 104. — Ses services, p. io5. — Danger de s'attacher
aux princes, p. io5. — - Places et préséances au conseil,
p. 106. — Faveur de Colbert, p. 107. — Les Brisacier,
p. 108. — Querelle entre Fouquet et son frère l'abbé Fou-
quet, p. 109. — Le roi exécute les dernières volontés de
Mazarin. Les évêchés, p. 109. — Crédit du P. Ferrier,
p. 1 10-11 I.
Livre (II. — Le roi songe à pratiquer tout de bon let
leçons du cardinal, p. n 3. — H presse Fouquet de l'éclairer
sur le véritable état des finances, p. 114. — Reconnaissant
qu'il est trompé, il se détermine à perdre Fouquet et en
concerte les moyens avec Colbert, p. 11 5. — Conseil de
conscience. Le P. Annat, p. 11 5. — Mariage de Marie
Mancini avec le connétable Colonne, p. 116. — Mariage
de Monsieur avec Anne-Henriette d'Angleterre, p. 117. —
Mariage de M*^® d'Orléans avec le prince de Toscane,
p. 117. — Le roi reçoit l'hommage du duc de Lorraine
pour le duché de Bar, p. 1 18. — Le roi figure le Printemps
au ballet des Saisons, p. 119. — Portrait de M"« de La
Vallière, p. 120. — Le duc de Saint-Aignan , p. 121. —
Lu|li, p. 122. — Négociations du roi en Espagne et en
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232 TABLE ANALYTIQUE
Angleterre, p. iiS. — Mort du duc d'Epernon, p. 114.
— Anecdotes sur Henri IV et M. de Bellegarde, p. 13 5.
— Les favoris, p. 126. — Met de M. de Sancy à Henri IV
sur son dessein d'épouser la duchesse de Beaufort, p. 127.
— Comment Henri IV caractérise ses ministres, p. 128. —
Henri IV et le colonel Tische, p. 1 29. — Un mol de l'in-
tendant Colbert du Terron, p. 129. — Le roi songe tou-
jours à se défaire de Fouquet, p. i 3o. — - Comment Col-
bert amène Fouquet i se défaire de sa charge de procureur
général au parlement, p. 1 3 1-1 34. — Voyage du roi i
Vaux, p. i35. — La devise de Fouquet, p. i36. — Pré-
ludes de sa disgrftce, p. 137. — Voyage du roi à Nantes,
p. 137-139. — Arrestation de Fouquet, p. 140-14$. •—
M"»« Du Plessis-Bellière, p. 146. — M™« Fouquet, la mère,
p. 147. — Le marquis de Gesvres. Le maréchal de Villeroi,
chef du conseil des finances, p. 148. -— Billet intercepté
de Fouquet, p. 149. — Le roi est infatigable, p. 1 5o. —
Composition du conseil des finances, p. i 5 1 .
Livre IV. — Rapports de Louis XIV avec les puissances,
p. i52. — Etat de la Suède sous Charles XI, p. 15 3. —
Négociations relatives à la Pologne, p. i55. — Le comte
de Toti, p. 1 55. — Le Danemark, p. i 56-i 58. — Renou-
vellement de la ferme du tabac, p. i58. — Querelle du
baron de Watteville, ambassadeur d'Espagne , et du comte
d'Estrades, ambassadeur de France en Angleterre, p. 159-
160. — Le roi Charles II, p. i6i-i62. — - Naissance du
Dauphin. Réjouissances populaires, p. 163-164. — Com-
ment les secrétaires d'Etat ont signé pour le roi, p. i65. —
Chambre de justice, p. 166.
Livre V. — Le journal du marquis de Dangeau, p. 167,
— Usage qu'en fait l'abbé de Choisy, p. 168-169. — Paix
de Nimègue. Apogée de la puissance et de la gloire du roi,
p. 170. — Le prince d'Orange, p. 171-173. — Prélimi-
naires de la révocation de l'édit de Nantes, p. 174-176. —
Sa signature, 177. — Mort de Le Tellier, p. 177. —
Anecdote sur le duc et la duchesse de Guise, p. 178-179.
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PSS MÉMOIRES 2B3
— Le chancelier Boucberat, p. 179. — Bontemps, p. 180.
— Fête à Marly, p. 181. — Persécution des huguenots.
Exceptions, p. 182. — Le roi Jacques II, p. 1 83 184. —
Maladie du roi, p. i85. — Crédit du P. de La Chaise,
p. i85. — Les Barbets, p. 186. — Le duc de Chartres,
p. 188. — Mort du comte de Coligny, p. 189. — Mort
du premier président de Nicolaï, p. 189-190.
Livre VI. — Trois grands mariages : de M^^® de Murcé,
de M"® de Lowenstein et de M^^® de Rambures, p. 191.
— M*i° de Murcé, p. 192. — M™° de Lowenstein, p. 193-
196. — M"° de Rambures, p. 196. — Le maréchal de
La Feuillade et la statue du roi, place des Victoires , p. 196-
198. — Faveur du duc de La RocheFoucauld , p. 199. —
Le contrôleur général Le Pelletier, p. 199-200. — M. de
Pontchartrain, p. 201. — Le quiétisme, p. 202-204. —
Voyage de Barèges. M°^^ de Maintenon. Sa faveur aug-
mente, undis que celle de M°^° de Montespan décline,
p. 204-208. — Le comte de Tessé et les princes de Conti,
p. 209. — Carrousel de Versailles, p. 210-2 11. — Pro-
motion du Saint-Esprit, p. 212. — Fondation de la maison
de Saint-Cyr, p. 213-214. — ^^ ^^^ accorde à M. le Duc
les grandes entrées, p. 21 5. — La machine de Marly,
p. 216. — Profit que tire le prince d'Orange de la révo-
cation de redit de Nantes, p. 216-217. — L'affaire de
Siam. Comment Tabbé de Choisy se fait adjoindre à la
mission du chevalier de Chaumont, p. 217-220. — His-
toires de sorciers, p. 221-223. — La comtesse de Soissons,
p. 224. — Comment Pabbé de Choisy gagne la confiance
du chevalier de Chaumont, p. 2 2 5. -^ Il prépare une ha-
rangue d'en cas à prononcer devant le roi de Siam. Texte
de cette harangue, 226 à 23o.— • Désillusions de l'arrivée,
p. 2 3o. — Négociation confisquée par le P. Tachard, p. 2 3 1 .
— M. Constance, p. 23 1. — Retour en France. Disgrâce
du cardinal de Bouillon, p. 2.32. — Scènes de cour, p. 2 33.
— Audience du roi, p. 2 33. — Disgrâce passagère de
Fabbé. Son retour en grâce, p. 234-235. — Arrivée à
J^ari^de^ ambassadeurs de Siam, p. 2 36. — Leurs prés^ts,
3o
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234 TABLE ANALYTIQ^UE
p. 237. — Railleries de M. de touvois» p. 2 $7. — 11
n'aime pas Pabbé. Pourquoi, p. 237. — Histoire du pre-
mier ambassadeur. Il devient premier ministre et fait scier
en deux son protecteur, M. Constance, p. 2 38. — Sa ha-
rangue de congé au roi. Ses collaborateurs, p. 2 38. —
Texte de la harangue, p. 238-241. — Harangues au duc
de Bourgogne et au duc de Berry, p. 241-242. — Te
Deum à Notre-Dame pour la naissance du duc de Berry.
Querelles d'étiquette. Bal à l'Hôtel dp ville, où les ambas-
sadeurs de Siam refusent d'aller par scrupule de courtoisie,
p. 245.
TOME SECOND
Livre VII. — Conflit et raccommodement avec l'Es-
pagne, p. 3-4. — Le duc de Noailles, p. 4-5. — Voyage
du roi à Maintenon. Dégoûts donnés à M™« de Montespan,
p. 5. — Mariage de son fils le marquis d'Antin, p. 5-6.
— Ligue d'Âugsbourg, p. 7. — Menées du prince d'O-
range, p. 8, — Le roi fortifie ses frontières. Sarrelouis.
L'ingénieur Choisy, parent de l'abbé, p. 9-10. — Fièvre
du roi guérie par le quinquina, p. 11. — Procès du mar-
quis d'Ambre. Voyages de Marly. Dépit et railleries de
M"*® de Montespan. La princesse de Conti disgraciée et par-
donnée, p. 12-1 3. — Succession de l'Electrice mère de
Madame, p. i3. — Voyage de Fontainebleau. La faveur
de M"*® de Maintenon est déclarée, p. 14. — Mariage de
M^^® deThéobon, p. 14-1$. — Le roi renonce à la comédie.
L'abbé de Quincé refuse l'évêché de Poitiers, p. i5, — Le
cardinal Le Camus, évêque de Grenoble, p. 16. — Le roi
le punit de son impatience, p. 16. — Le nonce Ranuzzi
en use mieux et est mieux traité, p. 16-17. — Histoire de
la grande opération faite au roi, p. 17-22. — Rentrée en
grâce du prince de Conti. Mort de M. le Prince en héros
chrétien, p. 23-24. — Sa dernière lettre au roi, p. 24*
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DES MÉMOIRES 235
— Funérailles à Notre-Dame, p. 2 5. -— Courtisanerie du
duc de Duras, p. 2 5. — Mot pratique de M"**' de Choisy,
mère de Pabbé. Le gros de l'arbre, p. 26. — Etat de
l'Europe, p. 26. — ÛEmpereur, p. 26. — Les Vénitiens,
p. 27. — Le roi d'Angleterre, p. 27. — Mort de Lou-
vois, p. 28-29. — Le roi, après la mort de la reine et de
^ue de Fontanges, songe à son salut, p. 29. — Triomphe
de M™^ de Maintenon. Mariage secret, p. 3o-3i. — Le
roi regrette médiocrement Louvois. Aveu caractéristique,
p. 32. — Louvois un jour bon courtisan, p. 33. — Le
bâton de maréchal de M. de Vivonne et de M. d'Aubigné,
frère de M™° de Maintenon, p. 3 3-34. — Le maréchal de
Tessé, p. 34. — Déclin de la faveur de M^^® de La Val-
4ière. M^^e de Fontanges, p. 34-3 5.
Livre VUI. — Souvenirs sur Daniel de Cosnac, évèque
de Valence, puis archevêque d*Aix, racontés par Tabbé de
Choisy, d'après leurs conversations. Ses débuts, p. 36-37.
— Il s'attache au prince de Conti, p. 37. — 11 fait à
vingt-deux ans la paix de Bordeaux. Ce qui le fait remar-
quer du cardinal Mazarin, p. 38. — M. de Guilleragues.
L'abbé de Roquette, p. 39. — Cet abbé de Roquette a
servi de type au Tartufe, p. 40. — Mariage du prince de
Conti avec la nièce du cardinal Mazarin, p. 41. — Le
prince de Conti obtient le commandement de l'armée de la
Catalogne, p. 42. — Il veut faire ses preuves dans un
duel, p. 42. — Il choisit pour adversaire le duc d'York.
Cette fantaisie fait la fortune de Villars, p. 43. — L'abbé
de Cosnac sollicite l'évêché de Valence, p. 44. — Cabales
contre lui de l'abbé de Roquette, de MM. de Villars et de
Vardes, p. 44. — Comment il fait agir la princesse de Conti,
p. 45. — Comment il est fait évêque, p. 46. — Curieuse
entrevue avec l'archevêque de Paris pour être fait prêtre
par lui, le cardinal Mazarin l'ayant fait évêque, p. 47. —
Intrigues et cabales de MM. de Villars et de Vardes, p- 47.
^— Comment l'évêque de Valence se venge de ce dernier,
■p. 48, 49, 5o. — L'évêque de V^alence se décide à quitter
Je prince de Conti. Moyen qu'il emploie, p. 5i. — Il part
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236 TABLE ANALYTIQ^OE '
sur un piquant jeu de mots, p. bi. — 11 devient premier
aumônier de Monsieur, frère du roi Louis XIV. Ce qui le
décide, p. 53-54. — Son entrevue à Grenoble avec le duc
de Caudale. Excuses épigrammatiques , p. 54-55. — Son
procédé pour éviter d'être dénoncé au cardinal Mazarin
qu*il a raillé, p. 56. — Mariage de Monsieur avec Hen-
riette d'Angleterre. Portrait de cette princesse, p. 57. — Le
chevalier de Lorraine, favori de Monsieur, p. 58. — Ce
prince demande le gouvernement de Languedoc, vacant par
la mort du prince de Conti, p. 58. — Comment le roi
reçoit i'évèque de Valence chargé de Tambassade, p. 59.
— Madame, jalouse de M^^<^ de La Vallière, essaye de la
faire supplanter par M"*« de Monaco, p. 60. — Rendez-
vous nocturne contrarié par M. de Lauzun, p. 61. — Com-
ment le roi apprend à qui il doit ce méchant tour, p. 6 1 .
— Faveur du chevalier de Lorraine, p. 62. — Chagrin
qu'en a Madame. Le chevalier de Rohan insulte le che-
valier de Lorraine pour faire sa cour à Madame, p. 62-63.
— Impression en Hollande d*un libelle contre Madame :
Les Amours du Palais-Royal. Louvois remet ce petit livre
au roi, qui en informe Madame, p. 63. — Service que lui
rend à cette occasion Tévèque de Valence, p. 64, 65, 66. —
Campagne de Flandre. L'évèque de Valence excite Tambi-
tion et rémulation de Monsieur, p. 67. — Monsieur se
montre à la tranchée et répand de l'argent aux troupes,
p. 68. — 11 est rabroué par le roi, p. 69. — Le duc de
Monmouth à la cour de France, p. 70. — Sa familiarité
avec Madame donne prétexte aux ombrages de Monsieur.
Le chevalier de Lorraine est exilé, p. 71. — L'évêque de
Valence raille Monsieur, qui trahit son donneur de conseils
auprès du roi, p. 72. — Monsieur prend Tévêque de Va-
lence en aversion. L'évéque de Valence traite de sa charge
avec Tabbé de Tressan et se retire, p. 73. — 11 se venge de
sa disgrâce par des mots piquants, p. 73-77. — 11 est exilé
de la cour, p. 78. — Négociations avec P Angleterre du roi
résolu à faire la guerre à la Hollande, p. 79. — Louvois
est exclu de la négociation , confiée à Madame, p. 8o. —
Seul M. de Turenne est mis dans le secret, p. 80. — Madame,
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DES MÉMOIRES 287
désireuse de prendre les conseils de Tévéque de Valence,
Tinvite à rompre secrètement son exil , pour venir conférer
avec elle, p. 81. — La reine d'Angleterre, mère de Ma-
dame, meurt à Colombes, p. 82. — Insistance de Madame.
L*évèque de Valence se décide au voyage, p. 83. -:- H
tombe malade à Gien, p. 84. — 11 vient se cacher et se
faire soigner à Paris, p. 85. -—Le mal empirant, l'évêque
brûle certains de ses papiers et charge son neveu de re-
mettre à Madame, au cas de sa mort, les autres papiers
contenus dans un portefeuille placé entre les deux matelas
de son lit de repos, p. 85. — Visite inopinée de l'exempt
Des Graîs et de ses archers, p. 86. — Il est arrêté comme
faux monnayeur, p. 86. — Il est obligé de dévoiler son
incognitOt p. 87. — Incident comique de la visite de l'apo-
thicaire, p. 88. — L'évêque vide son portefeuille dans le
bassin, p. 88. -— La disparition de papiers compromettants
lui fait plus de bien que le remède, p. 89. — Des Grais
demande des ordres, p. 90. — M. de Louvois maintient
l'arrestation et l'incarcération, p. 90. — L'évêque est em-
prisonné au Châtelet. Réponse narquoise du roi aux solli-
citations des agents du clergé, p. 90. — Réparation
d'honneur, p. 9 1 . — Monsieur fait grand bruit de Tévé-
nement, et M^° de Saint-Chaumont , confidente de Ma*
dame, est exilée, p. 91. — Voyage triomphal du roi en
Flandre, p. 92. — Comment M. de Turenne, par galan-
terie, trahit le secret du voyage de Madame en Angleterre,
p.* 93. — Voyage de Madame en Angleterre. Sa mort,
p. 95. — Rentrée en grâce de Pévêque de Valence. Il
devient archevêque d'Aix. Son caractère. Ses mots piquants
au cardinal Le Camus. On aurait dû tenir registre de ses
saillies, p. 96.
Livre IX. — Relations de Jean Sobieski avec la France,
ses conventions avec le roi, p. 97. — Il a la promesse,
en cas d'exil, d^étre fait duc et maréchal de France, p. 98.
— Devenu roi, il songe à solliciter le titre de duc pour
son beau-père, le marquis d'Arquien, p. 98. — Le mar-
quis "de Béthune, ambassadeur du roi auprès du roi
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238 TABLE ANALYTIQ^UE
de Pologne, son beau -frère, songe à détourner la
faveur sur lut, p. 99. — Il se ménage Tappui de Colbert,
p. 99. — Entrecroisement dMntrigues. Brtsacier, secrétaire
des commandements de la reine, négocie auprès du roi de
Pologne, dont il prétend être le fils, p. 1 00-101. — Le
roi de Pologne prie le roi de France de faire Brisacier duc,
p. 102. — Surprise du roi en présence de trois demandes
du roi de Pologne pour la même grâce, p. 102. —
Le marquis de Béthune, son ambassadeur, est chargé
d*éclairer le roi de Pologne sur les prétentions de Brisacier,
p. io3. — Le roi de Pologne lui livre la lettre de recom-
mandation de la reine de France, surprise par Brisacier,
p. 104. — Explication entre le roi et la reine de France.
Disgrâce de Brisacier. Son bannissement. Ses mésaventures
en Pologne et en Moscovie. Sa mort, p. io5. — Le père
de la reine de Pologne n*est pas fait duc, mais cardinal, p. 1 06.
Livre X. — Le cardinal de Bouillon. Liaison intime de
Tabbé de Choisy avec lui. Bonnes relations de M. de Tu-
renne avec M'"'^ de Choisy la mère, p. 108-109. — C'était
une maltresse femme, p. 109. — Elle avait toute la cour
chez elle, p. 110. — Ses relations, ses correspondances^
p. III. — Elle habille en fille son fils enfant : pourquoi,
p. III. — Monsieur aime aussi ce déguisement. Pourquoi
le cardinal cherche à le rendre efféminé, p. 112.—- L'abbé
de Choisy a été dans la familiarité de tous les ministres, à
l'exception de Louvois, qui le hait à cause de sa liaison
avec le cardinal de Bouillon, p. 11 3. — M. Colbert avait
toujours l'air fâché, p. 11?. — M. Le Tellier, M. de
Lionne, M. de Pomponne, M. de Croissy, p. i i3-i 14. —
Vanité de son secrétaire Bergeret, p. 114. — M. de Pont-
chartrain, p. 114. — Naissance et famille du cardinal de
Bouillon, p. Il 5. — Le chevalier de Bouillon, M™® de
Duras, p. 116. — L'affaire de Cinq-Mars. Comment l'abbé
de Choisy la connaît dans ses intimités, p. 117. — Gaston,
duc d'Orléans. Son caractère, p. 118. — M. de Bouillon,
compromis dans l'affaire du traité avec l'Espagne, est arrêté
et enfermé au château de Pierre- Encize, p. 118. —• Ac-
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DES MÉMOIRES 289
commodément dont la cession de Sedan est le gage, p.i 19.
— Le duc de Bouillon , mécontent de la cour, prend le
parti des princes. M™^ de Longueville accouche à THÔtel
de ville, p. 119. — M. de Bouillon, général de la ville
de Paris. M. de Turenne, abandonné de ses troupes, se re-
tire en Hollande, p. 120. — Paix et amnistie générale;
Leurs prétentions, p. 120. — Leur arrestation et leur in-
carcération à Vincennes, p. 121. — Le duc de Bouillon et
M. de Turenne prennent la campagne et réorganisent la
lutte : l'un à Bordeaux, l'autre à Stenay, p. 122. —
Arrestation de la duchesse de Bouillon. Comment elle fait
échapper ses enfants, p. 122. — Evasion de la duchesse,
p. 12 3. — Elle est menée à la Bastille, p. 124. — Le
marquis du Bec conduit en sûreté les enfants du duc de
Bouillon, toujours habillés en filles, p. 12 5. — Il confie à
une parente, qui habite une petite maison près de Blois, le
chevalier de Bouillon tombé malade. Étonnantes précautions
prises par cette dame pour le cacher, p. 126-127. — Le
prince de Raucour, p. 128. — M. de Turenne perd la ba-
taille de Rethel, p. 129. — Le duc de Bouillon, à la paix,
se retire en Périgord au château de Lanquais, p. 129. —
M"™® de Bouillon reprend son fils, p. i3o. — Retour à la
cour de M. et de M™° de Bouillon. Le petit chevalier repousse
les caresses de Mazarin, p. i3i. — Comment Tabbé de
Bouillon, duc d*Albret, est devenu cardinal, p. i32. —
Bienveillance que lui témoigne Tarchevêque de Paris, M. de
Péréfixe. M. de Turenne se met dans les bonnes grâces de
l'archevêque, p. i3 3. — L'abbé Le Tellier obtient la coad-
jutorerie de l'archevêché de Reims. M. de Turenne demande
pour son neveu la coad}utorerie de Paris, et, en cas de re-
fus, le cardinalat. Service que rend à l'abbé duc d'Albret
la mère de l'abbé de Choisy en le vantant au roi, p. i 35. —
Reconnaissance que lui en témoigne le cardinal de Bouillon,
p. i36. — M. de Turenne demande au roi pour son ne-
veu la coadjutorerie de Paris, d'accord avec l'archevêque,
p. 137. — Le roi refuse ; pourquoi, p. i38. — Il ac-
corde sa nomination au cardinalat, p. i38-i39, — Scène
de mutuelle malice entre le coadjuteur de Reims et l'abbé
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240 TABLE ANALYTIQUE
duc d'Albret. p. 140. — Comment Madame fut pour
quelque chose dans la détermination du roi, p. 140. — Le
Tellier et Louvois ne sont pas des amis de M. de Turenne :
pourquoi, p. 141. — lis sont très marris de la grâce ob-
tenue par Tabbé duc d*Albret. M. de Lionne en est bien
aise, p. 142. — Lettre du roi au pape en faveur de la
nomination du duc d*Albret au cardinalat, p. 142-144. —
Sacre de l'abbé Le Tellier comme évêque coadjuteur de
Reims, p. 145. — Attitude habile du duc d'Albret, p. 145.
— > M. de Turenne demande au roi de déclarer publique-
ment la nomination de son neveu au cardinalat, p. 146.
— Conversion de M. de Turenne, p. 147-150. — Son
amour pour M™° de Coatquen, p. 1 5 1 , — Faute qu*il lui
fit commettre, p. i5i. — L*archevêque de Paris remercie
le roi de la nomination au cardinalat de Tabbé duc d'Al-
bret, p. i5i. — Négociations à Rome pour hâter la pro-
motion, p. 1 52-1 55. — L'évêque de Laon, qui a obtenu
la nomination du Portugal, travaille pour son compte. Les
Bouillon et les d'Estrées, p. i56. — Le pape songe à faire
cardinal M. de Turenne, p. iSy. — Il s*amuse de Tin-
quiétude de son neveu, p. 1 58. — Nouvel incident cause
de retard. La nomination de Pologne accordée à M. de
Bonzi. Service que rend à cette occasion au duc d*Albret
le ministre de Lionne, p. 1 59-161. — Le pape déclare le
duc d'Albret cardinal de Bouillon, p. 162. — Le roi lui
donne la charge de grand aumônier vacante par la mort du
cardinal Antoine Barberini, p. i63. — Réfutation de cer-
tains points de l'ouvrage intitulé : Apologie du cardinal de
Bouillon, p. 164. — Négociations et intrigues relatives à
la charge de grand aumônier, p. 165-174. -— Mort du
cardinal Antoine Barberini, p. 174. — Le cardinal de
■Bouillon est déclaré grand aumônier, p. 176. — M. Le
Tellier et M. de Louvois sont ennemis de M. de Turenne
et de sa maison, p. 177. — M. de Louvois fait échouer
la candidature du cardinal de Bouillon à l'évêché de Liège,
p. 178. -r- Le cardinal va au conclave où fut élu Je cardi-
nal Odescalchi pape sous le nom d'Innocent XI. Il prend
l'abbé de Choisy pour conclaviste, mais ne lui dit rien de
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DES MEMOIRES 24I
ce qui se passe, p. 178-179. — Le cardinal de Retz le
dédommage en le prenant pour conclaviste, p. 180. —
Détails sur les intrigues du conclave, p. 181. • — Grand
train à Rome du cardinal de Bouillon, p. 1 81-182. —
Fautes et disgrâce du cardinal de Bouillon. Son exil. Le
pape le reçoit à Rome assez froidement, p. i8a-i83.
Livre XI. — Caractère et qualités du marquis de Béthune.
Son mariage avec M*^® d*Arquien en fait le beau-frère de
Jean Sobieski, devenu roi de Pologne, p. 184. -— Le roi
lui donne l'ordre du Saint-Esprit, et le charge de le porter
au roi de Pologne, auprès duquel il est accrédité en qualité
d'ambassadeur extraordinaire, p. 18 5. — Il reçoit pour
instruction d'engager le roi de Pologne à seconder Tékély et
le parti des mécontents de Hongrie. Le roi de Pologne ferme
les yeux sur les menées du marquis de Béthune et sa levée
d'un corps de dix mille hommes, destinés à appuyer les mé-
contents de Hongrie, p. 186-187. — La reine de Pologne
désire paraître aux yeux de son père dans tout l'appareil de
sa nouvelle fortune. Le marquis d'Àrquien, capitaine des
gardes de Monsieur, frère du roi, est très dérangé dans ses
affaires. Il songe à vendre sa charge pour payer ses dettes,
p. 187. — Le chevalier de Liscouet propose d'acheter la moi-
tié de cette charge pour vingt mille écus. La marquise de Bé-.
thune intrigue pour contrarier le payement de la vente de
sa charge à son père, sous prétexte que sa dot n'a pas été
payée. Monsieur s'oppose au payement par le chevalier de
Liscouet, p. 188. — Désespoir du marquis d'Arquien, mé-
contentement du. roi et de la reine de Pologne. Leurs re-
proches au marquis de Béthune, qui déclare que sa femme
a fait cette tracasserie à son insu, p. 189. ~« Fureurs ja-
louses et esclandre scandaleux de la marquise, p. 189-190.
^— Le roi et la reine de Pologne obtiennent du marquis de
Béthune et de sa femme leur désistement de toute opposition
au payement, par le chevalier de Liscouet, du prix de la.
charge du marquis d'Arquien, p. 191. — Caractère faible
et sournois de Monsieur, p. 191* — U confie au marquis
d'Arquien que le marquis et la marquise de Béthune ont
Mémoires de Choisj. II. 3i
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243 TABLE ANALTTIQ^UE
fait précéder leur lettre de désistement transmise par la reine
de Pologne, d'un exprès chargé de la désavouer d'avancei
et de prier Monsieur de n'en pas tenir compte, p. 191'. —
Fureur du marquis d'Arquien en présence de cette duplicité.
Fureur de la reine de Pologne, p. 192. — Sa vengeance
consiste à obtenir de son mari Tordre de licencier les troupes
réunies par le marquis de Béthune dans la starostie de
Strick, de vendre les chevaux, de congédier les Français
que le marquis avait fait venir, p. 194. — D'où perte
d'un million pour la France, et renversement de ses projets
de diversion en Allemagne ; d'où rappel et disgrftce du mar-
quis et de la marquise de Béthune; d'où obligation pour
Tékély abandonné de chercher des appuis i Constantinople ;
d'où le siège de Vienne, et le plus grand danger pour l'Al-
lemagne et la chrétienté; tout cela pour des bagatelles et
des tracasseries de femmes, p. 195. •— Alliance du roi de
Pologne avec l'Empereur, p. 196. — Entente de Tékély
avec le grand vizir Kara«Mustapha-Pacba. L'armée turque
entre en Hongrie, p. 197. — L'Empereur accueille froi-
dement les offres de secours du roi Jean Sobieski, p. 197.
— >- Le grand vizir se porte sur Vienne avec son armée,
p. 197. — L'Empereur quitte sa capitale, p. 198. -— Le
roi de Pologne est supplié par le nonce et l'ambassadeur
de l'Empereur de venir au secours de Vienne, p. 198.
— Le roi ne s'y décide que sur la réception d'une réponse
dilatoire de la France i ses propositions, p. 198. — Le roi
de Pologne exige la neutralité de Tékély et l'obtient, p. 199.
— > Le roi observe le camp turc et décide de l'attaque,
p. soo-aoi* — Succès de cette attaque, p. aoa. — > Entrée
triomphale du libérateur i Vienne. Te Deum à l'église de
Saint*Etienne, p, 2o3. — Bilan de la victoire et du bu-*
tin, p. 204 « — Le roi décide de poursuivre seul l'armée
turque dans sa retraite, p. aoS. — Echec de cette pour-
suite téméraire, p. 206. — Le roi reconnaît publiquement
sa faute, p. 207* — • Il prend sa revanche en battant l'ar-
mée turque de concert avec les électeurs et le due de Lor-
raine, p. 208-209. — Accueil froid et jaloux qu'il reçoit
de l'Empereur qu'il a sauvé, p. 209. —-Son ingratitude,-
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DES MÉMOIRES 243
p. 2 1 0-2 1 1 . -— Faute de la France, qui ne profite pas de
Toccasion du mécontentement du roi de Pologne, p. 212.
Livre XII. — M"*« de Guercheville résiste aux empres-
sements galants de Henri IV, p. 21 3. — Vains efforts du
roi pour triompher de sa vertu, p. 2i3-2i5. — Hommage
que le roi lui rend, p. 217. — M*^^ de Montpensier et
ses mariages manques, p. 217-218. — Elle s'éprend de
Lau^un et veut Tépouser, p. 218-219. — ^® ^^h qui
avait d'abord consenti au mariage, s'y oppose, p. 220-221.
— >- Dépit furieux de Mademoiselle, p. 222. — Insolence
et disgrâce de Lauzun. L'abbé de Choisy ne croit pas à un
mariage secret, p. 223. — Louis XIV et M*^* de La Val-
lière. Détails sur leur correspondance galante et poétique,
p. 224-225. — Histoire du testament de Charles II, roi
d'Espagne, p. 226 a 227.
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INDEX ALPHABÉTIQUE
DES NOMS CITÉS
Albani (Le cardinal). II, 227.
Alexandre VIII (Le pape). II, 17, i58, 162,
Aligre (M. d'), chancelier. I, 104,150.
Alluye (La marquise d'). I, i58, 228, 224.
Ambre (Le marquis d'). II, 12.
Amelot (L'abbé). II, 175.
Annat (Le P.), confesseur du roi. I, 62, 1 1 1, 1 15.
Anne d'Autriche (La reine). I, i3, 46, ^7, 5i, $4, $7,
65, 66, 68, 74, 78, 99, ii3, ii5, i35, i58. — II.
46, 53, 56, 1 12, 1 19 à 122.
Antin (Le marquis, puis duc d*), fils légitime de M™® de
Montespan. II, 5, 6.
Armagnac (Le comte d*). I, 119.
Armagnac (La comtesse d'). I, i35.
Arquien (Le marquis d*). II, 96, 98, 99, 102, 106, 187
à 193, 196.
Artagnan (M. d'), capitaine-lieutenant des mousquetaires.
I, 144, 145. 148, 149.
Aubignb ou Aubigny (m. d*), frère de M™« de Maintenon.
II. 33, 34.
AuBRAY (M. d'), lieutenant civil. I, 147.
Aumont (Le duc d'), premier gentilhomme de la chambre,
II, 22.
Aumont (La duchesse d*). II, 177.
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246 INDEX ALPHABETIQUE
AovERGNi (Le comte d*). I, 2 33, 2 35. — H, 177.
AvinsBiRG (Le prince d*), ministre de TEmpereur. II, 1S4,
i55.
Ayen (Le comte d*). I, 28.
AzzoLiNi (Le cardinal). II. 162.
Ballerot (M. de), frère de l'abbé de Cboisy. I, 27, 3o,
220. — II, 1 10,
Baluze (M.). II, II 5.
Barberini (Le cardinal Antoine). II, 14$, i63, i65 à 167,
173 à 175.
Barbets (Les), hérétiques. I, 187.
Barbin(M.). I, 34, 35.
Bartet (m.), secrétaire du cabinet. II, 124.
Bassompierre (Le maréchal de). I, 37.
Beaufort (Le duc de). I, 19, 45, 46, 5o, 55. — II, 43,
120, 176.
Beauvais (M™« de), première femme de chambre de la reine
Anne d'Autriche. I, 99, 11 3.
Beauvilliers (Le duc de). I, 8, io5, 212. — II, 12.
Bec (Le marquis du). II, i23, 124.
BicHAMEiL (M. de). I, 25.
Bellay (M.), médecin de Blois. II, i25.
Bellefonds (Le maréchal de). II, 141.
Bellegarde (M. de), grand écuyer sous Henri IV. I, i2 5,
126.
Benserade (M. de). I, 188.
Bergeret (M.), premier commis des affaires étrangères. I,
ai8. — II, 114.
Beringhem (M. de), premier écuyer. I, 32, 41, 68. —
II, 147.
Berry (Le duc de), petit-fils de Louis XIV. I, 242.
Béthune (Le marquisde). 1,98, 99, 102, io3, io5, 184
i 194-
BÉTHUNE (La marquise de). II, 188 à 194.
Bithune (M. de), évéque de Verdun. II, 188.
Beuvron (Le comte de). II, i5.
BicHi (Le cardinal). II, 17.
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DES NOMS CITÉS 347
BiGORRE (L'abbé). II, i55, 154, i65.
BiRON (Le maréchal de). I, 126.
BOILEAU. I, 13 3.
BoiSFRANC (M. de). II, 7$ à 7 S.
BoNTEMPS, premier valet de chambre du roi. I, 3i, s 3, 3 s,
i63, 180, 337. — II, 13, 3i.
BoNZi (Le cardinal de). II, 56, i58 à 161, 175, 180.
BossuET, évèque de Condom, puis de Meaux. II, 149.
BoucHERAT (Le chancelier). I, io3, 143, 149, 166, 179,
333, 343, 243. — 11, 137.
BouFFLERS (Le maréchal de). I, 98, 192.
Bouillon (Le duc de), père du cardinal. II, itS, 116, 118
à I30, 133, 134 i 137, 129, i3i, 139.
Bouillon (La duchesse de), Eléonore de Bergue, mère du
cardinal. II, 11 5, 1 16, 133, 134, 139 à i3i.
Bouillon (M^^*' de), soeur du duc de Bouillon. II, |2 3,
i3o, i3i.
Bouillon (Le cardinal de). I, 16 à 20, 218, 219, 232, 234,
235. — II, 107 à 109, ii3 à ii5^ 122, 125 à 127,
l3o à 148, 149, i5i à i65, 168 à 178, 180 à i83.
Bouillon (Le duc de), mari de Marie-Anne Mancini, nièce
du cardinal Mazarin. I, 63, 64, 77, 78.
Bouillon (Marie-Anne Mancini, duchesse de). I, 63, 77,
78, 222, 223.
Bourbon-Condé (Henri de), dit M. le Prince, père du grand
Condé. I, 45 à 47, 49, 5i, 52, 54, 55, 75, 79,
82.
JBourbon (Le duc de), dit M. le Duc. I, 29, 139, 181,
211, 212, 2i5. — II, 23, 24, 25, 219, 221.
Bourbon (La duchesse de), fille légitimée de Louis XIV. 1, 1 86,
204, 212. — II, 5, 14, 17, 19, 23, 24.
Bourgogne (Le duc de), petit-ills de Louis XIV. I, 8^ i63,
241.
Bourgogne (La duchesse de). II, 34.
BouRLEMONT (L*abbé de). II, 154.
BouTiLLiER (M.), avocat. I, 35.
Brancas (M«ne de). II, 112, 11 3.
Brater, médecin. I, 76,81.
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248 INDEX ALPHABÉTIQ^UE
Brégy (La comtesse de). II, 224.
Bmenne (Le comte de), père. I, 32, 69, 102, io3, 21U
Brienne (Le comte de), le fils. I, 70, 74, 98, 99, 102,
io3, i37 i 142, 211.
Brisacier, secrétaire des commandements de la reine. I,
108. — II, 100 à io5.
Bruant DES Carrières (M.). I, 146, 147.
BuLLiON (M. de), prévôt de Paris. I, 197.
CalviIres (M"ie de). II, 39.
Calvimont (M™o de). II, 39.
Calvo (M. de), commandant de Maëstricht. II, 9.
Candale (Le duc de). II, 38, 54, 55.
Canole (Le baron de). II, 129.
CARAcàNE (Le marquis de). I, 160.
Carignan (La princesse de). II, 221.
Carnavalet (M. de), lieutenant des gardes du corps. II,
122 à 124.
Catinat (M. de), conseiller au Pariement de Paris, II,
142.
Catinat (Le maréchal de). I. 187.
Caumartin (M. de). 1, 37, 40, 5o, 57.
Cavoye (M. de). I, 26, 27, 220, 233.
Chamarante (M. de). I, 33, 141. — II, 172.
Chamillard (M. de), ministre de Louis XIV. — II, 34.
Champlatreux (M. de), fils du premier président Mole. I, 48.
Champmeslé (Mi^<5), actrice. I, 191,
Chanvallon (M. de), archevêque de Rouen. II, 168, 169.
Charles IX, roi de France. I, i65.
Charles I®*", roi d'Angleterre. I, 43.
Charles II, roi d'Angleterre. I, i23, 124, iSç i 161,
172, 173, 184, 209. — II, 65, 78, 80, 93, i5o,
Charles XI, roi de Suède. I, i53.
Charles-Gustave, roi de Suède. I, i53, 154.
Charles II, roi d'Espagne. II, i63, 226.
Charles de Lorraine (Le prince), plus tard Charles V. II,
217, 218.
Charost (Le marquis de). I, 10, 11,
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DES NOMS CITÉS
M9
Charost (Le duc de), II, i 3 i .
Chartres (Le duc de), fils de Monsieur, duc d'Orléans, frère
de Louis XIV. I, i88, 211, 212. — II, 24. 25.
Chateauneuf (m. de). II, 12.
Chaulnes (Le duc de). I, i 58 à 160. — II, i53.
Chaumont (Le chevalier de). I, 218, 219, 225, 23o, 282,
Chavigny (M. de Boutillier). I, 36, 41, 42.
Chevignt (M. de), capitaine aux gardes, plus tard le P. de
Chevigny, de l'Oratoire. I, 142.
Chevreuse (La duchesse de). I, 46, 49, 55, io5, i35.
Chevreuse (M"« de). I, 5o.
Chigi (Le cardinal). II, 17, 162.
Choiseul (M. de), évêque de Tournay. II, 148.
Choisy (M. de), grand-père de Tabbé. I, 36.
Choisy (M. de), père dePabbé.I, 104, 10 5, 121. — II, 1 17.
Choisy (M™« de), mère de Tabbé. I, i3, 14, 17, 37, 44,
198. — II, 25, 26, 109, 110, ii3, 117, i35.
Choisy (L'abbé de). I, 12, 1 3, i 5, 26 à 34, 37, 38, 121,
167, 168, 217 à 221, 225 à 235. — II, 108 à ii3,
117, i36, 178 à 180, i83, 221.
Choisy (M. de), célèbre ingénieur et officier général, cou-
sin de l'abbé. II, 9, 10.
Christine de France, duchesse de Savoie. I, 14.
Christine, reine de Suède. I, i53, 154.
Cinq^Mars (M. de), grand écuyer de France. I, 43, 44.
— II, 117, 118.
Claude (M.), ministre protestant. I, 216.
Clément IX, pape. II, 162, i65.
Clément XI (Odescalchi), pape. II, 180, 181, 227.
Coatquen (M™o de). II, 94.
CoiSLiN (L'abbé de), premier aumônier du roi. I, 164.
Coislin ou Coaslin (M. de), jévêque d'Orléans, puis cardi-
nal. II, 164 à 166, 176.
Colbert (M.), ministre de Louis XIV. I, 71 i 73, 81, 85,
90 à 96, 99, loi, 102, 107, 108, i3i à i35, 137 à
141, 148, i5o, i5i, i58,202. — II,99,ii3, 141, 159.
Colbert du Terron (M.). I, 129.
32
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25o INDEX ALPHABÉTIQUE
CoLBERT (L'abbé), évêque de Laçon. I, 109.
CoLiGNY (Le comte de). I, 79, 189.
CoMMiNGES (Le comte de), neyeu de M. de Guitaat, capi-
taine des gardes de la reine. I, i5i.
CoNaNi, maréchal d'Ancre. I, 34, 35.
CoNDÉ (Le prince de). 1, 20, 26, 27, 29, 45, 5o, 5i, 75,
97. 122, 139, i55, 2i5. — II, 19, 24, 37, 38, 120,
121, 128, 147, i5o, 159.
Constance (M.), ministre du roi de Siam. I, 23o à 232,
238.
CoNTi (Le prince de), frère de la duchesse de Longueville.
II» 37 à 43, 45 à 55, 120, i52.
CoNTi (La princesse de), nièce du cardinal Mazarin. II, 41,
45, 46, 48 à 5i. 63, 72.
CoNTi (Le prince Armand de). I, 209, 211, 212. — II, 2 3
à 25.
CoNTi (Princesse de), fille légitimée de Louis XIV. I, 23,
204, 232. — II, i3, 14.
CopROGLi (Le grand vizir). II, i52.
CosNAC (Daniel de), évéque de Valence, puis archevêque
d'Aix. II, 36 à 40, 44 à 56, 58 à 60, 64 à 69, 71 à
78, 80 à 91, 95.
CouRTENAY (Le prince de). I, 77.
CouRTiN (M.). I, 160.
Crbqui (Le maréchal de). I, 129, 212. — II, 141, 154,
219.
Croissy (M. Colbert de). I, 21, io5, 106, 218. — II,
12, 1 13, 1 14.
Cromwell. I, 76, 161, 162.
Cromwell (Richard). I, 16).
Dangeau (Le marquis de), auteur du journal sur Louis XIV
et sa cour. I, 167 à 169, 193. — II, 225.
Dangeau (La marquise de), née de Lowenstein. I, 192 à
196.
Dangeau (L'abbé de). I, 28, 33, 34.
Daquin, médecin. II, 17 à 19.
Dauphins (M™« la), née princesse de Bavière, bru de
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DES NOMS CITES 25l
Louis XIV, I, i63, i8i, i86, 191, 198, 194, 204,
206, 207, 210, 243. — II, 17, 19.
Denonville (Le marquis de)« vice-roi du Canada. I, 219.
Des Grais (M.), exempt de police. II, 86 à 90.
Desormes (M.), contrôleur général de la maison du roi. Il, 16.
DiAZ (Le P. Froiiand), dominicain. II, 226.
PuRAs (Le duc de). I, 210. — II, 2 5.
Duras (La duchesse de). II, 1 16.
Effiat (Le marquis d*). II, 48.
Elbeuf (Le duc d'). I, 4$.
Elbeuf (La duchesse d'). II, 12$, i3o.
£PERN0N (Le duc d'). I, 124 à 126, 129. — II, 177.
Estrades (Le comte d*). I, 43, i23, 124, 159, 160.
Estrades (Le maréchal d'). I, 188.
EsTRiES (Gabrielle d'), duchesse de Beaufort. I, 127.
EsTRÉES (Le maréchal d*]. II, 3.
EsTRÉES (Le cardinal d'). I, 2o3. — II, i35, 180.
EugIne (Le prince). II, 182.
Fabert (Le maréchal de). I, 73.
Fagon, médecin de la reine. II, 17, 18.
FÉLIX (M.), chirurgien du roi. I, 207. — II, 17, 19, 21.
Ferrier (Le P.). I, iio, 111,1 15. — II, 168, 170, 171.
FiicHiNE (M»o de). II, 12$ à 127. i3o.
Foix (Le marquis de). II, 188.
Fontanges (M**e de), maîtresse de Louis XIV. I, 207. —
II, 29, 35.
FoNTON (M. de). II, 83, 86.
FoNTRAiLLEs (M. de). II, 118.
FoRBiN (Le chevalier de). II, 3 i .
Forbin-Janson (Le cardinal de). I, iio.
FossEusE (M. de). I, 47.
FouQUET (M.), surintendant des finances. I, 69, 72, 84 à
87,98, 100, loi, io3, 108, 109, 114, ii5, 123, i3o
à 147, 149, i5o, i58.
FouQuiT (L*abbé), frère du surintendant. I, 108, 109, 146,
147.
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252 INDEX ALPHABÉTIQ^UE
FouQUET (M™«), femme du surintendant. I, 139, 140,
147.
FouQUET (M™8), mëre du surintendant. I, 147.
Frédéric III, roi de Danemark. I, i56, 157.
FuENSALDAGNE (M. de). I, "jS, i6o.
FuENTES (Le comte de). I, 160.
FuRSTEMBERG (Le Cardinal prince de). I, 193. — II, 178.
Gabel, favori du roi de Danemark, Frédéric III. I, 157.
Galigaï (Eléonor), maréchale d'Ancre. I, 34.
Gaston, duc d'Orléans, frère de Louis XIII. I, 44, 45.
Gaye, musicien. I, 24.
Gesvres (Le marquis, puis duc de), capitaine des gardes du
corps. I, 141, 145, 148.
GoNZAGUE (Marie de), reine de Pologne. I, 14. — II, 117.
GouRviLLE (M. de). T, i36, iSç, 142.
Grammont (Le maréchal de). I, 62, 72, 77, 97, 98, 124,
i52. — II, 224.
Grimaldi (Le cardinal). II, 17.
GuÉBRiANT (Le maréchal de). II, I2 3.
GuERCHEviLLE (M™o de). II, 2 1 3 à 217.
GuiCHE (Le comte de). I, 26, 27, 124. — II, i5o.
GuicHE (La comtesse de). I, i35.
GuiLLERAGUES (M. de). II, 39, 40.
Guise (Le duc de), dit le Balafré. I, 178, 179.
Guise (La duchesse de), femme du précédent. I, i 78, 1 79.
Guise (Le duc de), dit le Napolitain. I, 64.
GuiTAUT (M. de), capitaine des gardes de la reine. I, 5i,
52. — II, 121.
Guitry (M. de). II, 222, 223.
Gustave- Adolphe, roi de Suède. I, i53.
Harcourt (L*abbé d*). I, 17. — II, 109.
Harcourt (Le comte d*). I, 44.
Harcourt (La princesse d'). II, 112.
Hardouin DE PÉRÉFixE, archevéque de Paris. I, 17, 11 5,
175, 237. — II, i32 à 134, i36à 139, 148, 149,
i5i, 168, 170, 175.
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DES NOMS GITES 253
Harlay (m. de), procureur général au Parlement de Paris.
I, i34.
Harlay (M. de), archevêque de Paris. II, 3i, 21 5.
Haro (Don Louis de). I, 82.
Henri III, roi de France. I, 36, 12 5.
Henri IV, roi de France. I, 36, 124, laS, 126, 127, 128,
129, 177, 197. — II, 213-217.
Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, femme de
Monsieur, frère du roi Louis XIV. I, 117, 119, i3o,
i35, i58, i65. —Il, 56 à 60, 62 a 65, 67, 70 à 72,
75, 77 à 82, 91 à 95.
HuMiÈREs (Le maréchal d*). II, 141.
HuxELLES (Le marquis, puis maréchal d*). I, 2 3.
Innocent XI (Le pape), I, 20, 2o3.
Jacques II, roi d'Angleterre. I, 182. — II, 42, 43, 44.
Jeannin (Le président). I, 128.
Joseph (Le P.). I, 41.
JuRiEU (M.), ministre protestant. II, 147.
Kara-Mustapha-Pacha, grand vizir de Mahomet IV. II,
184, 195 à 197, 200 à 206, 209.
La Balub (Le cardinal de). II, i83.
La Bastide, agent de Fouquet. I, 12 3, 124.
La BAU»tE(M"*e de). II, 96.
La Chaise (Le P. de). I, 175, i85, 23 1, 235, 236. —
a, 17» 3i.
La Châtre (Le marquis de). I, 211.
La Fertx (Le maréchal de). I, 118.
La Feuillade (Le maréchal duc de). I, 196 à 198. — II, 32.
La Fond (M. de), gentilhomme ordinaire du roi. II, 91.
La Force (Le duc de). I, 182.
La ^ore&t, yalçt de. chambre de Fouquet. 1, 146, 147. .
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254 INDEX ALPHABÉTIQUE
La Marck (M. de). II, 83 i 86.
Lamoignon (M. de), premier président du Parlement de Pa-
ris. I, i66.
La Motte (L*abbé de). II, i68.
La Motte-Houdancourt (M. de), évèque de Rennes, grand
aumônier de la reine. I, ii5.
Langlade (M. de). I, io3.
La Porte (De), avocat. I, 35.
La Rivière (L'abbé de, puis évèque de Langres). I, 46. —
II, 47, 134, i5a.
La Rochefoucauld (Le duc de), auteur des Maximes. I, i3,
148.
La Rochefoucauld (M. de), fils de l'auteur des Maximes,
grand maître de la garde-robe du roi. 1, 199. — II, 19, 22.
La Trbmoille (Le duc de). II, 2$.
La Valette (Le duc de). I, 45.
La Vallière (M"« de). 1, 119 à lai, i3o, 1 58. — II,
34, 57, 60, 224, 2a5.
La ViiuviLLE (Le duc de). I, 188.
La Vrillière (M. de), secrétaire d'État. I, 44.
Lauzuv (Le marquis, puis duc de). I, 24. — II, 60 à 63,
91, 157, 218 à 223.
Le Brun (M.), peintre. I, 94, 95.
Le Camus (Le cardinal), évéque de Grenoble. II, i5, i6i
56, 95, 171.
Le Pelletier (M.), contrôleur général. I, 106, 199, 200.
Le Roy (M.), premier commis de Le Tellier. I, 102.
Lesdiguières (La duchesse de). I, 57.
Le Tellier (M.), ministre de Louis XIV. I, 24, 40, 5i,
54, 57, 72, 78, 79, 84, 87, 88, 89, 98, 100 i io5,
io5, 107, III, 112, 137, i38, 143 à 145, 148, 189,
199, 200. — II, ii3, 140, 141, 144, 157,159,164,
176, 177.
Le Tellier (L'abbé), coadjuteur, puis archevêque de Rehns.
I, 17 à 19, 177, 179, — II, i32 à i34, i56, i38 à
140, 145, 164,
Liancourt (M. de). I, i53.
LioNMi (M. de), ministre de Louis XIV. I, 64, 65, 69, 84
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DES NOMS CITÉS 255
à 87, 98, 100, io5, 107, 157, 148, i5a. — 11, ii3,
142, 146, 1S6, 1S7, 159 à 162.
Lionne (L*abbé de). I, 2 38. — II, 144, iS3, 162.
LiscouET (Le chevalier de). II, 188, 191.
LoNGUEViLLE (Le duc de). I, 4$, 5i, 55. — II, 120, 121.
LoNGUiviLLE (La duchesse de). II, $7 à 39, 119, 148.
LoNOUEViLLE (Le chevalier de, comte de Saint-Paul). I, 27
à 3o. — II, 97, 119.
LoROES (Le maréchal de). I, 3o.
Lorraine (Le prince Charles de). I, 117, 118.
Lorraine (Le chevalier de). Il, 57, 58, 62, 63, 67, 70 à
72, 93, i5o.
Lorraine (Le duc de), général de PEmpereur au moment
du siège de Vienne par les Turcs. II, 197, 199 à 201,
204, 206, 208 à 212.
Louis XI, roi de France. II, i83.
Louis XIII, roi de France. I, 43 i 45, 177, 197, — II,
117, 118.
Louis XIV. I, 9 à 11, i5, 16, 19 à 27, 3o, 3i, 37 à
39, 55, 60 i 63, 65 à 68, 70, 74 à 76, 86, 92,
94, 97 à io3, 106 à 109, 1 1 1, ii3 à 116, 1 18, 119,
121, 122, i3o, i3i, i34, i37, 140, 141, I43ài45,
148, i5o à i53, i58, 160, 161, i63, 164, 166, 168,
173, 179 i 181, 184, 185,196, 198, 199, 200, 204,
205, 207, 208, 210 à 216, 224, 23i à 238, 240,
241. — II, 4, 6 i 12, 14 à ]6, 17 à 22, 24, 25, 28 à
3i, 34, 52, 53, 57 à 64, 66 à 71, 77 à 82, 89 à 93,
95, 97 à io5, ii5, 134, i35, i38, 140, 142, 144,
i5o, i5i, iS3 à i55, 157 à 160, i65, 167, 170,
171 à 177, 180 à i83, :85, l86, 198, 219 à 224.
Louvois (M. de). I, 3o, 95, 100, io5, 174, 175, 22 3,
214, 236, 237. — II, 12, 17, 22, 28, 29 à 33, 63,
65, 79, 80, 89, 92, ii3, 141, 177, 178.
Lowinstein (Le comte Philippe de), frère de M"»» de Dan-
geau, abbé et prince de Morbach. I, 196.
LuDE (Le comte de). II,. 47.
LuLLi (J. -Baptiste). I, 122.
LuximouRG (Le maréchal prince de). II, 5.
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256 INDEX ALPHABÉTIQ^UE
Mahomet IV, sultan. II, 194, içS.
Maine (Le duc du), ou de Mayenne, sous Henri IV, I, 127.
Maine (Leduc du), fils légitimé de Louis XIV. I, 181, 186,
204, 211, 212. — II, 5, 18, 3o, 223.
Maintenon (M™« de). I, 181, 191 à 193, 204, 206, 207,
21 3, 2 38. — II, 5,6» 12, 14, 17 a 19, 29 à 3 I» 33, 34.
Maldachini (Le cardinal). II, 180.
Mancini (Marie), nièce du cardinal Mazarin, femme du
connétable Colonne. I, 66 à 69, 116.
Mancini (Le cardinal). 1, 110.
Maniban (M. de), I, 221, 222.
Manicamp (M. de). I, 39.
Marca (Pierre de), archevêque de Toulouse. I, 11 5.
Marguerite de Valois, femme de Henri IV. I, 127.
Marguerite de Lorraine. I, 44.
Marie-Casimire de La Grange d'Arquien, femme de Jean
Sobieski, reine de Pologne. II, 98, 10 1, 106, 184,
187, 189, 190 à 196, 202, 204.
Marie de Méoicis. I^ 34, 42.
Marie-Thérèse (La reine), femme de Louis XIV. I, 119,
1S8, 162, i63, 2i5. — II, 29, 100, loi, 104, 226.
Marin, intendant des finances. I, loi.
Marsan (Le comte de). II, 32, 177.
Martinozzi (M™®), sœur du cardinal Mazarin. I, 72.
Maupertuis (M. de), officier des mousqueuires. I, 144,
145.
Mazarin (Le cardinal). I, i3, 16, 32, 33, 38, 40, 44,
45, 49, 5i à 53, 56, 59 à 80, 83, 86, 97, 99 à loi,
104, 107, 109, ii3, 117, i32, 149, 164, 167, 189,
222. — II, 41, 45, 46, 53, 54, 56, 66, 112, 118,
119, 121, 124 a 126, 128, i3i, 147, 182.
Mazarin (Le duc de). I, 72 à 74, 76, 79, 80, 81, 149,
164.
Mazarin (La duchesse de). I, 72, 76, 79, 189.
MÉDicis (Marie de). II, 217.
Meilleraye (Le maréchal de La), petit-fils de Payocat de La
Porte. I, 36.
Meilleraye (La maréchale de La). I, 53, 148, 149*
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DES NOMS CITES 2^7
MÉNAGE (M.). Il, 114.
Mercœur (La duchesse de). I, 63.
Michel, roi de Pologne. H, i58, 160 à 162.
MiossENS (Le comte de), lieutenant des gendarmes, plus
lard maréchal d'Albret, I, 5 2. — II, 121,
MiRAMioN {M^^ de). I, 206.
MoDÈNE (La duchesse de). I, 63.
MoLÉ (Le premier président). I, 48.
Molière. I, 122, i 3 S.
MoLiNOs (Le P.), jésuite. I, 2o3, 204.
Monaco (M™^ de). II, 60 à 62, 218.
MoNK (Le général). I, 160, 162.
MoNMOUTH (Le duc de). I, 172. — II, 70, 71.
Monseigneur, Dauphin, fils de Louis XIV, I, 2 5, 106, 162,
i63, 164, 181, i85, 204, 211. — II, 17, 19, 226.
Montalais (M^^*^ de). I, 149.
MoNTAUSiER (Le duc de), I, 24. — II, 5, 219.
MoNTBAZON (La duchesse de). I, 5o.
MoNTEREY (Le comte de), gouverneur des Pays-Bas.
I, 224.
MoNTESPAN {M^° de). I, 181, 2o5, 206, 207, 208.
— H, 12, 14, 19, 23, 3o, 3i, 33, 34, 35, 218, 221,
MoNTLON (M"»o de). II, 39.
Montmorency (Le connétable de). I, 44.
MoNTPENSiER (M^^^ de), fille de Gaston, frère de Louis XIII.
I, 117, 122. — II, 217 a 223.
MoNTREUiL (Mathieu de), poète, secrétaire de Daniel de
Cosnac. II, 96.
MoRosiNi, ambassadeur de Venise, II, i56, 157.
Mortemart (Le duc de). I, 5 3, 54. '
Murcé (M^'o de), fille de M. de Villette, chef d'escadre,
et nièce de M™^ de Maintenon ; plus tard M^<* de Caylus.
Murcé ou Murçay (M. de). I, 210, ', . ■^"' '•»•<»'-•
Nangis (Le marquis de), ï, 210.
Nassau (Elisabeth de), mère du duc de Bouillon. II, 1 18.
Navailles (Le maréchal de), I, 188. — II, 157.
Mémoires de Choisy. II. |}
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258 INDEX ALPHABÉTIQ^UE
Nemours (Le duc de). II, 43, 44.
Nesle (Le marquis de). I, 210.
Nesmond (L*abbë de), évèque de Bayeux. I, 109.
Nesmond (M. de), président à mortier du Parlement. I,.
166.
Neubourg (Le prince de), évèque de Liège. II, 178.
Nevers (Mancini, duc de). I, 109.
NicoLAÏ (M. de), premier président de la Chambre des
comptes. I, 189, 190.
NiERT (De), valet de chambre du roi. II, 18.
NiTARo (Le P.), jésuite. II, i63.
NoAiLLES (Le maréchal, duc de). I, 129.
NoAiLLES (Le maréchal, duc de). II, 4.
Nouveau (M.), général des postes. I, i38, 139.
O (Le marquis d*), surintendant des finances. I, 36.
Onoedei, évèque de Fréjus. I, 61, 72, 77, 78, 110.
Orange (Le prince d'). I, 3o, 3i, 43, 171. — II, 4, 7,
10, 216.
Orléans (Gaston d'), frère de Louis XIII. II, 117, 118,
.34.
Orléans (M"® d*j, grande-duchesse de Toscane. I, 117,
118. —II, 218.
Orléans (Le duc Philippe d*), dit Monsieur, frère de
Louis XIV. I, 46, 56, 71, 104, io5, 117, i35, i5o,
i58, i65, 204, 207, 212. — H, i3, 14, 19, 53, 54,
56 à 59, 62 à 64, 67 à 69, 72 à 78, 81, 91, 95,
111, i5i, 187 à 192, 218, 219, 221 .
Orléans (La duchesse d'), née princesse Palatine, seconde
femme de Monsieur, frère du roi Louis XIV. II, i3,
19, 32.
Ormesson (M. d*), conseiller au Parlement, rapporteur^du
procès de Fouquet. II, 142.
Parabère (Le comte de). 1, 187.
Paumart (M.), missionnaire. I, 23 1.
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DES NOMS CITES 259
ÎELLissoN (M.), de rAcadémie française. 1, 32, 114, 11 5,
149. 175.
Perthuis (M. de). II, iSo, 16S, 166.
Pile (De), intendant du prince de Conti. II, 5i, 52.
PiMENTEL (M. de). I, 65, 66.
Plessis-Bellière (La marquise du). I, 32, i3i , i36, 146,
147.
Plessis-Praslin (Le maréchal du). 11, 129.
PoLiGNAC (La marquise de), née de Rambures. I, 196.
PoLiGNAC (L'abbé, puis cardinal de). II, 277.
Pomponne (M. Arnault de). I, 21, 106. — II, 11 3.
Pons (M^^^ de). 1, 64.
PONTCHARTRAIN (M. de). I, 21, I06, I08, I47, 20 1. —
H, 28, 29, 114.
PoRTOCARRERO (Le Cardinal de). I, 20. — H, i63.
PussoRT (M.), conseiller au grand conseil. I, 166.
Puy-Laurent (Le duc de). I, 44.
QuiÉTiSTEs (Les). I, 2 2, 20 3.
QUINAULT. I, 12 2.
QuiNCÉ OU QuiNCEY (L*abbé de), évêque nommé de Poi-
tiers. H, I S.
Racine. 1, 26, 33, 122.
Rallière (m. de La), lieutenant des gardes de la reine,
I, 5i.
Ranuzzi (Le cardinal), nonce à Paris. II, 16.
Rapin (Le P.), jésuite. Il, iSî.
Raucourt (Le prince de), fils du duc de Bouillon. Il, 128.
Retz (Le cardinal de), I, 48, 49, 53, 54, 56, 57. —
U, 120, 162, 169, 179, 180.
Richelieu (Le cardinal de). I, 36, 41 à 45, 76, 83, 97.
— II, ii7, 118, I 19, i3i.
Richelieu (Le marquis de). I, 11 3, 129.
R0BERTI (Le cardinal). II, 17.
RoHAN (Le chevalier de). II, 62, 63.
Roquelaure (M. de). I, i2 5.
RoQ^UETTE (L'abbé de), évêque d'Autun. II, $9, 40, 44, 3i.
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260 INDEX ALPHABÉTIQUE
RospiGLiosi (Le cardinal). Il, i5i, i5S, 157, 162.
RouRE (La comtesse du). II, 23 5.
RoYE (La comtesse de). I, 182.
RozE (M.), secrétaire de Louis XIV. ï, 32, 33, 71, i38,
141, 144, 145, 164, i65. — H, 169.
Ru VIGNY (M. de). I, 182, 216.
Saint-Aignan (Le comte, puis duc de). I, 121, 124, i36,.
137, 210, 211, 212.
Saint-Chaumont (M™« de), dame et confidente de Ma-
dame (Henriette). II, 64, 65, 77, 81, 82, 85, 89.
Saint-Mégrin (M. de), i*un des favoris d'Henri III. I, i 78..
Sancy (M. de), ambassadeur d'Henri IV à Rome. I, 127.
Schomberg (Le maréchal de). I, 3o, 182.
Staremberg (Le prince de). II, 2o3.
SÉGuiER (Le chancelier). I, 5i, 88, 100, 166.
Seignelay (Le marquis de), fils de Colbert. I, 91, 96, 218,.
219, 233, 235. — H, i5, 22, 32, 99, 106.
Servien (m.). I, 5i, 57, 65.
Servien (L'abbé). II, i5.
SiAM (Voyage de l'abbé de Choisy à). I, 220 à 232.
SiAM (Ambassadeurs de) à Paris. I, 236 à 243.
SiLLERY (Le chancelier de), sous Henri IV. I, 127.
SoBiESKi (Jean), roi de Pologne. I, 170. — II, 97 à loS,.
184 à 187, 189 i 212.
SoissoNS (La comtesse de). I, 63, 222, 223.
Spada (Le cardinal). II, 17.
Tachard (Le P.), jésuite. I, 23 1.
Talon (M.), commissaire du roi en Flandre. I, 160.
Talon (M.), avocat général au Pariement de Paris. I, 166-^
TÉKÉLY (Le comte). II, 106, 186, 194, 195, 197, 199.
Tessé (Le comte, puis maréchal de). I, 208, 209. — II,.
34, 227.
Thianges (M"« de), sœur de M™® de Montespan. I, 18^1.
Thou (M. de). II, 118.
TiBERGE (Abbé), supérieur des Missions étrangères. I, 214,,
238.
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DES NOMS CITÉS 261
TiscHE (Le colonel). I, 128, 129.
Tonnerre (L'abbé de), évèque de Noyon. I, 109.
ToTT (Le comte de). I, i53, i55, i56.
Toulouse (Le comte de), fils de Louis XIV et de H^^ de
Montespan. I, 206.
Trelon (Le cheyalier de). I, i56.
Tressan (L*abbé de). II, 73.
Trosky (Le chevalier de), envoyé de Jean Sobieski à la
Porte. II, 202.
TuRENNE (Le vicomte de), sous Henri IV. I, 125.
TuRENNE (Le prince de), fils aîné du duc de Bouillon,
II, 27.
TuRENNE (Le maréchal de). I, 11, 17 a 20, 27, 63, 77,
78, 98, 122, 126, 139, 217. — II, 80, 83, 92 à 94,
109, III, 116, 120, 122, 128, r29, i32 à i34, 137
à 141, 145 à i6i, i63 à i65, 171, 173 à 175, 177.
Urbain VIII (Le pape). II, 11 5.
Valentjnois (La duchesse de). I, i3 5.
Van-Beuning (M.), ambassadeur de Hollande. II, 147.
Varangeville (M. de). II, 73, 429.
Vardes (Le marquis de). I, 120. — II, 40, 44, 47, 48,
49, 5o, 5i, 54.
Vauban (Le maréchal de). II, 10.
Vaudois (Les), hérétiques. I, 187.
Vendôme (M. de). I, 72, 222, 223.
Ventadour (Le duc de). II, 2 5.
Vérac (Le marquis de). I, 186.
Vialart (M.), évêque de Chalons. II, 148.
ViLLACERF (M. de), premier maître d'hôtel de la reine.
I, 2i5. —II, 12.
ViLLARS (Le marquis, puis duc et maréchal de). II, 43, 44,
47» 5i, 52.
ViLLEQUiER (Le marquis de), plus tard duc d'Aumont.
1, 57.
ViLLEROi (Le duc de), ministre d'Henri IV. I, 128, i65,
168.
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262 INDEX ALPHABÉTIQUE DES NOMS CUis
ViLLEROi (Le maréchal de). I, 32, 60, 63, 100,106, 12$,
148, i5o, 222. — II, 124.
ViLLEROi (Le marquis de). I, 119.
ViLLEROi (M. de), archevêque de Lyon. II, 179.
VivoNNE (Le maréchal, duc de). I, 129. — II, 3 3.
VouLDY (M. du), gentilhomme de la chambre du roi. I,
145 à 147, 161.
Watteville (Le baron de), ambassadeur d'Espagne à Lon-
dres. I, 159, 160.
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BIBLIOTHÈQUE DES MÉMOIRES
Paris, 1888
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